Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Et si le Brexit n’avait pas lieu ?

Et si le Brexit n’avait pas lieu ?
mm

Les Britanniques ont voté, le résultat est tombé : ils veulent nous quitter. Un coup de tonnerre pour une jeune Union européenne (UE) qui a plus l’habitude de voir les prétendants postuler, plus que les adhérents s’échapper. Mais le Brexit aura t-il vraiment lieu ? Une seconde chance pourrait-elle être donnée au peuple pour statuer ? Une idée folle ? Et pourtant.


 

Une pétition historiquement populaire

 

Au Royaume-Uni, il existe une règle que nous autres Frenchies pourrions leur envier : l’obligation pour le Parlement de débattre de toute pétition qui recueillerait plus de 10 000 signataires, via un site gouvernemental dédié. Et justement, à l’annonce des résultats, une pétition pour rendre caduque le référendum a été lancée. L’idée ? Organiser une nouvelle consultation avec pour règle que chacun des camps ne puisse l’emporter qu’à partir de 60% de voix obtenues et une participation minimale de 75%. Si ces conditions n’étaient pas respectées, alors un autre référendum devrait être réalisé… et ainsi de suite. Pour rappelle, le « out » cumule 51,9% des voix contre 48,1% pour le camp du « in » : un écart trop faible au vu des conséquences, selon l’initiateur de la pétition. Certes, il ne s’agit pour le parlement « que d’en discuter » sans plus d’obligation. Mais la présente pétition enregistre des records de connexion. À l’heure où cet article est édité, on approche déjà les 3,7 millions ! Un succès si marqué que le site a même crashé. Il faut dire qu’ils sont jusqu’à 1000 à signer simultanément. Face à cet énorme succès, on peut imaginer que le parlement prenne un temps tout particulier pour en parler.

 

« Brexit regret »

 

Alors qu’ils ont voté « Leave », ils sont nombreux à regretter et n’hésitent pas à le revendiquer. Ainsi, les déclarations de remords fleurissent sur les réseaux sociaux. Beaucoup reconnaissent n’avoir pas considéré la portée de leur décision, choqués par les premières conséquences comme la démission de leur Premier ministre ou bien encore la chute des bourses. D’autres déclarent avoir été « trahis » par les leaders du « out », victimes de promesses électoralistes. Et puis, quand certains convaincus d’une victoire du « in » n’avaient voté que pour contester, sans vouloir vraiment nous quitter, d’autres l’avaient fait dans l’unique but de limiter l’avancée du « Remain » qu’ils pensaient sûr de l’emporter. Bref, à l’annonce du verdict, ils sont nombreux à avoir déchanté et à s’être mis à rêver d’une deuxième chance pour annuler le passé. Une tendance au « Brexit regret » difficilement quantifiable parmi les 17,4 millions à avoir voté pour une sortie, mais qui donne à penser qu’ils seraient nombreux à voter différemment aujourd’hui.

 

Aveu de mensonge

 

Improbable aveu que celui de Nigel Farage, leader eurosceptique et farouche partisan pour une sortie de l’UE, qui, au lendemain du Brexit, reconnaît avoir menti. Avec ses alliés, ils avaient déclaré : « Le Royaume-Uni envoie chaque semaine plus de 350 millions de livres à l’UE (ou 430 millions d’euros), nous allons rediriger cette somme vers le système de santé publique. »

 

© Christopher Furlong/Getty Images

© Christopher Furlong/Getty Images

 

Un argument choc, véritable élément clé de la campagne du « Leave ». Sauf que ce vendredi, le leader a reconnu qu’il « ne pouvait tenir cette promesse ». Un aveu en direct dans l’émission « Good Morning Britain » sur la chaîne ITV. Une déclaration qui a créé un véritable malaise sur le plateau et une journaliste stupéfaite qui rappelle d’emblée l’impact de cette fausse déclaration sur le choix des Britanniques dans le référendum. Ce à quoi Nigel Farage répond : « C’était une erreur ».

 

Quand Google nous raconte quelque chose

 

La pratique du référendum est contestée par certains. Elle appelle directement chaque citoyen à s’exprimer sur un sujet précis ; et parfois, sur un sujet éminemment complexe. Tellement complexe que l’émotion prime souvent sur la raison. C’est en grande partie le cas du référendum sur le Brexit. En demandant aux Britanniques s’ils voulaient quitter l’Union européenne, le risque était que beaucoup utilisent la consultation pour marquer leur insatisfaction… sans appréhender les enjeux d’un départ ; et parfois même sans le souhaiter.

Pour limiter ce cas de figure, la question avait été largement pensée. Plutôt qu’un simple « Souhaitez-vous rester en Europe » où le « non », adverbe de désaccord, aurait sans doute eu un large succès, la question « Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l’Union européenne ou quitter l’Union européenne ? » a été préférée, laissant comme réponses possibles « remain » ou « leave ».

Avec cette question, chaque citoyen était censé « bien comprendre » l’objet du référendum, comme une mise en garde où l’on lierait « attention, il ne s’agit pas de dire si vous êtes mécontent de l’Europe, mais bien si vous voulez la quitter ». Car, on peut être insatisfait, et vouloir la changer, sans pour autant la quitter. On peut donc imaginer que face à la clarté de la question, les Britanniques étaient moins dans la contestation et plus dans l’analyse de raison. Mais Google, à travers son outil Google Trends, nous révèle que « what is the EU » a été la seconde question la plus posée au Royaume-Uni à l’annonce des résultats. Une preuve que beaucoup auraient voté plus pour contester, que pour s’en aller, car ils n’avaient pas imaginé les conséquences d’un « Leave ». Cette donnée Google est intéressante, car elle tend à démontrer la panique des Britanniques qui, pour certains, n’avaient pas conscience des effets de leur vote.

