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Brexit : entre désarroi et peur de l’instrumentalisation

Brexit : entre désarroi et peur de l’instrumentalisation
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Le jour du référendum sur la sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni, nous nous étions intéressés aux deux points de vue : l’un pour le Brexit, l’autre fermement engagé contre. Aujourd’hui, trois jours après un résultat historique, nous nous sommes tournés vers quatre britanniques pour saisir leur ressenti.


 

Guerres intestines chez les Conservateurs

 

Yazdi Merchant/Photo:Private

Yazdi Merchant/Photo:Private

Yazdi a 61 ans. Nous l’avions interrogé dans un article publié jeudi publié jeudi sur le référendum. Il s’était déclaré pro-Brexit. Si certains Britanniques semblent regretter leur décision d’avoir voté « Leave », ce n’est pas le cas de Yazdi, qui voit dans ce résultat une chance d’aller de l’avant : 

« Je ne pense pas que grand chose change en réalité, puisque le Royaume-Uni et l’UE ont énormément d’intérêts communs. Je crois nous serons au contraire un bien meilleur partenaire maintenant, parce que le business sera en jeu. »

Il met cependant en garde l’Union européenne ; le business est peut-être le business, mais il est nécessaire que les deux partenaires se respectent : 

« Si l’UE essaie de se venger et de punir le Royaume-Uni pour avoir fait le choix de partir, elle aura une révolte sur les bras et ne fera qu’accélérer sa disparition. »

Mais Yazdi reste toutefois lucide sur la victoire du « Leave » et l’action de son gouvernement. Selon lui, la campagne du Brexit souhaite attendre avant d’enclencher la procédure de sortie de l’UE afin de cacher son incompétence :  

« Je pense que Cameron pourrait accélérer le processus afin de démontrer que les pro-Brexit n’avaient en réalité aucun plan. »

Il y voit l’occasion de sévères changements dans la classe politique conservatrice

« Il pourrait permettre à George Osborne – ndlr : son actuel ministre des Finances anti-Brexit – de regagner de la crédibilité en démontrant qu’il ne mentait pas sur les conséquences économiques d’une sortie de l’UE. Plus important encore, cette décision rapide écornerait l’image de Boris Johnson et ses velléités de premier-ministrable. Elle révélerait le véritable enjeu de la campagne du « Leave » et exposerait l’opportunisme de Johnson. Je pense que les négociations de sortie de l’UE se feront en dépit des mécaniques internes du parti conservateur. »

 

Départ écossais 

 

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Fraser, 25 ans, étudiant en science politique à l’université de Strathclyde, à Glasgow.

Fraser a 25 ans. Il étudie les sciences politiques dans une université de Glasgow. Selon lui, l’Écosse aura consommé sa désunion avec le Royaume-Uni bien avant que ce dernier ne sorte de l’Union européenne : 

« Nous voulons rester dans l’UE. C’est une décision qui ne fait pas un pli, et notre Premier ministre a déjà commencé le processus. Il sera beaucoup plus simple de sortir du Royaume-Uni tout de suite que de re-rentrer dans l’UE à terme. Je suppose que nous aurons la date du référendum d’ici la fin de l’année, et dans dix-huit mois, la décision sera actée. »

Pour lui, le voeu du pays de sortir de l’UE était totalement étranger aux Ecossais, et pour cause : ils ont voté à 62% pour le maintien du royaume en son sein. Pour Fraser, ce résultat est symptomatique de toute la campagne : 

« Beaucoup d’Écossais ne voyaient aucune raison de partir et ne comprenaient absolument pas pourquoi le référendum avait lieu. Nous n’en avons jamais ressenti la nécessité, et, en vérité, nous n’avions même pas l’impression que la question nous affectait. Il semblait qu’il s’agissait davantage d’un débat anglais qu’écossais. »

Fraser avait voté en faveur de la séparation de l’Écosse du Royaume-Uni lors du dernier référendum et ne cache pas son désir de glisser le même bulletin dans l’urne :

« Je crois en un gouvernement écossais indépendant et fort, et, surtout, membre de l’Union européenne. »

 

Une victoire presque surprise 

 

Phil, 20 ans, étudie l'histoire à la London School of Economics

Phil, 20 ans, étudie l’histoire à la London School of Economics.

