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La Tchétchénie selon Ramzan Kadyrov

La Tchétchénie selon Ramzan Kadyrov
Camille Serrurier

Il y a plus d’un mois, Ramzan Kadyrov a été reconduit par intérim à la tête de la République tchétchène, par Vladimir Poutine, malgré son souhait de se retirer du monde politique à seulement trente-neuf ans.


 

Qui est Ramzan Kadyrov ?

 

Ramzan Kadyrov est le fils de l’ancien président de la Tchétchénie, Akhmad Kadyrov. Celui-ci a été assassiné en 2004, soit pendant son mandat, qu’il venait seulement d’obtenir en 2003. Ramzan a quant à lui été élu président de la République en avril 2007. Il est arrivé à la tête du pays, seulement sept ans après la seconde guerre qui avait alors secoué le pays. La capitale, Grozny, tout comme la plupart des villes du pays étaient détruites. De plus, une grande partie de la population se trouvait dans une extrême pauvreté et sans logement.

 

Quels ont été ses travaux ?

 

Tout d’abord, Ramzan Kadyrov est un fervent allié de Vladimir Poutine. Ces deux hommes d’État se soutiennent mutuellement. Le président de la Fédération de Russie soutient financièrement Ramzan Kadyrov. En effet, 90% du budget tchétchène officiel provient du Kremlin. Grâce à cet apport financier, la totalité de Grozny a été reconstruite. Une flamboyante mosquée, des magasins, des hôtels et des restaurants de luxe ont poussé tels des au sein de la capitale tchétchène. De même, des logements publics ont été construits pour loger la population démunie. Les villes qui soutiennent le régime en place ont également été reconstruites. Cependant, les localités qui s’opposent au régime, sont quant à elles lâchées. Elles ne bénéficient pas des aides à la reconstruction et aux subventions publiques.

 

Quels sont les pouvoirs de Kadyrov fils ?

 

Depuis son élection, les pouvoirs de Ramzan Kadyrov n’ont cessé de croître, notamment grâce à deux réformes constitutionnelles, l’une en 2007 et l’autre en 2010. Il peut, entre autres, former son gouvernement et présenter les candidats de son choix pour la magistrature. Également, depuis septembre 2010, il n’est plus président de la République de Tchétchénie mais « Chef de la République Tchétchène ». De plus, il a la mainmise sur la justice. En effet, la justice est exclusivement rendue par la Cour constitutionnelle de Tchétchénie et par les tribunaux de la République qui sont contrôlés par le régime en place.

D’une part, tout tribunal indépendant (qui n’est pas sous la domination de l’État) est interdit par la loi. D’autre part, les juges, qui quant à eux sont indépendants, sont obligés d’être en accord avec le procureur de la République (choisi par le Président), sous peine de répressions. Ces mêmes juges reçoivent des pots-de-vin des familles des personnes condamnées pour une réduction de peine. Selon l’ICG (International Crisis Group), en 2013, « le système judiciaire […] en Tchétchénie est fortement marqué par la corruption, le clanisme et le népotisme ».

 

grozny

 

Des disparitions mystérieuses ?

 

Depuis que Ramzan Kadyrov est à la tête de la Tchétchénie, des centaines voire des milliers de personnes ont disparu. Les personnes portées disparues sont généralement enlevées par les forces militaires tchétchènes ou bien par la milice, les « Kadyrovtsy », pour des raisons inexistantes ou bien inventées de toutes pièces. Les victimes peuvent être torturées, séquestrées ou encore assassinées. De surcroît, les familles doivent payer les autorités pour que le corps du défunt leur soit rendu. Ces disparitions inexpliquées ont été dénoncées par Memorial, une ONG de défense des droits de l’Homme. Natalia Estemirova, membre de Memorial, en a payé de sa vie le 15 juillet 2009. Avant son assassinat, elle avait reçu des menaces de la part du Président tchétchène.

 

Ramzan Kadyrov, un dictateur

 

Comme cela a été le cas pour Natalia Estemirova, toute personne qui s’oppose à Ramzan Kadyrov se voit exécutée. Si cet opposant n’est pas trouvable, sa famille en fait les frais. C’est ainsi que Ramzan Kadyrov n’a plus d’ennemis politique. Par ailleurs, pour asseoir sa légitimité, il utilise la propagande. Ramzan Kadyrov est présent aux quatre coins des rues, sur tout immeuble, bâtiment, accompagné de son allié russe. Il utilise aussi les médias et les réseaux sociaux (Twitter et Facebook entre autres). C’est ainsi que chaque journal télévisé est entièrement consacré et tourné autour de Kadyrov fils.

De plus, Ramzan possède sa propre milice, les « Kadyrovtsy ». Ce sont plus de 30 000 hommes déployés sur tout le territoire tchétchène, soit un « Kadyrovets » pour 400 Tchétchènes. Parmi ces 30 000 hommes, beaucoup sont encore des enfants. C’est le premier emploi qui leur est proposé.

Enfin, Kadyrov a islamisé la société et les mœurs. Il prône le retour de la charia. Les femmes doivent obligatoirement porter le voile, l’éducation religieuse est dispensée dans toutes les écoles, la vente d’alcool est interdite vingt-deux heures sur vingt-quatre et la polygamie est autorisée. Dans les camps militaires, les « Allahu Akbar » (« Dieu est plus grand ») fusent au même rythme que le sifflement des balles. Par conséquent, beaucoup de Tchétchènes partent faire le djihad. Ce fut le cas pour « Barberousse » (« Omar le Tchétchène »), qui est devenu l’un des chefs de l’EIIL. Enfin, rappelons qu’entre 2000 et 3000 Caucasiens du Nord combattent dans les rangs de l’EIIL.

 

Pour conclure, selon l’ICG, en 2013, la Tchétchénie est un « mélange de nationalisme, d’islamisme et de loyauté au Président Vladimir Poutine ».

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Camille Serrurier

Lycéenne en première scientifique, passionnée d'Histoire et d'histoires.

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Comments

  1. Maryne

    Un Article très instructif !

    • Camille

      Merci beaucoup très chère Maryne 🙂

  2. Patrice

    Merci pour cette synthèse qui recoupe d’autres articles et qui me permet de mettre en perspective une présentation plus canal officiel. Il y a un gouffre de perception/conviction.

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