 

Des conséquences mal anticipées

 

Oui, il y a eu la chute des bourses, une forte retombée de la livre et même la démission sans hésitation de David Cameron. Mais ces choses-là étaient prévisibles. Ce qui l’était un peu moins, c’est sans doute l’éclatement du Royaume-Uni. En d’autres termes : les partisans du « out » avaient-ils anticipés que leur vote provoquerait des envies de départ… du Royaume ? C’est le cas de l’Écosse.

Déjà appelée à voter sur son indépendance en 2014, l’une des quatre nations du Royaume-Uni pourrait cette fois prendre ces distances pour de bon à travers une nouvelle consultation. Et pour cause, eux n’ont pas voté pour un Brexit : ils ont même dit oui à l’Europe à 62%. Un résultat sans appel en faveur du « Remain ». Même chose du côté de l’Irlande du Nord qui a majoritairement voté pour rester dans l’Europe, évoquant un référendum d’unification avec l’Irlande, et donc quitter la Grande-Bretagne, de sorte à rester dans l’Europe. Un contexte très tendu où il n’est plus simplement question d’être dans l’Union européenne, mais bien de l’avenir même du Royaume-Uni.

 

Une non-préparation des pro-Brexit

 

Y croyaient-ils eux-mêmes ? On est en droit de se poser la question ! Et pour cause, à l’annonce des résultats, le très agité Boris Johnson, ancien maire de Londres et le leader de la campagne pour le « out », n’a pas semblé très à l’aise. En tout cas, pas franchement pressé de couper les ponts avec l’Union européenne. Ainsi, il déclarait vendredi « pas de panique (…), rien ne va changer », et ce lundi : « Je ne soulignerai jamais assez que la Grande-Bretagne fait partie de l’Europe, et en fera toujours partie. Il y aura toujours une coopération européenne intense et qui s’intensifiera dans de nombreux domaines (…) ». Un changement de ton, comparé à une campagne très agressive contre l’Europe, qui donne l’impression d’une impréparation, et d’une volonté toute relative de vraiment quitter l’Union européenne.

 

Une volte-face qui pourrait servir l’Europe

 

Les dirigeants européens n’ont pas caché leur tristesse face au résultat du référendum. Après la tristesse, très vite est arrivée la fermeté… 2 jours à peine après le choc, il est clairement question de montrer qu’ils vont regretter d’avoir voulu nous quitter. L’objectif ? Dégoûter ceux qui voudraient s’y essayer. Pour ce faire, l’Union européenne veut aller vite, même si l’Allemagne veut tempérer. Déjà, l’UE presse le Royaume-Uni de formaliser officiellement son départ, le référendum n’ayant aucune valeur juridique (voir paragraphe suivant).

Mais, parallèlement, les conséquences du Brexit sont très négatives pour l’Europe. Quoi de mieux alors qu’une volte-face qui donnerait le sentiment d’un peuple qui, venant juste de voter sa sortie, le regretterait déjà. Un peuple qui, après avoir marqué son mécontentement, prendrait conscience des lourdes conséquences inhérentes. Imaginez les gros titres : « À peine partie, ils veulent déjà revenir ! ». Ainsi, l’Europe ne perdrait pas les Britanniques et, dans le même temps, couperait court aux envies de départ. Un scénario duquel elle sortirait gagnante.

 

Un référendum sans valeur juridique

 

Après ces arguments, on peut imaginer qu’il n’est de toute façon plus possible d’annuler juridiquement le référendum qui a vu la victoire des pro-Brexit. Mais, en réalité, celui-ci n’a pas de valeur juridique. En d’autres termes, la sortie du Royaume-Uni doit être formalisée à Bruxelles. Pour ce faire, le gouvernement britannique doit activer l’article 50 du traité de Lisbonne qui stipule que « tout État membre peut se retirer de l’Union ». Une étape qui ne devrait pas avoir lieu avant octobre, David Cameron souhaitant la laisser à la charge de son successeur. Il est donc juridiquement réalisable d’annuler le référendum du 23 juin.

 

Mais…

 

Mais si ces arguments tendraient à démontrer que le Brexit pourrait être reconsidéré, il en est politiquement tout autre. On imagine mal le parlement britannique passer outre ce premier référendum poussé par un David Cameroun qui aurait l’énergie de repartir dans une nouvelle campagne. Dans le même temps, l’UE freinerait sans doute des quatre fers, histoire de montrer que la question est sérieuse et qu’elle n’aime pas les girouettes… Fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis. Question de forme. À ça, ajoutons que le travail de transition sans le Royaume-Uni a déjà commencé, surtout du côté des 27.

 

Que l’improbable scénario d’une nouvelle consultation ait lieu ou non, une chose paraît acquise : face au succès de la pétition et aux mensonges des pro-out, outre manche, le débat sur la légitimité de ce referendum historique est désormais lancé et pourrait rapidement s’enflammer. God Save the Queen !

The following two tabs change content below.
mm

Ludovic Badeau

Entrepreneur, fondateur d'EvoPortail, co-fondateur de Clevermate. Passionné d'actualité -d'abord politique-, je produis des vidéos d'information courtes et ludiques en @3mnMax

Submit a Comment