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La « suitocomédie » : un syndrome français

La « suitocomédie » : un syndrome français

Dix-huit ans. C’est ce temps qu’il aura fallu à Jean Reno et Christian Clavier pour se remettre dans les peaux de Godefroy de Montmirail et de Jacquouille la Fripouille, célèbres héros des Visiteurs, film culte qui aura marqué de nombreuses générations. Ce come-back est révélateur d’une occurrence française, qui ne cesse de proliférer dans le paysage cinématographique national : la « suitocomédie » – excusez le néologisme. Surfer sur la vague d’une comédie à succès passé semble donc être devenu fortement conventionnel, dans un cinéma français trop souvent critiqué. 


 

L’appât du gain

 

Alors que son voisin américain a pris pour habitude de se concentrer sur les suites des gros blockbusters et autres films d’action qui ont fait sa renommée, pour en faire de véritables sagas – on peut citer entre autres Mission Impossible, Fast and Furious ou Spider Man -, la France semble être devenue spécialiste dans l’art des suites de comédies : Les Visiteurs 3, Camping 3, Les Tuche 2… La liste est donc longue et le cru cinématographique français de 2016 en est déjà rempli.

L’une des premières explications qui nous vient donc à l’esprit, afin d’expliquer ce perpétuel besoin de continuer les films, est bien entendu l’aspect lucratif. Les réalisateurs, confortés par le succès du premier volet, pensent avoir au moins autant si ce n’est plus de spectateurs que pour le premier film. Les producteurs, eux aussi confortés par ces bons résultats, acceptent même d’augmenter le budget accordé au nouveau né : à titre d’exemple, le budget accordé pour le premier volet des Visiteurs était de dix millions d’euros, contre vingt-trois millions pour le deuxième.

Mais un phénomène inverse peut se produire : en effet, cette hausse budgétaire s’accompagne bien souvent d’une baisse des entrées. Ainsi, en début d’année, Franck Dubosc évoquait en ces termes sur Europe 1 l’échec relatif  de Camping 2, qui n’a pas réussi à atteindre les quatre millions d’entrées quand le premier volet dépassait aisément les cinq millions : « On a essayé de plaire à ceux qui n’avaient pas aimé le premier volet. Mais s’il y a un artiste que vous n’aimez pas, vous ne l’aimerez jamais ».

En se reconcentrant donc sur l’essence même du premier opus qu’on peut définir par les mots « plage, camping, copains », l’acteur semble avoir retenu la leçon et assure que Camping 3 sera « drôle, un point c’est tout ! » Une belle promesse pour les amateurs de la franchise.

Pourtant, certains miracles se produisent parfois. N’en déplaise à certains fans, beaucoup considèrent, par exemple, le second épisode de La Vérité si je mens comme le plus réussi de la trilogie. En 1997, le budget de La Vérité si je mens s’élève à quatre millions d’euros et se voit presque quadruplé – il atteint quinze millions d’euros – pour sa suite, sortie quatre ans après. Or, contre toute attente, le box-office suit également puisqu’on comptabilise quelques 7,8 millions de spectateurs pour le second opus contre 4,9 millions d’entrées pour le premier film de la trilogie.

Doit-on alors interpréter ces résultats comme une exception ou bien comme la preuve que le phénomène « hausse de budget/chute au box-office » n’est pas une fatalité pour les suites de comédies et qu’il n’y a pas uniquement l’appât du gain qui guide les scénaristes ?

 

La pression des fans ou la mythification de la comédie

 

Au-delà de l’aspect financier qui pousse les producteurs à faire une suite, dans les salles obscures, il existe un processus autre émanant directement des spectateurs : la mythification des comédies.

Certaines comédies estampillées populaires deviennent de véritables œuvres cultes que toute la famille se plaît à voir et à revoir en récitant les dialogues de ses personnages favoris. Tout le monde connaît donc aujourd’hui des personnages aussi différents que Serge Benamou et Jeff Tuche. Ainsi, un film qui ne fait pas un nombre d’entrées faramineux au premier abord peut se voir créditer d’une suite : le premier volet des Tuche, avec dans les rôles titres Jean-Paul Rouve et Isabelle Nanty, n’avait pas réellement trouvé son public puisque seul 1,5 million de personnes s’étaient déplacées pour admirer la coupe mulet de Jeff Tuche. Pourtant, la pression des fans – qui ont inondé les sites d’hébergement vidéos comme YouTube des répliques du film – a poussé les producteurs à réaliser une suite. Le pari fut payant puisqu’à ce jour, ce sont plus de 4,5 millions de spectateurs qui ont suivi l’histoire de cette famille un peu beauf mais surtout très attachante, aux États-Unis.

Le rapport « hausse de budget/chute au box-office » n’est donc pas irrévocable puisque certaines comédies, poussées par un élan de sympathie de la part des spectateurs peuvent connaître un avenir radieux. Néanmoins, dans la majorité des cas, les suites sont avant tout des échecs commerciaux et critiques.

 

Quand l’émotion crée la déception

 

Nombre des nouvelles aventures de nos personnages préférés se révèlent souvent être de piètre qualité avec, parmi les plus célèbres, Les 3 Frères, le retour – qui marque le retour des Inconnus au cinéma après près de vingt ans d’absence -, 18 ans après – qui est la suite du film  Trois Hommes et un couffin – ou encore Les Bronzés 3, Amis pour la vie.

En se reposant sur les acquis du succès précédent, les scénaristes croient souvent bien faire. Certes, les retrouvailles sont souvent joyeuses sur le tournage et on imagine aisément que les acteurs s’y amusent autant qu’ils souhaitent nous amuser. Et pourtant, cette réunion des anciens tourne bien souvent à la catastrophe puisque ces films se retrouvent généralement descendus par les critiques et par les fans, qui ne retrouvent plus l’essence et le charme du film traditionnel.

On peut aisément justifier cet échec par une idée simple : l’émotion. La mythification d’une comédie est intrinsèquement liée à l’émotion et au plaisir que le film dégage. Or, à être trop enthousiaste, on se retrouve forcément déçu. Le degré d’attente d’une suite devient dès lors si grand qu’il est impossible pour un film d’avoir une réelle chance d’être aimé, puisque dans l’esprit des fans, il ne peut égaler le niveau du premier volet.

Il est donc assez paradoxal de se dire que les fans souhaitent avoir une suite, tout en sachant pertinemment qu’ils en seront déçus. Là encore, l’esprit apporte sa justification puisque seule la nostalgie guide les spectateurs à aller voir une énième suite de ces comédies populaires, parce qu’elles servent de repères à ce que tout individu considère comme drôle et sont au fondement de la culture cinématographique de chacun.

 

Les suites comiques perdureront donc pour de nombreuses raisons au sein du cinéma français puisqu’elles possèdent de nombreux avantages. Elles permettent aux producteurs de gagner de l’argent sur un simple nom, qui garantit déjà un nombre conséquent d’entrées ; aux scénaristes de ne pas créer mais seulement de s’inspirer et aux spectateurs de revivre une seconde jeunesse. Encore faudrait-il qu’il soit, pour le spectateur, agréable de les regarder…

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Simon Wautier et Hortense Crépin

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Comments

  1. Chambrun

    Vous ne pouvez pas opposer le fait que les USA donne des suites aux films d’actions et les Français aux comédies (« alors que »), parce que c’est c’est sensiblement la même chose. Lorsque nait le blockbuster américain à savoir le film d’action dans les années 1980 nait le blockbuster français qui est la comédie. Même si les modes de production diffèrent la comédie française à gros budget est l’équivalent de ces sagas américaines que vous avez cités.

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