Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

Le militantisme étudiant, entre motivation et déception

Le militantisme étudiant, entre motivation et déception
mm

Avec moins de 1% de syndicalisation étudiante et plus de 60% d’abstention aux dernières élections, l’engagement des jeunes peut aujourd’hui sembler marginal. Pourtant l’importante mobilisation actuelle de ces même jeunes contre la loi El Khomri et, dans une moindre mesure, dans le cadre des « Nuit debout » doit permettre de remettre en question ce constat. Rencontre avec plusieurs étudiants militants qui nous décrive leurs motivations et leurs doutes.


 

Hugo est délégué suppléant au conseil de son UFR et fait partie d’une association membre de la FAGE. Quand on lui demande la raison de cet engagement, il répond : « Je ne connaissais pas vraiment, j’ai eu envie de m’investir ». À l’entendre, cet engagement semble d’ailleurs assez simple : « Certes cela prend de notre temps, mais ce n’est pas un gouffre qui nous empêche d’étudier » explique-t-il. Et de compléter : « Personne ne rejette vraiment mon choix de faire partie de la vie associative étudiante ». Si pour Hugo, son engagement apparaît comme assez simple et serein (il va jusqu’à décrire son association au sein de l’UFR comme « une bande d’amis »), il n’en va pas forcément de même pour tous.

 

« Ma mère pensait que c’était une blague »

 

Pour certains, la difficulté à s’affirmer comme militant commence au cadre le plus intime : la famille. Alexandre (*) fait partie depuis décembre dernier des jeunes du NPA. Si ses parents ne se sont pas opposés à son engagement, le jeune homme confie tout de même qu’ils « avaient peur que je m’engage dans des trucs farfelus ». Il a dû les rassurer sur l’engagement en question. La situation a été plus délicate pour Maxime, militant à l’UNEF depuis deux ans maintenant. « Au début, ma mère pensait que c’était une blague. Elle n’était pas d’accord. Je lui cachais ça » raconte-t-il. « Quand je suis devenu trésorier, elle a compris » poursuit-il sans préciser si cette acceptation va jusqu’à un réel soutien de la part de sa mère.

À l’inverse, certains ont été largement soutenus par leur famille. C’est le cas de Pauline, également militante à l’UNEF, quand elle raconte en riant son premier jour à la fac : « Le jour des inscriptions, ma mère m’a accompagné. Et quand des membres de l’UNEF m’ont abordé pour me proposer d’adhérer, ma mère qui était derrière moi m’a poussé à le faire ». Mais le ton est différent lorsqu’on lui parle de ses amis. Pauline secoue alors la tête en signe de désapprobation avant de se confier : « J’ai changé d’amis… ».

Si les situations paraissent toutes différentes sur le plan des relations avec les proches, les avis tendent à se rejoindre pour ce qui est des motivations. Hugo, le délégué suppléant, explique qu’il voulait « réellement faire partie d’un projet et essayer de faire bouger les choses ». Pour Alexandre, du NPA, cela passe d’abord par « informer les gens pour leur montrer que d’autres pensent comme eux ». Puis il rajoute en souriant : « Je cherchais aussi des gens avec qui discuter politique ». La motivation va plus loin pour Maud, toute jeune militante à l’UNEF et ancienne de l’UNL (l’Union nationale lycéenne) puisqu’elle explique que « c’était logique pour moi. C’est quelque chose qu’on ressent. Je suis jeune, j’ai la possibilité de faire quelque chose. Je dois le faire ». Avant d’expliquer que ses parents et son frère ont été syndiqués avant elle…

Il peut dès lors paraître difficile pour certains d’entre eux de s’imaginer autrement qu’au sein des organisations dont ils font partie. Alors lorsqu’on leur demande pourquoi d’autres jeunes ne s’intéressent pas à la vie politique, les avis fusent. Pour Hugo, le constat est assez net : « De manière générale, les étudiants ne s’intéressent pas vraiment à ce qui se passe au niveau de la vie associative, on peut notamment voir ça sur la participation aux votes ».

Alexandre va plutôt dans le même sens : « En majorité, les étudiants ne s’intéressent pas à la politique et ne sont pas très réceptifs au discours que l’on porte ». Il précise néanmoins que « sur certains sujets particuliers, comme la loi Travail, il y a une plus grande réceptivité ». De là à y voir un intérêt à géométrie variable selon les thèmes, il n’y a qu’un pas. Maud est sur ce point plus terre-à-terre : « Il y a un premier frein à l’engagement à l’UNEF : le fait d’être étiqueté. Et puis la cotisation de 20 euros peut aussi en freiner certains ». Mais le fait que certains jeunes n’osent pas passer le cap de l’adhésion peut-il réellement suffire à expliquer un tel manque d’engouement ? En tout cas, tous sont d’accord pour dire que leur engagement n’est pas lourd à concilier avec leurs études…

 

« J’étais juste un pion localisé pour remporter le plus de voix »

 

À ce titre, le témoignage de Léa (*) est assez déroutant. Cette étudiante dans une petite ville étudiante trouvait que ses camarades et elle-même n’étaient pas assez représentés par rapport à ceux de certaines grandes villes. « Un représentant de l’UNEF est venu promouvoir ce syndicat. J’étais intéressée par ce qu’il faisait, j’ai discuté longuement avec lui et je me suis proposée pour candidater pour l’UNEF. Pour moi, le but était de représenter des étudiants qui ne l’étaient pas auparavant ».

Mais l’expérience tourne court et la déception arrive assez vite. « Je n’ai même pas été informée de la date des élections, de ce dont je devais me munir, ce que je devais préparer… » Et la jeune femme va jusqu’à considérer qu’elle était « juste un pion localisé pour remporter le plus de voix ». Mais cette brève expérience n’entache pas pour autant l’enthousiasme de Léa qui déclare : « Je suis totalement prête à m’engager à 100% dans un syndicat, et même retourner à l’UNEF. Pourquoi l’UNEF ? Parce que justement je sais ce qu’il y a à changer en ce qui concerne leur présence ».

Entre une motivation forte et des déceptions plus ou moins prégnantes, l’engagement dans une organisation militante reste quoi qu’il en soit l’exception chez les étudiants. Pourtant, ces quelques témoignages suffisent à se réinterroger face à un discours persistant qui voit la jeunesse comme absolument désintéressée de la question politique. Alors, un meilleur accompagnement des étudiants par les organisations militantes peut-elle constituer un premier remède à cette crise de l’intérêt politique ? La question mérite d’être posée.

 

Les noms suivis d’un astérisque (*) ont été modifiés pour préserver l’anonymat des personnes interrogées.

The following two tabs change content below.
mm

Vincent Oursel