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À deux mois du retour aux urnes, l’Espagne s’impatiente

À deux mois du retour aux urnes, l’Espagne s’impatiente
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Ce mardi 26 avril, Felipe VI, roi d’Espagne depuis 2014, a ordonné la dissolution du Parlement, et donc la tenue de nouvelles élections législatives le 26 juin prochain, moins de 6 mois après les précédentes. 


 

Pourquoi de nouvelles élections ?

 

Souvenez-vous : il n’y a pas si longtemps en décembre 2015, des élections législatives avaient (déjà) eu lieu en Espagne. Ces élections permettaient alors aux citoyens espagnols d’élire les 350 députés qui allaient avoir le droit de siéger au Parlement. Des élections remportées par le Président du Gouvernement sortant Mariano Rajoy (Partido Popular, conservateur), avec 28,92% des voix. Le problème, c’est qu’en Espagne pour gouverner il faut disposer d’une majorité absolue (obtenir la moitié des sièges plus un dans ce cas), et que malgré leur victoire, Rajoy et le PP ne l’ont emporté que dans 123 circonscriptions, en perdant 63 par rapport à 2011 et ratant la majorité absolue, qui est d’au moins 176 députés élus.

 

Comment en est-on arrivé là ?

 

À quoi cette brutale défaite est-elle due ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est sûrement pas la faute de son rival historique, le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol), qui a établi un score historiquement faible de 22,16% des voix pour 90 sièges. Longtemps considéré sur le déclin, le parti avait pourtant connu un second souffle en 2015 avec l’arrivée de son leader Pedro Sánchez, ainsi que lors des élections municipales, puisque des mairies de grandes villes telles Séville, Alicante ou Palma de Majorque sont passées sous contrôle socialiste (avec l’aide de Podemos néanmoins).

 

Vous l’aurez compris, les deux partis historiquement dominateurs ont très largement perdu de leur superbe. Et cette perte de terrain, deux partis inconnus en ont récemment profité pour faire leur apparition dans le paysage politique ibérique et ainsi gagner en crédibilité. Tout d’abord, Podemos. Ce parti de gauche radicale a été crée en janvier 2014, soit moins de deux ans avant les élections de décembre à partir du modèle des « Indignés », et est dirigé par Pablo Iglesias, un charismatique professeur d’université. Depuis, il fait régulièrement la une des médias espagnols, avec sa célèbre devise !Claro que podemos! (« Bien sûr que nous pouvons »), et a prévu des réformes sociales inédites en Espagne, dont la plus marquante est celle du déroulement d’un référendum pour l’indépendance ou non de la Catalogne, bien qu’il appelle à voter contre. Pour sa première participation à un scrutin national, Podemos a fait très fort puisqu’il a obtenu 20,81% des voix, talonnant de très près le PSOE, et s’affirmant comme pouvant devenir, dans un futur proche, le plus grand parti de gauche.

Pourtant, Podemos n’est pas le seul parti récemment créé à avoir occupé une place importante au cours de ces élections. Parti de centre-droit d’obédience libérale, Ciudadanos (« Citoyens ») a été fondé en 2006 par Albert Rivera, son président actuel. Néanmoins, ce n’est qu’à partir de 2014 (en même temps que Podemos) que le parti a commencé à occuper une place importante, raflant près de 14% des voix en décembre dernier, remportant ainsi 40 sièges. Plus discret que Podemos, Ciudadanos affiche tout de même des idéologies bien précises : le libéralisme donc, mais aussi et surtout « l’anticatalanisme » comme le définit Rivera ; mesure importante, puisque le siège du parti se situe à Barcelone. Si ces partis ont émergé en Espagne, c’est bien entendu grâce à leurs idées novatrices, mais également à cause d’un certain ras-le-bol constaté par les citoyens vis-à-vis du PP et du PSOE. En effet, les deux leaders historiques de la politique espagnole se sont retrouvés au cœur de bon nombre d’affaires de corruption, devenues presque monnaie courante dans le pays. Ainsi, Podemos et Ciudadanos adoptent une position bien claire sur ce point : la corruption est fermement condamnée par chacun des deux partis.

Mais ces élections n’ayant pas abouti à une majorité absolue, il a fallu trouver un terrain d’entente entre les quatre partis majeurs. Il fallait donc former plusieurs alliances afin de pouvoir gouverner. Dans un premier temps, on pensait que le PSOE allait « rattraper » ses résultats médiocres en formant un gouvernement de gauche avec Podemos. De plus, lors des élections municipales de 2015, les partis sont apparus sur des listes communes qui leur ont permis de prendre le contrôle de villes comme Madrid, Barcelone, Valence ou Saragosse, soit quatre des cinq plus grandes villes d’Espagne en faisant face au PP. Néanmoins, au niveau national, le terrain d’entente n’a pas été trouvé et les positions contraires des deux parties sur le référendum catalan (si Podemos est pour la tenue d’un vote, les socialistes y sont opposés) pourrait y avoir joué un rôle important. Le PSOE avait bien trouvé un accord avec Ciudadanos, mais la majorité absolue n’était toujours pas atteinte. Ce même PSOE avait aussi émis un veto quant à un éventuel accord avec le PP de Rajoy. Les négociations débouchant toujours sur un désaccord, le roi dû se rendre à la raison : il faudra bien organiser un nouveau scrutin, le 26 juin.

 

Un nouveau scrutin, pour quoi faire ?

 

Pour autant, un nouveau scrutin garantit-il un nouveau gouvernement ? Rien n’est moins sûr. En effet, depuis l’annonce du roi, les sondages fleurissent et le dernier en date, effectué par la chaîne de télévision La Sexta et daté du 29 avril donne le PP toujours en tête avec près de 28,7% des voix, mais toujours pas de majorité absolue. Le grand changement, c’est la confirmation du déclin du PSOE, qui perdrait 3% des voix obtenues au mois de décembre et se ferait ainsi pour la première fois dépasser par Podemos, qui avec 20% des voix deviendrait le deuxième parti du pays.

Seulement, cette information est à prendre avec des pincettes car le même jour, le journal conservateur et proche du PP ABC a commandé un nouveau sondage, donnant lui le PSOE toujours deuxième avec 22%, mais surtout une grosse perte de terrain pour Podemos qui perdrait 3 points, glissant à seulement 17%, toujours talonné par Ciudadanos.

 

Le compte à rebours est lancé et les espagnols n’ont plus que deux mois pour effectuer leur choix, et s’éviter un troisième déplacement aux urnes. Un cas de figure bien entendu inédit et improbable dont personne ne veut entendre parler outre-Pyrénées.

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Elio Bono

Étudiant en 1ère année à Sciences Po Paris (campus de Poitiers). Grand amateur de politique française et internationale mais aussi d'économie et de sport

Comments

  1. Mathis

    Vivant moi aussi en Espagne, je suis content de voir que les problèmes politiques auxquels est confronté mon pays intéressent aussi nos voisins. À l’heure de l’Europe et de Schengen, jeter un oeil aux pays frontaliers est le strict minimum.
    Comme le montre cet article, il est vrai que le système d’élection espagnol est bien différent et, je pense, moins effectif que le scrutin français. C’est pourquoi l’Espagne se retrouve, comme la Belgique en 2010, sans gouvernement. Espérons que la situation se stabilise, néanmoins il faut souligner que cela n’à posé aucun problème jusqu’à maintenant..

    PS: très bon article, précis et complet

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