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Pourquoi ne rien faire ?

Pourquoi ne rien faire ?
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« Tu as déjà vu un camp ? Viens, on va aller à Stalingrad ». S’en suit 20 minutes de marche, pendant lesquelles Morgann ne cesse de s’insurger, contre la police, l’État, ceux qui ne comprennent pas. Mais surtout elle raconte, avec bonheur, la prise en charge de deux mineurs par un organisme d’aide aux réfugiés. Car c’est pour ça qu’elle agit, elle protège, cherche à tout prix une solution pour ceux qui passeront une nuit de plus dehors.


 

C’est le cas d’une quarantaine de réfugiés, sous la station Stalingrad. Délogés deux jours plus tôt, de nouveaux arrivants ont investis les lieux ; pour combien de temps ? (Ils seront de nouveau évacués deux semaines plus tard, ndlr). Ils posent tous la question aux bénévoles. Deux sont présentes à notre arrivée, puis très vite d’autres arrivent, familiers déjà de ceux qui attendent, inlassablement, une solution. Si les situations divergent, chacun cherche à communiquer, à réconforter les autres, à promettre une amélioration. Des couvertures, quelques matelas, c’est maigre pour passer la nuit ; mais les bénévoles s’activent pour trouver du matériel. Ils font partie du Collectif parisien de soutien aux exilé-e-s. Sa présidente Morgann me parle alors de ses combats et de son parcours de militante.

 

Les débuts de son engagement

 

Morgann : C’était pendant l’occupation du lycée Jean-Quarré, dans le XIXème. 1300 réfugiés qui étaient dans l’attente. Avec des amis, on a commencé par faire une cagnotte. Ça a si bien marché qu’on a pu aider pendant plusieurs mois ! Puis j’y suis allée, on a discuté. J’ai pu en héberger pendant l’évacuation ; plus de 200 n’avaient pas été embarqués avec les autres. C’est avec eux que le premier camp s’est monté, devant l’Hôtel de ville. La réaction de l’État m’a révolté ; pourquoi ces femmes et ces hommes ne pouvaient pas jouir des mêmes droits que moi ? Serais-je aussi durement délogée si je souhaitais dormir sur la place ? D’autres camps ont commencé à s’organiser, de là est venu naturellement le collectif.

 

Collectif parisien de soutien aux exilé-e-s

 

M : Comme moi, les volontaires ayant aidés pour le lycée se sont rendus compte du problème actuel, de l’urgence qui entoure les réfugiés. Là, à Stalingrad, il y a un enfant d’un mois, une femme sur le point d’accoucher. Ce n’est pas possible de ne rien faire, de ne pas agir. C’est pour ça qu’on organise des repas chaque midi, qu’on demande des couvertures et des manteaux, afin qu’ils puissent passer la nuit avec un peu de chaleur, à défaut d’un toit. Mais dans le collectif, il n’y a pas un profil type. On essaye quand même de se positionner entre les humanitaires et les politiques ; ni dans un assistanat néo-colonial, ni dans une lutte contre le pouvoir sans visage chez les réfugiés. C’est en tout cas comme ça que je me vois.

 

La prise en charge de mineurs, Calais ; un même partage culturel

 

M : Dans le collectif, je m’occupe plus particulièrement des mineurs qui arrivent en France sans aucun point de repère, fuyant des conflits où très tôt on les oblige à prendre les armes. Après avoir accueilli quelques adultes, des enfants sont arrivés chez moi ; c’est comme s’ils étaient mes frères et sœurs. Je ne parle pas persan ou dari, ils ne parlent ni français ni anglais, pourtant on se comprend, on rit, on échange naturellement. C’est même comme cela qu’on apprend des autres. Avec eux, les codes sociaux se brisent et on en partage de nouveaux ; d’ailleurs, si nous n’avons rien en commun à première vue, on se sent pourtant comme une famille. Je mange afghan, j’ai pu me rendre compte que la danse traditionnelle afghane ressemble beaucoup à la danse bretonne ! (rires). En fait, ils ont transformé ma vie et ma vision des choses.

Pour Calais, où je suis allée plusieurs fois récemment, c’est le même constat. Bien sûr, c’est troublant d’arriver dans un autre pays, au sein de la France. Pour les enfants avec moi, « c’est Kaboul ici ! ». Une vraie ville dans la ville, une vraie vie qui s’est reconstruite. Et l’État remplace ça par des conteneurs sans fenêtres ; ils préfèrent la jungle à ça ! Pour comprendre, je disais qu’il faut voir. Arrivée dans le camp de Calais, très vite j’ai pu discuter, autour d’un thé, avec quelques communautés présentes. Ils ne comprennent pas. Ils fuient une guerre et sont traités comme des animaux dans un pays qui pour eux signifie la paix. Et à mon tour, je ne comprends pas. Pourquoi suis-je libre d’aller en Angleterre et pas eux ?

 

Apprendre les uns des autres, ou comment découvrir une autre manière de vivre

 

M : Je ne sais pas de quoi sera fait l’avenir, je n’ai pas de solutions pour traiter cette question des réfugiés. Mais peut-être est-ce l’occasion de refonder une manière de vivre plus ouverte sur les autres. On a autant à apprendre d’eux qu’ils en ont de nous. La différence est qu’ils désirent nous connaître alors que nous faisons semblant de ne pas les voir. Ils veulent progresser, les enfants  m’ont dit : « pas d’école, pas de maison » ; ils veulent que je les oblige à aller à l’école ! Il faut voir cela, voir que des individus ont fait des milliers de kilomètres simplement pour tenter de vivre, en France, puis en Angleterre, mais partout les mêmes réponses sont données. Alors au lieu d’espérer des solutions qui ne viennent pas, il faut les soutenir, les héberger ; il faut vivre ensemble.

 

Lien vers le site du Collectif parisien de soutien aux exilé-e-s

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