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Le féminisme est-il raciste ?

Le féminisme est-il raciste ?
Fatou Ndella Ndiaye

Cet article n’est pas en faveur du voile, mais en faveur d’un relativisme culturel qui rejette tout ethnocentrisme. Il est ici question d’étudier le message que véhicule le féminisme et de voir ce que celui-ci implique.


 

On pouvait encore en douter il y a quelques années. On pouvait même affirmer que le féminisme était l’antithèse radicale de l’impérialisme. Qu’il était la manifestation d’une sorte de contre-pouvoir dont le but premier était de porter la voix de tous ces groupes humains (minorités ethniques, sexuelles) que l’homme blanc hétérosexuel avait réduit au silence dans sa poursuite de l’hégémonie. On pouvait penser, comme le défend Mélanie Richter-Montpetit, que le patriarcat et le colonialisme avaient les mêmes racines historiques.

Et puis est arrivé le débat sur le voile, et le doute ne fût plus permis. Des hordes de féministes, fédérées en associations, se sont donnés pour mission civilisatrice de « libérer » la femme non-occidentale des carcans archaïques qui la soumettaient à l’homme non -occidental. Le voile était devenu le symbole de sociétés arriérées et profondément misogynes, et donc un symbole à abattre : la femme voilée était devenue l’esclave dont il fallait briser les chaînes, de gré ou de force.

A ce titre, la comparaison de Laurence Rossignol (« nègres-américains » et femmes voilées) est très intelligible, puisqu’elle permet de comprendre que la femme voilée est à la féministe ce que le colonisé est au colonisateur, ou ce que l’animiste est au missionnaire : un projet de civilisation, dans lequel le premier est invité (de force) à rejoindre le modèle civilisationnel du second.

Pour mieux comprendre ce discours anti-voile, il faut le replacer dans le contexte du début des années 2000 : la guerre menée en Iraq et en Afghanistan par les Etats-Unis a été légitimée par une rhétorique civilisationnelle qui opposait l’homme occidental – garant de la civilisation, esprit des Lumières, progressiste – à « l’homme basané », aux mœurs arriérées et brutales.

La guerre menée par l’homme occidental était une guerre contre la terreur, une guerre de libération. La guerre menée par le basané ? Du terrorisme. Entre le bien incarné par l’occidental et le mal incarné par le non-occidental, le clash était inévitable, aussi inévitable que la guerre entre les Orcs (noirs) et les hommes (blancs) dans le Seigneur des Anneaux.

 

Le discours féministe est une continuation – féminine – de cette vision ethnocentrique des cultures : c’est un discours qui déplore la situation des femmes dans le tiers-monde en oubliant qu’avec 95.000 viols par an, les Etats-Unis sont le pays du monde où il est le plus dangereux d’être une femme. C’est un discours qui échoue à comprendre les notions de différences culturelles, ou encore à mettre en perspective les différents facteurs qui pourraient influer sur la manière dont les femmes vivent, la manière dont elles s’habillent. Par exemple, dans les régions désertiques, le voile intégral permet de protéger le corps de la poussière et du sable, raison pour laquelle femmes et hommes se couvrent jusqu’aux yeux. Ce n’est donc ni un signe religieux, ni une marque culturelle, mais un simple vêtement, quelques centimètres de tissu.

En somme, le discours porté par Laurence Rossignol et sa joyeuse compagnie est, à certains égards, aussi rétrograde et dangereux que le discours prononcé par Jules Ferry le 28 juillet 1885, sur le « devoir de civiliser les races inférieures ».

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Fatou Ndella Ndiaye

Comments

  1. Féministre

    Globalement d’accord avec l’auteure, seulement… les Etats-Unis ne me parait absolument pas « le pays du monde où il est le plus dangereux d’être une femme ». Sans chercher à hiérarchiser les problématiques féministes, il me semble que d’autres régions du globe sont plus hostiles encore aux femmes qui y naissent.

  2. Sarah

    En fait je trouve que vous faîtes un ptit mélange. Etre féminisme, c’est vouloir l’égalité des sexes. Il suffit se pencher un petit peu sur la culture, le mode de vie etc des pays orientaux pour se rendre compte que nous ne l’avons pas. Est-ce mal d’être féministe ? (je ne parle pas du voile)
    Ensuite donc le voile : vous dites qu’il sert à être protéger du sable. Mais alors en France, en europe, au USA, il n’y a pas de sable, quelle est la place du viole dans ces pays là ?
    « les Etats-Unis sont le pays du monde où il est le plus dangereux d’être une femme » : Je suis peut être un peu ignorante, mais on fais comment pour mesurer ça ? Avec un ampèremètre ? (je crois pas). Non sérieusement, il y a peut être des pays où il est plus « dangereux » d’être une femme, mais les cultures et les pratiques sont tellement différente, je ne vois pas comment les classer. Et je ne prend pas forcément la défense des USA.

    En lisant votre article, j’ai l’impression d’avoir lu une défense des pays orientaux et un « dénigrement » des pays orientaux. J’ai l’impression d’entendre : « Ton pays et ses copains dominent le monde en faisant passer les notres pour les enfants de Satan.Vous nous imposez votre culture, vous voulez effacer la notre ». Alors je reconnais que l’Europe, les USA etc… c’est vraiment loin d’être parfait, mais en même temps ce message, ça fait plusieurs semaines que je l’entends en boucle et j’ai l’impression que ça incite à une division encore plus forte entre « occidentale » et « Non-Occidentale ».

    Je ne sais pas si mon commentaire est clair et j’espère qu’il ne sera pas mal interprêté.

  3. Amandine

    Je tiens à préciser que le féminisme est divisé sur la question du voile. Certains le défendent, d’autres non. Il est donc assez réducteur, à mon humble avis, de parler de « continuation de cette vision ethnocentrique des cultures », étant donné que le port du voile n’est pas dénigré par tou(te)s les féministes. De plus,j’estime qu’on ne peut pas se baser sur un seul critère, en l’occurrence celui du viol, pour juger un pays comme  » le pays du monde où il est le plus dangereux d’être une femme ».
    J’espère que mon commentaire est assez clair.

  4. Dorian Severin-Eudes

    Je vous opposerais un nombre assez important de penseuses et penseurs musulmans eux-mêmes qui se trouvent êtres féministes, musulmans ou apostats, et contre le voile; Je pense entre autre à Ayaan Hirsi Ali, Mona Eltahawy et Maryam Namazie.
    J’admet que le relativisme culturel entre en ligne de compte, spécifiquement quand les standards occidentaux en matière d’habillement n’on rien de moins sexistes in fine que les standards d’autres régions du monde.
    Cependant, une idée, un concept, une pratique peut être soumis à la critique sans pour autant être taxé de racisme; et on peut taxer de sexiste le voile sans pour autant faire preuve d’islamophobie, spécialement si on l’inclus dans une patriarchie méditérannéenne telle que Bourdieu la décrit dans la domination masculine, et qui établit fermement un lien de parenté entre le sexisme « occidental christianisé », et le sexisme « oriental musulman » au final de la même origine.

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