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« Petit, je disais à mes parents que je serai aux Jeux »

« Petit, je disais à mes parents que je serai aux Jeux »
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Radio Londres avait rencontré le sprinteur français, en septembre 2015, à l’orée de ses Championnats du monde de Doha. A 26 ans, Timothée Adolphe, s’est fait un nom, jusqu’à devenir une figure incontournable de l’handisport français. Détenteur des records d’Europe sur 100 m, 200 m et 400 m, dans la catégorie T11 (non-voyants), le Guépard Blanc se prépare à ses premiers Jeux Paralympiques. Avec un nouveau statut.


 

16 ans plus tard. Du 7 au 18 septembre 2016, Timothée Adolphe concourra aux 15e Jeux Paralympiques d’été, dans la ville brésilienne de Rio de Janeiro. Les Jeux, il en a toujours rêvés. Gamin, il les a suivis. En 2000, devant les Jeux de Sydney, « je disais à mes parents que j’y serai un jour », se souvient l’intéressé, malvoyant de naissance qui perdit totalement la vue entre 17 ans et 19 ans. Mine de rien, cette ambition folle est en passe de se réaliser, quatre ans après avoir été privé des Jeux Paralympiques de Londres pour quelques pépins physiques. « Quand tu es petit et que tu dis ça, ça peut faire sourire. Mais aujourd’hui, je suis sur le point de remporter mon pari ». Un aboutissement pour ce jeune homme. Et une réponse à ceux qui ont dédaigné son talent. A ceux qui ne voulaient « par perdre de temps avec un aveugle ». Mais certainement pas « une finalité ». Son but ne se résume pas simplement à la sélection. C’est « l’or à Rio » qui l’intéresse et le pousse à s’entraîner d’arrache-pied.  

 

Plus qu’à attendre l’officialisation

 

Si la liste des athlètes sélectionnés ne tombera pas avant le 5 juillet, le sprinteur des Yvelines sait qu’il fera partie du voyage. Les nombreux critères de sélection qu’il a remplis lors de ses dernières sorties garantissent sa présence. « Mon nom n’est pas encore sur la papier puisqu’il fallait remporter l’or ou l’argent aux derniers Championnats du monde de Doha, avoue-t-il. Mais j’ai quand même ramené une médaille de bronze, j’ai fait les minimas sur 200 m et 400 m et j’ai été dans le top 5 mondial au 1er avril, donc théoriquement, il n’y a pas de problème pour moi », rassure-t-il. Effectivement, il serait totalement incongru de la part de la Fédération française de ne pas appeler Timothée Adolphe qui détient à ce jour les records d’Europe sur 100 m, 200 m et 400 m.  Qui plus est, sa dernière blessure est aujourd’hui rentrée dans l’ordre. Pour rappel, Timothée Adolphe souffrait depuis plusieurs mois d’une gène au niveau de l’ischio qui le privait de tout entraînement. Incertain sur sa participation aux Championnats du monde d’octobre 2015, il avait finalement fait fi de cette incommodité et serré les dents. « Je ne suis pas quelqu’un qui va déclarer forfait facilement », tonne-t-il. Sa combativité avait été récompensée d’une médaille mondiale, « une grande satisfaction après simplement un mois de préparation ». Opéré en novembre dans la foulée de la compétition, l’athlète handisport continuait à ressentir des douleurs dans les semaines suivantes. C’est en janvier dernier, après une IRM, que seront détectées « des choses qui n’avaient pas été identifiées les mois précédents » : micro-fissures osseuses, branche pubienne supra-inflammée et déchirure du pectiné. Lors de notre échange, Timothée Adolphe nous confia qu’il allait maintenant « beaucoup mieux ». 

 

« C’est la réunification » 

 

