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« Ils sont partout » enchaîne les clichés sans parvenir à les dénoncer

« Ils sont partout » enchaîne les clichés sans parvenir à les dénoncer
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Pour son quatrième long-métrage, Yvan Attal se place à la fois devant et derrière la caméra et nous parle des juifs et de leur image dans la société française. Critique.


 

Yvan se sent persécuté par un antisémitisme grandissant et il a l’habitude de s’entendre dire qu’il exagère, qu’il est paranoïaque. Lors de séances chez son psy, Yvan parle donc de ce qui le concerne : son identité, être français et juif aujourd’hui. Mais ces rendez-vous sont aussi et surtout une sorte de fil rouge reliant entre elles plusieurs histoires courtes qui tentent de démonter, sur le mode tragi-comique, les clichés antisémites les plus tenaces.

 

★★☆☆☆ – À éviter

 

Dans son film Ils sont partout, Yvan Attal fait de ses séances chez son psy le fil conducteur d’un enchaînement de sketchs ayant pour sujet les clichés antisémites, de leur prétendue richesse jusqu’aux idées toutes faites sur leur omniprésence dans la société ou la prévalence de la mémoire juive.

« Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourrons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous pas ? » interrogeait l’usurier Shylock dans la pièce de Shakespeare Le Marchand de Venise, se référant à la communauté juive. Cette réplique est récitée par une voix off durant le générique annonçant l’impressionnant casting d’Ils sont partout. Avec l’air de Same Love de Macklemore en fond sonore, qui traitait des discriminations envers les homosexuels, et de leurs droits. Ces deux références annoncent ainsi le sujet du long-métrage d’Yvan Attal, qui dans ce film traîne chez son psy ce qu’il estime être une obsession pour la confession juive, capable de monologuer des heures durant sur les problèmes qui y sont relatifs, et de citer le nombre de juifs dans chaque pays du monde. Le réalisateur retourne habilement le lieu commun sur les juifs évoqué dans le titre de son film Ils sont partout pour en faire une contestation à l’égard de la société française d’aujourd’hui : « Ils », ce sont les antisémites selon lui. Avec la discussion dans un bar entre Yvan Attal et un homme lui demandant s’il est israélien avant d’admettre en ricanant que des juifs, finalement, « Il en faut bien », l’évocation de l’affaire Merah, ou des rappels historiques comme l’expulsion des Juifs d’Espagne par Isabelle la catholique au XVème siècle et les populations déportées au XXème siècle, Ils sont partout semble commencer avec une réelle volonté de dénoncer l’antisémitisme présent en France. Malheureusement, cette impression se dissout dans une succession de sketchs qui accumulent les lieux communs sans que l’on puisse s’attacher aux personnages ou s’identifier aux situations.

 

Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton. Copyright La Petite Reine - David Koskas

Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton. Copyright La Petite Reine – David Koskas

 

Attal liste donc les principaux clichés sur les juifs en les illustrant par plusieurs saynètes inégales. « Les juifs sont partout » : même dans la famille d’un couple à la tête d’un parti d’extrême droite devenant le premier parti de France, couple interprété avec talent par Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton dans le sketch qui est sans doute le plus abouti et le plus réussi de ce long métrage. « Les juifs ont de l’argent », c’est ce dont Charlotte Gainsbourg était convaincue avant d’épouser un juif interprété par Dany Boon, un « raté » selon son père, qui finit par entretenir des relations détestables avec sa famille et son ex-femme, devenant obsédé par ce préjugé auquel il ne répond absolument pas malgré sa confession. « Les juifs ont tué Jésus » : une idée à laquelle le Mossad tente de mettre court en envoyant un agent au début de notre ère, campé par un Gilles Lellouche qui doit éliminer le fils de Marie et Joseph avant que celui-ci ne soit crucifié, dans un sketch complètement absurde et extravaguant. On reconnaîtra aussi François Damiens dans le rôle d’un habitant de Drancy qui, exaspéré par les rassemblements au mémorial, décide de lancer un mouvement en soutien à la cause des roux ou Denis Podalydès dans le rôle d’un talmudiste, dans un sketch sans intérêt censé répondre au cliché « Les juifs s’entraident ». Aucune des prestations ne reste réellement en mémoire, peut être à cause d’une direction d’acteurs qui aurait pu être mieux menée ou simplement à cause du format des saynètes faisant que chacun d’entre eux apparaît finalement peu à l’écran. La prestation la plus marquante restera celle de Patrick Braoudé dans le rôle de François Hollande à un Conseil des ministres s’interrogeant sur la façon de faire passer une réforme, la ressemblance est absolument saisissante.

La principale faiblesse d’Ils sont partout réside dans le fait que jamais le spectateur ne comprend vraiment le message qu’Yvan Attal a voulu faire passer dans son film. Si des observations sur l’antisémitisme et le judaïsme sont amorcées lors des séances du réalisateur chez son psychologue, elles ne sont pas assez poussées pour en faire des réflexions instructives ou inspirantes à défaut de simples interludes entre les différents sketchs. Si on s’attendait à une critique quelconque dans cette comédie, le réalisateur ne fait qu’aligner une suite de clichés à l’égard des juifs, d’une façon appuyée voire poussive. Le problème, c’est qu’Attal semble s’appliquer davantage à caricaturer les juifs que ceux qui les attaquent et les méprisent. Et s’il a voulu détourner les clichés envers les juifs par le rire et par l’absurde, cela ne fonctionne pas. Car Ils sont partout ne fait pas rire, et à peine sourire. User d’autodérision et d’humour pour lutter contre les préjugés antisémites était évidemment louable et justifié, mais Attal ne parvient pas à utiliser cette arme à cette fin. Ne dénonçant l’antisémitisme ni par l’ironie ni par une démonstration probante, Ils sont partout reste un simple enchaînement de sketchs plutôt distrayants, mais qui ne peuvent pas prétendre à faire de ce film une œuvre intelligente ou vraiment réussie.

 

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Claire Schmid

Responsable Culture. Etudiante en Master à l'Ecole de Droit de Sciences Po. Passionnée par le Cinéma, la peinture, l'écriture et la politique.

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