Pour Phil, 20 ans et heureux partisan de la sortie du Royaume-Uni, le référendum écossais n’est pas une question à poser : 

« Il n’aura pas lieu. Le SNP – ndlr : le Parti national écossais dont est membre la Première ministre, Nicola Sturgeon, et qui ressemble 63 sièges sur 129 au parlement écossais… et 2 des 6 sièges britanniques du parlement européen ! – n’a pas la majorité au parlement écossais pour voter un autre référendum. »

 

 

 

 

Si Phil est certain de voir l’Écosse rester dans le Royaume-Uni, il n’en reste pas moins surpris de cette victoire du Brexit : 

« Je suis vraiment choqué, comme nous tous, par le résultat. Honnêtement, je pensais bien que nous avions une chance de gagner, mais le jour-même, à cause de tout ce que reportaient les gens, en particulier au centre de Londres, j’ai cru que le non au Brexit allait gagner. Et puis, dans la nuit, il est devenu clair que le camp du « Leave » allait l’emporter. »

Phil est heureux de cette victoire qu’il estime aussi bien profitable à son pays qu’à l’Union européenne :

« Je ne dis pas que Westminster est parfait, mais au moins la décision que nous avons prise est beaucoup plus démocratique que l’Union européenne. »

Mais tous les Anglais ne sont pas aussi enthousiastes que Phil. Léo, 25 ans et européen convaincu, ne cache pas sa déception :

« Tout ça a l’air complètement irréel. Partout dans Londres, on ressent tout aussi bien de la colère que de la frustration. Et de la tristesse. Surtout de la tristesse, en fait. »

 

Peur de l’instrumentalisation

 

Léo, 25 ans, tout juste diplômé d'un programme partenariat entre la London School of Economics et Sciences Po Paris en Affaires Européennes

Léo, 25 ans, tout juste diplômé d’un programme partenariat entre la London School of Economics et Sciences Po Paris en Affaires européennes.

Léo sort tout juste diplômé d’un double-programme partenariat entre la London School of Economics et Sciences Po Paris, avec spécialisation dans les études européennes :

« Cette décision m’affecte directement. Je voulais d’abord rejoindre le service public britannique pour ensuite devenir diplomate. J’ai étudié l’Union européenne pendant deux ans, mais désormais mon expertise n’est plus vraiment requise. Sans parler du fait que le Royaume-Uni allait prendre la présidence tournante de l’UE l’année prochaine, et donc avoir besoin de recruter des fonctionnaires en masse à ce moment-là. À court terme, je comptais beaucoup sur cette possibilité. »

S’il sait que les relations diplomatiques entre l’UE et le Royaume-Uni ne s’arrêteront pas du jour au lendemain, Léo ne se fait pas d’illusion : 

« Même si la « bulle de Bruxelles » aura toujours besoin de personnes qui parlent anglais couramment, ce ne sera plus la même chose. La Norvège, par exemple, est bien présente, mais n’a aucun pouvoir. Ils sont parfois consultés, mais ne peuvent prendre aucune décision. Le Royaume-Uni va perdre énormément de son pouvoir de lobbying. »

Il estime par contre que la sortie effective du Royaume-Uni sera peut-être beaucoup plus longue en raison d’un calendrier électoral chargé : 

« Toute la question est de savoir quand nous allons partir. Je suis quasi certain que tout le monde a l’intention de partir rapidement, mais l’année prochaine verra arriver les élections en Allemagne et en France. Personne n’a envie de voir le gouvernement français être particulièrement dur avec le Royaume-Uni pour servir d’exemple et battre Marine Le Pen. »

Léo est membre de l’association étudiante européenne de LSE. Tout au long de cette campagne, ils se sont battus pour le camp du remain, enchaînant débats et réunions d’informations. Et lorsqu’on lui demande ce qu’ils comptent faire après ce résultat, Léo répond simplement : 

« On continue. »

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Alexandra Saviana

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