Symboles d’une renaissance, les Championnats de France Open d’Athlétisme handisport organisés courant mai dans le Stade Charléty à Paris ont vu briller l’athlète français. Vainqueur du 100 m avec son guide Gautier Simounet en 11 s 36, à 1 centième de son record d’Europe, Timothée Adolphe a ravi sur 400 m, cette fois avec Fadil Bellaabouss, la médaille d’or et le meilleur temps européen sur la discipline, qui manquait à son tableau de chasse (51 s 27). « J’ai maintenant les trois. C’est la réunification en France », plaisante-t-il. Un faux départ « un peu imaginaire » attribué à son guide Cédric Felip sur 200 m le privera d’un triplé qui lui tendait les bras : « Il y a eu des problèmes techniques le lundi soir avec plusieurs faux départs. Il devait y avoir une hypersensibilité des starting blocks », estime-t-il. « Les juges ont même affirmé qu’ils nous avaient pas vu bouger. C’est la question éternelle, la machine est-elle infaillible ? ». Au final : trois duos engagés, deux disqualifiés, un seul qui prit le départ. « Bravo à Sylvain Bova (le gagnant, ndlr). C’est bien pour lui. Par contre, ce fut un piètre spectacle pour le public surtout que la fédération et les athlètes essaient de se décarcasser pour attirer des spectateurs. Ce n’est pas en faisant courir un mec tout seul que nous allons valoriser l’handisport », tacle avec véhémence le sprinteur.

 

« Un podium, voire un titre »

 

Fort de ses résultats, Timothée Adolphe sera sans nul doute l’un des grands espoirs de médailles aux Jeux Paralympiques de Rio. Dans sa lutte à distance avec les Brésiliens, principaux rivaux dans les courses pour lesquelles il concourra, le natif des Yvelines envoie un message fort. Il faudra compter sur lui : « On commence vraiment à faire des performances qui prétendent à un podium, voire un titre », souffle-t-il. Sur 400 m, le Français qui a signé dernièrement la deuxième meilleure performance mondiale, fait même figure de favori. « Le favori non, l’un des favoris certainement », répond-il.  Une course où il ne faudra sous-estimer personne. « Il y aura deux brésiliens, un jeune  espagnol qu’il faudra surveiller, un Namibien qui sur une course peut venir perturber les choses et un jeune chinois qui peut aussi mettre son grain de sel dedans, énumère l’intéressé. On est plusieurs à prétendre au podium. Pour le titre, on doit être un peu moins ». Sur 100 m, plutôt que d’aller vite en besogne et de clamer haut et fort ses ambitions, l’homme sait que la marche sera plus haute. « Il me manque pas grand chose, un ou deux dixièmes pour prétendre à un podium olympique, ça ne parait pas beaucoup dit comme ça mais ça représente pas mal de travail, admet-il, avant de poursuivre. Il y en a qu’un seul qui va courir en 11 s ou moins, ce qui nous laisse une certaine marge. Le podium devrait se jouer aux alentours des 11 s 15 ». Aux derniers Championnats de France, Timothée Adolphe a franchi la ligne d’arrivée en 11 s 36. « Il va falloir se battre pour combler l’écart ».

 

Sa participation sur 200 m incertaine 

 

Sur 200 m, l’athlète n’a pas encore entériné son choix. Il se réserve le droit de ne pas s’aligner sur cette discipline pour maximiser ses chances de succès sur 100 m et 400 m. « Il y aura une discussion. En effet, la course est mal placée pour la récupération. La finale est le 15 septembre au soir. Le lendemain, je m’engage sur la série et la demi-finale du 400 m, souligne-t-il. Si on estime que ma préparation me permet de présenter les trois, on le fera. Si on estime que malgré cela, c’est encourir un risque par rapport au 400 m où j’ai les meilleures chances de médailles, on ne le fera pas ». Avec des séances spécifiques, de l’aérobie, de la musculation, des séances de sprints et du travail de puissance, sa préparation bat actuellement son plein. Déjà intensive et entremêlée de meetings, cette dernière s’accélèrera en juillet. Avant de « lever un peu le pied » au mois d’août, dans la dernière ligne droite. Si d’ici là, les Jeux n’ont pas été reportés… 

 

Le virus Zika ? « Ce n’est pas anodin » 

 

En effet, depuis quelques semaines, le spectre d’un report plane sur les Jeux Paralympiques de Rio. Un groupe de 150 experts a récemment mis en exergue les risques sanitaires encourus par l’organisation d’un tel évènement. Des sportifs comme la star du basket espagnol Pau Gasol ont confié leur angoisse et laissé entendre qu’ils pourraient ne pas honorer leur participation aux Jeux. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les autorités brésiliennes se sont elles déclarées opposées à tout report. « Le Brésil ne semble pas avoir l’intention de lâcher les Jeux. C’est une question d’argent dans le sens où le pays a investi énormément, avance Timothée Adolphe, conscient toutefois du danger. Quand on regarde l’aspect santé, la question mérite vraiment d’être posée. Il ne faut pas se voiler la face, ce virus n’est pas anodin. Maintenant, à nous de prendre nos précautions ». Quoi qu’il arrive, l’athlète français croit difficilement en un report des Jeux, voire à une annulation définitive. « Je pense que ça ne bougera pas aujourd’hui. Ne serait-ce que pour la famille qui a pris ses billets pour aller nous voir, ce serait bien de nous avertir rapidement pour les échanger », rigole-t-il. En plus d’être un champion et un compétiteur hors pair, l’homme aime dire des facéties.

