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Réactions face au Brexit : entre réjouissances et relativisme

Réactions face au Brexit : entre réjouissances et relativisme
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En cette nuit du 23 au 24 juin 2016 sont enfin tombés les résultats du référendum que toute l’Europe attendait tant. Un coup de tonnerre sur l’Union européenne dont l’image ne cesse de se dégrader, entre critiques sur son inefficacité et critiques sur son coût. Symptomatiques d’un système en érosion ne se focalisant que sur ses maux internes au point de ne pouvoir les résoudre, prenants des allures d’alarme ou de retour vers une montée des nationalismes, les réactions au Brexit n’ont pas manqué.


 

En France, l’heure à la reconstruction pour certains, à l’annihilation pour d’autres

 

Il s’agit de réactions assez modérées du côté de la gauche et de la droite, contrairement à leurs homologues des extrêmes. La droite reste assez fragmentée selon les réactions, quoiqu’allant principalement vers un certain consensus : le refus d’un référendum concernant la sortie de la France de l’UE. C’est notamment l’argument principal d’Alain Juppé, évoquant une nécessité de réforme du système européen avec plus de convergence entre les pays, rappelant son opposition à l’extension géographique de l’Union européenne. Un argument repris par Bruno Le Maire en ce 24 juin sur France Inter, ajoutant le souhait d’instaurer un traité sur le nouveau projet européen à soumettre aux français. Nicolas Sarkozy prône lui une réunion entre chefs d’État et gouvernement européen dans le cadre de l’élaboration d’un nouveau traité. Il se prononce également pour la « refondation urgente » de l’Europe, considérant que « l’Europe à 27 ne peut plus fonctionner de cette manière ».

Des critiques qui, du côté de la droite, concernent davantage l’urgence de reconstruction européenne que l’affirmation d’objectifs et de valeurs européennes communes, surtout reprises chez Valls et Hollande. Le premier invite à une « réaction collective à la hauteur des évènements », à « refonder et réinventer une autre Europe en écoutant les peuples », un peuple qui selon de nombreux politiciens aujourd’hui n’est pas assez pris en compte à cause d’un certain divorce avec les élus, comme en atteste la démission de David Cameron. De l’autre côté, on retrouve chez le chef de l’État autant une volonté de réformer l’Union européenne que celle de réaffirmer ses objectifs et ses valeurs originelles. « Renouer avec la vocation d’origine de l’Union, assurer la démocratie et le respect de valeurs, la prospérité, la liberté et la paix »« se concentrer sur l’essentiel » (soulignant l’inefficacité de l’UE à faire face aux nombreuses crisesà ; tels sont les mots d’ordre de François Hollande. Des réactions presque similaires malgré quelques nuances à gauche et à droite, ayant presque tendance à traduire la faible crédibilité du fameux clivage gauche-droite.

C’est d’ailleurs un autre clivage qui est ici mis en évidence par des discours beaucoup plus radicaux vis-à-vis de l’Union européenne : celui entre extrêmes et le reste de la vie politique française. De nature si opposés, Jean-Luc Mélenchon exprime à peu de choses près le même sentiment que Marine Le Pen quand il avoue que l’enjeu majeur de sa présidentielle de 2017 sera la « sortie des traités européens ». De son côté, la présidente du Front national jubile sur son compte Twitter pour notamment contraster avec l’univers de peur qui lui est souvent reproché de promouvoir. Il faut admettre que ce référendum britannique ne la laisse pas sans ambition pour la suite : elle et les membres de son parti évoquent déjà un retour à la souveraineté monétaire, un référendum sur le « Frexit » six mois après la présidentielle en cas de victoire (concernant la sortie de la France de l’UE) auquel des français seraient favorables. Dans une vie politique française peu bavarde sur ce Brexit jusqu’à maintenant, le parti d’extrême-droite était le seul acteur à s’exprimer ouvertement sur le sujet.

