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« Unreal » : la télé-réalité tombe le masque

« Unreal » : la télé-réalité tombe le masque
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A une époque où la téléréalité n’a jamais été aussi populaire et présente sur de nombreuses chaînes, une série s’élève dans le paysage audiovisuel pour montrer au spectateur les dessous de ces émissions où chaque geste est millimétré : UnReal.


 

Rachel Goldberg est employée comme productrice par l’émission Everlasting, émission de téléréalité type Bachelor, pour manipuler les candidates. Elle a sous sa coupe un petit groupe de candidates, en concurrence entre elles et avec les autres candidates, qu’elle utilise pour créer des rebondissements, des drames et des intrigues, pour que le programme reste attractif et plaise à sa productrice en chef, Quinn King.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Voir l’envers de la téléréalité nous fait prendre conscience de toute l’organisation qu’un tel programme nécessite. Lors de la saison 1, Rachel et ses collègues coachent des candidates pour que l’une d’elles épouse le candidat Adam Cromwell, riche héritier en quête de notoriété pour son complexe hôtelier. Chaque candidate a été sélectionnée pour plaire ou déplaire au candidat, pour se disputer avec d’autres candidates, pour son histoire familiale compliquée qui arrachera des larmes à la ménagère, ou pour son effronterie choquante pour l’Amérique puritaine. Rachel doit toujours être à l’affut d’une bonne séquence et placer les caméras devant : comme le répète Quinn, il faut faire de la « good TV ».

Au vu du profil de Rachel, on peut la comparer avec la scénariste et co-créatrice de la série Sarah Gertrude Shapiro : celle-ci, comme Rachel, a été productrice pendant neuf ans du Bachelor. Ayant été détruite psychologiquement par son travail après avoir coupé les ponts avec ses employeurs, elle a écrit la série. L’ex petit-ami de Rachel, Jeremy, est caméraman, il travaille sur le plateau et a une nouvelle copine, maquilleuse sur l’émission. Rachel doit donc gérer, en plus de ses problèmes de travail, ses problèmes de cœur car elle est toujours amoureuse de son ex, bien qu’elle le nie.

Rachel prône l’indépendance et la liberté, elle assure qu’elle fait ce qu’elle veut car elle manipule tout le monde, alors qu’elle aussi est manipulée par les autres, notamment par Quinn qui la traite comme sa protégée mais n’hésite pas à la faire chanter pour obtenir ce qu’elle veut. Elle joue la femme forte mais peut être brisée à tout instant par une parole blessante, surtout de la part de son ex.

Dans la saison 1, Rachel revient sur le plateau après avoir détruit le final de l’émission précédente en insultant, ivre, face caméra et en direct, la chaîne et l’émission. Elle est reprise par la chaîne et le créateur du programme Chet Wilton, à condition de ne pas faire de vagues et de suivre les ordres. Rachel est dans le déni : elle est persuadée que son travail est utile et qu’elle ne fait rien de mal. Ses collègues comme la psychologue ou Jay, ou encore son ex-copain Jeremy, tentent de lui montrer qu’elle est manipulée et l’incitent à partir pour se reconstruire et changer de vie.

 

Manipulations en série

 

La série ne cherche pas à avoir une vision macchinéenne de la téléréalité avec les méchants producteurs et les pauvres candidats manipulés, c’est beaucoup plus complexe. Tout le monde manipule tout le monde, les candidats ne sont pas de petites choses fragiles et sont capables de se battre pour un seul homme, quitte à déstabiliser leur concurrente avec des paroles blessantes. Rachel peut être émouvante, elle a parfois des doutes sur son métier et cherche à arrêter sans vraiment savoir comment faire : elle est prise dans un mécanisme qui ne lui permet pas de se libérer et de partir, contrairement à Sarah Gertrude Shapiro qui a dû changer d’Etat pour que ses employeurs la laissent tranquille et ne l’obligent pas à revenir travailler sur le Bachelor. Les candidates peuvent être perverses et fines stratèges pour se démarquer et obtenir ce qu’elles veulent mais les véritables marionnettistes sont les producteurs comme Rachel et Jay qui peuvent parfois faire des coups bas ou manipuler les candidates des autres producteurs. Tout cela dans le seul but de faire de la « good TV ». 

Quinn est aussi un personnage important. Elle est un modèle pour Rachel : riche, puissante, respectée par ses équipes, à la tête d’un show parfaitement bien géré, elle est la maîtresse de Chet mais elle veut plus. Elle en a assez de le satisfaire et d’être le substitut de son épouse. Elle aime bien Rachel, elle la traite à la fois comme une petite sœur mais aussi comme une simple employée, voir comme un objet manipulable à loisir. Elle n’hésite pas à tout sacrifier pour son bénéfice et le bien de l’émission : elle met les candidates dans des situations délicates, les pousse, à travers les producteurs, à se dévoiler entièrement, à déballer leurs vies, elle n’hésite pas à mettre leurs vies en danger. Elle connaît tous les codes qui rendent le programme populaire, elle sait plaire à la ménagère et à l’ado connectée qui tweete sur l’émission. Quinn est la femme de pouvoir qui se rêve à la tête d’un empire financier.

