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Youth Lagoon, l’épopée ordinaire d’un prodige de la pop

Youth Lagoon, l’épopée ordinaire d’un prodige de la pop
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Youth Lagoon, c’est le pseudonyme de Trevor Powers, compositeur ambitieux à la voix mélancolique. Le 1er février 2016, il a mis fin à son projet musical après six années d’existence. Dans l’attente d’éventuelles nouvelles de son futur artistique, retour chronologique sur une introspection progressive mise en lumière par trois opus célestes, entre intimité, solitude et espoir…


 

La naissance avec « The Year Of Hibernation » (2011)

 

Né en 1989 à San Diego, municipalité californienne réputée pour sa scène musicale, Trevor déménage cependant assez tôt à Boise, capitale d’un Idaho isolé dans le nord-ouest américain, où il passe toute son enfance. C’est là-bas qu’il commence à composer, puis crée en 2010 le personnage de Youth Lagoon. Son premier album, « The Year Of Hibernation » sort un an plus tard sous le label Fat Possum et reçoit un accueil plutôt très favorable, ce qui lui permet d’obtenir une petite renommée dans l’univers en pleine expansion de la pop psychédélique.

 

La touche de Youth Lagoon, c’est la douceur et l’innocence d’un ado qui se cherche encore. L’artiste, lui, semble s’être trouvé. En mêlant ses souvenirs de gosse à une dream pop minimaliste nourrie de synthétiseurs, il traverse la musique en troubadour des temps modernes. La dysphorie, la psychologie humaine et la détresse mentale sont autant de thèmes abordés, et des chansons telles que 17 et July retracent à merveille la nostalgie de l’interprète. Au menu donc : des berceuses, certes, mais aussi quelques ballades indépendantes bienvenues dans l’album, comme la galvanisante Daydream ou la radieuse Afternoon.

 

 

 

La confirmation avec « Wondrous Bughouse » (2013)

 

Si « Wondrous Bughouse » est certainement le disque le plus abouti, c’est aussi parce qu’il constitue un album à part entière, plus encore que son prédécesseur. De la première à la dernière note, la deuxième œuvre du surdoué américain explore les abysses d’une pop expérimentale trop souvent laissée à ce stade de l’expérimentation. Le fil conducteur de « Wondrous Bughouse », c’est un arrangement pop/rock assurément psychédélique et de savantes musiques qu’il faut savoir appréhender. Ne cherchez pas le single, il n’y en a pas. Ni Mute, ni Raspberry Cane ne sont en mesure de résumer un album qui pourrait n’être qu’une seule et unique chanson, sorte de roman finement ficelé dans lequel chaque chapitre a son importance, sinon sa nécessité. Ainsi, l’opus passe de l’énigmatique Pelican Man au mélancolique Dropla dans une cohérence inouïe. On regrettera d’ailleurs la quasi-inexistence de transitions qui auraient sublimé encore davantage cet engrenage poétique. Enfin, le morceau Sleep Paralysis matérialise une parcelle du subconscient de l’artiste, de sa plus pure démence à sa plus folle sagesse.

 

 

 

La pérennité avec « Savage Hills Ballroom » (2015)

 

Benjamin d’une fratrie des plus atypiques, « Savage Hills Ballroom » se veut en revanche accessible dès la première écoute. Plus étonnant encore, il semble être l’opus idéal pour partir à la découverte de Youth Lagoon : en effet, il propose dix morceaux des plus variés pour une durée relativement courte au vu de « Wondrous Bughouse ». En replaçant le piano au centre de ses compositions, Youth Lagoon offre alors son album le plus sensuel, à travers une production aboutie teintée d’adieux. Résultat ? Deux singles parfaitement légitimes et bien distincts, de l’ambitieux The Knower, véritable ovni d’un disque plus classique que les précédents, au nostalgique Highway Patrol Stun Gun dont la mélodie ne peut laisser indifférent. Les plus grandes chansons de l’artiste se trouvent peut-être dans cette œuvre finale, entre l’entraînante Officer Telephone et son outro toute en percussions, et la subtile Kerry qui nous berce de ses caresses. Avec Doll’s Estate, le compositeur magnifie le silence pour donner naissance à l’un des plus beaux interludes instrumentaux de l’histoire de la musique minimaliste.

 

Youth Lagoon disait il y a peu encore « Je ne me suis jamais vraiment senti à l’aise ; c’est ce sentiment de malaise qui me suit partout où je vais car mes pensées ne s’arrêtent jamais ». En ne laissant à ses fans que quelques lignes impromptues sur les réseaux sociaux, l’artiste s’éclipse dans une simplicité déroutante et referme par conséquent le dernier chapitre de son adolescence. Il laisse derrière lui une trilogie touchante drapée de sincérité et délègue à son public l’exhaustivité d’une œuvre introspective, entre poésie et lyrisme. Qu’importe alors la route qu’il emprunte aujourd’hui, nous finirons bien par le recroiser un jour. Car ce ne sont pas des adieux, non. C’est un au revoir des plus éphémères.

 

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Clément Zagnoni

Étudiant en licence de sociologie, passionné de musique et de sports. Je donne de l'intérêt aux choses qui n'en ont pas...

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