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Café Society et ses idylles mélancoliques ouvrent Cannes

Café Society et ses idylles mélancoliques ouvrent Cannes
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Chassé-croisé amoureux dans l’Amérique des années trente, porté par un casting flamboyant, le nouveau Woody Allen a ouvert et ravi hier soir le Festival de Cannes. 


 

New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié. Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

 

Il ouvre cet année, comme à son habitude, le festival de Cannes, où il présente un long métrage hors compétition, et assure aux journalistes qu’il est « toujours heureux » de se rendre sur la Croisette. Non, la Palme d’or ne sera pas pour cette année. « Je ne crois pas à la compétition pour les films », confie-t-il récemment au Point.

 

Une ouverture rayonnante

 

Quelques notes de jazz, une lumière californienne rasante et orangée. On pourrait croire à une énième réplique d’une comédie dramatique à laquelle nous a habitués Woody Allen cette dernière décennie.

On retrouve la voix off de l’auteur – parfois prééminente, jamais proéminente – qui nous balade dans un paysage américain, entre Hollywood et le Bronx, dont les paysages ne ressortent finalement peu à l’écran. Car comme à son habitude, Woody préfère mettre l’accent sur sa galerie de personnages nuancés, au charme délicat et aux traits sensuels et gauches. Comme à son habitude, le long-métrage est porté par des acteurs réinventés par l’univers particulier dans lequel ils évoluent.

Ce film est aurait pu faire office de continuation logique aux sempiternels succès du cinéaste. Il en est tout autre. Pour le 69ème festival de Cannes, le cinéaste octogénaire renoue avec ses anciennes amours, celles d’avant les tableaux tout en langueur (longueur ?) de Minuit à Paris.

 

D’une fluidité impressionnante, les scènes se poursuivent en fondus enchaînés délicieusement old school, suivant les pérégrinations de Bobby Dorfman, juif new-yorkais à la démarche pataude s’immisçant dans le microcosme hollywoodien pour se trouver une place dans la prestigieuse agence d’acteurs de son oncle Phil (Steve Carell). Et si ce n’est pas sa carrière que l’on suit avec attention, ce sont ses déambulations sentimentales ; portées par l’admirable Jesse Eisenberg découvert dans The Social Network. On le voit tâtonner, à (pour)chasser le fantôme du destin auquel son idylle naissante est irrémédiablement vouée avec Vonnie. Rayonnante californienne, cette dernière est magistralement interprétée par Kristen Stewart, pour qui on peut encore se demander quel genre de rôle ne sied pas. Et si son personnage est la seule excuse tangible à la présence de Bobby dans un Hollywood auquel il reste insensible, elle exploite de son côté une amourette qui va tendre à complexifier grandement leurs relations.

 

Le cinéaste se retrouve 

 

En trame de fond, on retrouve la recette d’un Woody Allen typique, posant une galerie de personnages loufoques aux traits toujours délicats : la famille de Bobby compose entre un patriarche aux angoisses métaphysiques, un frère et ses allures de gangster qui ne tardera pas à se faire rattraper par ses vices illicites, quelques éclairs de violence suggérée, des cadavres savamment exploités, une éclectique élite hollywoodienne peu superficielle ; tous courent pour mieux se faire rattraper par leur destin.

Posant Café Society en véritable miroir et parangon de son existence, Woody Allen croque la mort par le prisme de sa religiosité, en lui préférant une approche sardonique, et toujours sur un ton presque burlesque comme il en a l’art pour appréhender ses questions existentielles.

 

À la manière d’une friandise coutumière qui ne peut décevoir, mais tout au mieux bercer, Café Society ouvre admirablement Cannes. Et la croisette a, à partir de maintenant, douze jours pour être surprise.

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Zoé Broggi

Politiste nordiste et culturophile.

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