 

Vous avez dit féminisme ?

 

La série est féministe mais jusqu’à un certain point. Rachel et Quinn sont deux femmes indépendantes, qui rêvent de plaisir, de luxe, de pouvoir et d’argent, elles veulent être indépendantes et libres des hommes qui dirigent la chaîne et le programme. Elles se moquent souvent d’Adam, le candidat, ou d’autres hommes comme Jeremy, que Quinn méprise. Cependant, les candidates de l’émission sont assez superficielles et écervelées. Certaines sont intelligentes et jouent avec les codes de l’émission pour les retourner à leur profit, elles n’ont pas froid aux yeux et savent se vendre. D’autres sont plus fragiles, moins fortes et indépendantes. La jeune stagiaire de production Madison, qui admire Rachel et qui tremble ou pleure à chaque émotion, est fragile, sensible mais déterminée à devenir productrice et à travailler sur le programme. On remarque néanmoins que toutes les femmes dans la série ont besoin d’un homme : Quinn a besoin de Chet, Rachel ne supporte pas que Jeremy la méprise ou l’agresse, les candidates veulent épouser Adam. La série montre donc des femmes fortes qui ont pour certaines, comme Quinn, Rachel ou Madison, des rêves de carrière et de pouvoir, qui veulent dominer les hommes et conquérir leur indépendance. En revanche, les candidates sont impulsives, prêtes à tout pour être aimées pour Adam et acceptent toutes les bassesses pour atteindre leur but.

La série est cynique à souhait : elle brosse un portrait cruel et froid de la téléréalité, un monde sans pitié où tout le monde manipule tout le monde pour avoir de bonnes images à diffuser et faire de bonnes audiences. L’argent est maître : Adam est riche et beau, c’est l’image du prince charmant avec son grand château, les filles l’aiment pour son apparence mais lorsque la série avance, on se rend compte qu’il peut être idiot, naïf et facilement manipulable, notamment par Rachel. Quinn et Rachel rêvent d’être riches et puissantes, l’argent détermine la puissance de l’individu. La série montre un monde de la télévision et surtout de la téléréalité inhumain, on comprend bien pourquoi Sarah Gertrude Shapiro a fini en dépression dans une ambiance pareille : la violence et la manipulation sont très souvent utilisées pour parvenir à ses fins. Montrer les coulisses d’une téléréalité montre toute la complexité du système et toute sa perversité.

La saison 2 qui vient tout juste de commencer est toute aussi réussie que la première. Rachel et Quinn continuent leur ascension malgré les obstacles. Le show continue avec son lot de drames, de disputes et de romances.

Les points négatifs de la série sont minimes. On peut trouver que certains clichés sont exacerbés mais cela fait partie du show. Quinn et Rachel font en sorte que les candidates correspondent à des stéréotypes : la mère de famille coincée, la fille qui n’a pas froid aux yeux, la lesbienne qui ne s’assume pas, la jeune institutrice bien sous tous rapports bonne à marier, etc. Ces clichés sont voulus et créés par le show. Même Jay, le producteur noir et gay, joue un rôle et accentue son homosexualité pour se démarquer des autres producteurs.

Dans les coulisses y compris, la compétition règne, le chantage et la manipulation sont utilisés devant et derrière la caméra.

Quant au casting, il est très bien soigné : Shiri Appleby, qui a joué dans la série Roswell, est Rachel et Constance Zimmer, actrice dans House of Cards ou Marvel’s Agents of SHIELD, incarne Quinn. Le reste des acteurs sont souvent inconnus du grand public, seconds rôles dans plusieurs films ou séries.

 

UnReal est assurément une série à visionner. Elle dresse un portrait acide et cynique de la téléréalité, un portrait crédible et véridique car inspiré de l’expérience de sa co-créatrice et scénariste S. G. Shapiro. La réalisation est efficace et maîtrisée, le suspens est travaillé et ne retombe pas à plat, certains plans sont travaillés, notamment les plans larges ou les plans de nuit. Même si le ton général n’est pas forcément comique, certaines situations ou répliques peuvent être amusantes et permettent d’apaiser la tension permanente. Lorsqu’une série est capable de vous tenir en haleine sur un sujet aussi complexe et au premier abord ennuyeux – les coulisses d’un show télévisuel – le résultat est époustouflant. Et à la hauteur du slogan de Quinn : UnReal est de la « good TV ».

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Khâgneuse spé H/G. Mi-bretonne mi-parisienne. Amatrice de séries et amie des chats. Nez dans les bouquins et yeux sur un écran.

Comments

  1. Chloé

    Ce qui est aussi notable sur cette série, c’est que, bien qu’elle apporte une critique sur les émissions de télé-réalité, elle est diffusée par LA chaîne des télé-réalités aux Etats-Unis, Lifetime.

    • Phéline Leloir-Duault

      Oui en effet, merci d’avoir réparé cet oubli de ma part ^^

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