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Premier Sommet humanitaire mondial : « façonner un avenir différent »

Premier Sommet humanitaire mondial : « façonner un avenir différent »
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Réformer le système humanitaire pour mieux l’adapter aux crises d’aujourd’hui. Tel est le but du premier Sommet humanitaire mondial qui a eu lieu du lundi 23 au mardi 24 mai à Istanbul, en Turquie. Sous la coupe de l’Organisation des Nations-Unies (ONU), des dirigeants et ONG du monde entier se sont réunis, ainsi que des entrepreneurs investis dans les reconstructions d’après-guerre. Au total, 6000 participants et 70 pays ont pris part au débat.


 

Pourquoi un tel sommet ?

 

Lors de la cérémonie d’ouverture, Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l’ONU, a annoncé qu’aujourd’hui, 130 millions d’individus dans le monde ont besoin d’aide pour survivre. Dans le courant de l’année 2015, le nombre total de réfugiés a franchi un nouveau taux record, jamais enregistré depuis 1992, avec 20.2 millions. Parmi eux, les Syriens occupent une place importante : quatre millions ont déjà fui le pays depuis le début du conflit en 2011. Selon le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, il s’agit de « la plus importante population de réfugiés générée par un seul conflit en une génération. »

Réfugiés syriens sur l'île de Lesbos en Grèce

Réfugiés syriens sur l’île de Lesbos en Grèce © Aris Messinis

 

En Afrique, en 2014, plus de 13 millions d’individus ont quitté leur pays. L’une des grandes crises humanitaires du moment est due à Boko Haram, organisation terroriste qui sévit autour de la région du lac Tchad. Le Niger, l’un des principaux pays touchés, compte 127.000 déplacés. Lors de ce sommet, l’Ouganda s’est placé en interlocuteur majeur pour l’Afrique, étant l’un des pays accueillant le plus de réfugiés et, selon RFI Afrique, « un modèle en terme d’organisation et d’intégration ». Il est notamment à l’origine de la Convention de Kampala, premier traité international adopté à l’échelle de tout un continent juridiquement contraignant pour la protection des déplacés. Face à l’ampleur de l’urgence humanitaire, les gouvernements se sont accordés sur la tenue d’un Sommet humanitaire mondial.

 

Quels sont ses objectifs ?

 

« Nous sommes ici pour façonner un avenir différent » a déclaré lundi Ban Ki-Moon. Celui-ci a exhorté les pays à réaliser des engagements dans cinq domaines, en commençant par la prévention et la résolution des conflits. Par ailleurs,  il s’est engagé à la suite des Conventions de Genève, créées à l’initiative d’ Henry Dunant,  le fondateur du Comité International de la Croix-Rouge  en 1863, qui sont des traités internationaux fondamentaux dans le domaine du droit international humanitaire, et qui définissent des règles de protection des personnes en cas de conflit armé. Ban Ki-Moon a ensuite appelé à renforcer la protection des civils, victimes de conflits toujours plus violents, et qui entraînent des mouvements de population de plus en plus conséquents. Le quatrième engagement qu’il a souligné est la nécessité pour les acteurs du développement des pays de travailler en collaboration étroite avec les organisations humanitaires, notamment la Croix-Rouge et le Croissant Rouge. Enfin, Ban Ki-Moon a appelé à fournir des financements plus directs et plus stables aux personnes et aux communautés locales pour répondre à leurs besoins.

Enfin, selon le chef du Secrétariat du Sommet humanitaire de l’ONU, « des propositions très concrètes verront le jour », ainsi qu’il l’explique dans cette vidéo ci-après.

 

Pourquoi est-il controversé ?

 

Ce sommet, déjà voulu il y a quatre ans par le Secrétaire des Nations-Unies est l’aboutissement de plusieurs années de recherche et d’efforts pour rassembler les acteurs qui œuvrent au développement des pays. Ces objectifs proposés ont été pensés et conçus pour répondre aux besoins actuels en termes de droit humanitaire. Mais alors, pourquoi ce sommet est-il controversé ?

Tout d’abord, une large part de l’opinion mondiale craint que, comme beaucoup de sommets auparavant, celui-ci ne se termine par une « démonstration de bonnes intentions » sans aucune mesure concrète, à l’instar de l’ONG Médecins Sans Frontières, qui a décliné l’invitation. Ce boycott vise à dénoncer les « graves restrictions mises en place par certains états ». Sandrine Tiller, membre de l’ONG, a déclaré à l’AFP que le système humanitaire actuel était trop « bureaucratique et allergique au risque ».

Ensuite, même si le choix de la ville d’Istanbul est symbolique – la capitale accueille 2.7 millions de réfugiés qui fuient la guerre civile de Syrie -, la Turquie reste très critiquée à cause de ses conditions d’accueil des réfugiés. Certaines ONG l’accusent de renvoyer les migrants dans leur pays en guerre. Par ailleurs, Angela Merkel a déclaré qu’elle profiterait de rencontres bilatérales pour évoquer cette question avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan.

 

Scène de vie quotidienne dans un camp de réfugiés Turc

Scène de vie quotidienne dans un camp de réfugiés syriens en Turquie

 

Finalement, que peut-on en attendre ?

 

Lundi, Ban Ki-Moon a pointé du doigt l’urgente nécessité de repenser tout le système humanitaire mondial, dont le budget équivaut à seulement 1% des dépenses militaires mondiales.

Ce même jour, 21 donateurs et 16 agences humanitaires ont lancé le pacte « Grand Bargain ». Il consiste en une cinquantaine d’engagements destinés à réduire les dépenses inutiles. Il passe notamment par la simplification des formalités pour les ONG qui sont sur le terrain : « Un programme d’aide peut être financé par 10 donateurs et chacun a son propre système de suivi, de gestion, etc, explique le Secrétaire général de la Fédération Internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Elhadj As Sy. L’allègement consiste donc à faire des analyses communes au niveau des donateurs, à s’accorder sur un rapport qui servirait à tous. Cela permettra d’alléger tout le temps qui est consacré à l’administration, à la bureaucratie, pour des résultats beaucoup plus probants ».

Elhadj As Sy lors de la Journée mondiale de l'aide humanitaire au Palais des Nations à Genève

Elhadj As Sy lors de la Journée mondiale de l’aide humanitaire au Palais des Nations à Genève © UN Geneva

Il faut ajouter que pour la première fois, l’impact des religions dans la résolution des crises humanitaires a fait l’objet d’une table ronde, « valorisant leur apport essentiel quand les institutions étatiques s’effondrent, selon l’envoyé spécial de Radio-Vatican, comme lors de l’épidémie d’Ebola en Sierra Leone. »

 

Ainsi, ce Sommet humanitaire mondial est unique car il rassemble tous les acteurs œuvrant au développement des pays, qu’elles soient institutions gouvernementales, religieuses ou ONG. De nombreux objectifs ont été mis en place, qui démontrent la volonté de ces acteurs d’agir au plus vite face à la situation urgente des réfugiés dans le monde. Il reste à savoir si des mesures concrètes sortiront de ce bouillonnement intellectuel et s’il ne s’agira pas, à l’image de la COP 21, d’un « itinéraire bis pour éviter un gros bouchon », selon les propos de Dominique Seux (directeur délégué de la rédaction Les Echos), mais sans changements réels pour la situation humanitaire mondiale.

 

Pour aller plus loin :

Les réfugiés dans le monde

Centre d’actualités de l’ONU

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Elisabeth Feigneux

Etudiante en histoire à Aix-en-Provence. Passionnée par la culture sous toutes ses formes. Rugbywoman à ses heures perdues.

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