 

Son histoire au cœur d’un livre signé Redwane Telha

 

Récemment, son histoire a même fait l’objet d’un livre « Réussir, la détermination de Timothée Adolphe, sprinter ». Ecrit par Redwane Telha, il met à l’honneur le sprinteur français, retraçant son histoire et dessinant son portrait. Un gamin qui est parvenu à surmonter les obstacles qui ont entravé son chemin mais qui n’ont pas résisté à ses rêves et à sa hargne d’accomplir ses projets malgré son handicap. « Ce fut une expérience très intéressante pour moi. Raconter les facettes de sa vie permet de se remettre un petit peu en question, d’avoir un regard plus objectif sur ce qui s’est passé. J’ai pu réfléchir, prendre du recul sur les choses et mieux les comprendre », confie-t-il. Cet ouvrage nous apprend également la deuxième passion de Timothée Adolphe : le basket. « C’est un petit peu mon sport de cœur avec la NBA. Mais je n’ai jamais pu le pratiquer en club par rapport à tous les risques qui pourraient être encourus vis-à-vis de ma malvoyance ». Le sportif mûrit aujourd’hui un projet : « J’aimerais développer du basket et du handball pour les déficients visuels. Il me manque seulement du temps et des bénévoles mais j’ai bon espoir de pouvoir mettre ça en place ». Après sa carrière de sportif, peut-être… 

 

Paris 2024 ? « C’est peut-être jouable »

 

Pourtant, Timothée Adolphe n’a pas prévu de raccrocher les crampons pour tout de suite. A 26 ans, il va découvrir prochainement ses premiers Jeux Paralympiques qui ne devraient pas être ses derniers. « Je voudrais au moins aller jusqu’à Tokyo si mon corps le permet ». Mais la candidature de la ville de Paris pour les Jeux suivants pourrait lui faire retarder sa sortie. : « Je ferai un point après 2020. Puis cela dépendra de mon état de santé et du nom de la ville organisatrice des Jeux 2024 ». Il ne verrait pas d’inconvénient à mettre le point final à sa carrière sur les pistes de l’Hexagone. « Ça me ferait 34 ans. Si j’y vais, ce sera mes derniers. Ce qui laisse une petite lueur d’espoir, c’est que certains Brésiliens ont 36-37 ans et continuent à courir vite. Si je prends soin de mon organisme, c’est peut-être jouable. Après, il faut de la motivation et converser la rigueur du haut niveau, se projette-t-il. Quand je participe à une compétition internationale, c’est parce que je pense pouvoir faire quelque chose. Le jour où je penserais ne plus avoir la possibilité d’aller chercher une médaille, ce sera l’heure d’arrêter ». Avant, le chouchou de l’handisport français compte offrir à son pays des médailles. « Sa manière de remercier la confiance que le public lui a accordée ». 

Du 7 au 18 septembre 2016, quand il « sortira les crocs » en s’élançant pour un titre olympique, le sprinteur, alias le Guépard Blanc, donnera quoi qu’il arrive à des jeunes atteints d’un handicap la preuve que les rêves les plus fous peuvent se réaliser. Et, dans une dizaine d’années, qui sait, au moment de l’éclosion de nouveaux prodiges de l’handisport français, des voix s’élèveront peut-être pour saluer et remercier leur exemple, Timothée Adolphe, comme ce soir de 2000 où lui-même, alors gamin, était resté scotché, pour la première fois, devant une course d’athlètes non-voyants des Jeux Paralympiques de Sydney. Ce soir de 2000, où il s’était fait la promesse, « d’être un jour aux Jeux ». 

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Alexis Vergereau

20 ans, étudiant en Science Politique, passé par l'Académie ESJ Lille. Correspondant pour le Journal du Pays Yonnais et co-rédacteur en chef de l'émission radio Globe Sportif.

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