 

Au Royaume-Uni, une série de retournements sans précédent

 

Entre la démission de David Cameron presque prévue en cas de Brexit, les aveux de Nigel Farage, leader du parti eurosceptique UKIP et la sortie houleuse de Boris Johnson de son domicile ponctuée de sifflets, la journée fut mouvementée de l’autre côté de la Manche. L’ancien maire de Londres a, en contraste avec ses dernières apparitions, eu une réaction plutôt modérée sur les résultats du référendum avant de temporiser l’idée de sortie totale de l’UE et de rappeler qu’il n’y a « pas besoin de se précipiter ». Nigel Farage a de son côté créé la polémique en parlant de victoire emportée « sans qu’aucune balle ne soit tirée ». Des propos jugés honteux et de très mauvais goût une semaine à peine après l’assassinat de Jo Cox, personnage clé de la campagne anti-Brexit. Il a par ailleurs fait tomber le masque en avouant que sa promesse de campagne d’économiser 350 millions de livres pour le système de santé britannique par le Brexit n’était pas réalisable. La révélation d’un mensonge qui a largement porté atteinte à la crédibilité des pro-Brexit.

Du côté de l’Écosse, la décision du « leave » a confirmé les prévisions de second référendum d’indépendance écossaise en cas de Brexit. Une possibilité évoquée par Nicola Sturgeon, Premier ministre écossaise qui était prévisible par la forte envie de rester dans l’Union européenne pour le peuple d’Écosse, manifestée par les 62% de votes en faveur du « IN » ce jeudi. Ce souhait d’indépendance est aussi très présent en Irlande du Nord, qui après avoir voté contre le Brexit à 56% voudrait rester dans l’Union européenne.

 

À l’étranger, la peur du populisme

 

Angela Merkel, en tant qu’acteur décisionnel majeur de l’UE, a défini avec François Hollande la défense, la sécurité et la transition énergétique comme étant à présent les enjeux majeurs de la construction européenne. Le parti Droit et Justice (PiS) polonais a également vu cette décision comme regrettable, dont le pays voulait établir avec le Royaume-Uni un axe anglo-polonais pour contrer et concurrencer la prédominance du couple franco-allemand.

Mais comme le disait Emmanuel Macron dans une interview au journal Le Monde récemment, « si on laisse le Brexit ronger l’aventure européenne, vous aurez des débats comparables chez les danois, les néerlandais, les polonais, les hongrois ». Il n’en fut pas moins que Geert Vilders, leader du PVV, parti d’extrême-droite néerlandais profite de cette opportunité pour promouvoir ses envies de « Nexit » dans son propre pays. Alors que le Premier ministre David Cameron a annoncé son départ d’ici novembre prochain, sûrement remplacé par Boris Johnson, que les marchés européens ont observé une chute allant jusqu’à 10%, que les disparités de vote entre Angleterre, Écosse et Irlande du Nord relancent le débat sur l’indépendance des deux derniers, le Brexit est loin d’avoir fini de faire parler de lui.

Chez ses voisins européens, l’heure est à la récupération politique avec Viktor Orban, le président hongrois qui profite du Brexit pour souligner et rappeler les difficultés migratoires auxquelles l’UE fait face depuis ces derniers mois, enjeu principal de sa campagne et de sa politique. Matteo Salvini, de la Ligue du nord italienne a lui salué le Brexit sur Twitter tandis que l’AfD, officieusement allié de Marine Le Pen, appelle à la démission de Jean-Claude Juncker et de Martin Schulz. Ces différents pays, manifestant un véritable sursaut de l’extrême-droite, appellent à un retour de leur souveraineté notamment pour pouvoir mettre en place une « Europe des Nations », malgré certaines divergences. 

Alors que les marchés européens ont observé une chute allant jusqu’à 10% dans toutes les capitales, le Brexit est loin d’avoir fini de faire parler de lui et ses conséquences pourraient être bien plus transsectorielles que l’on ne le croit.

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Mathieu Hennequin

Etudiant en L3 Sciences-Politiques et en journalisme, en échange à Beyrouth. Passionné de Moyen Orient, de géopolitique et de raclette.

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