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Alep, symbole de l’enfer syrien

Alep, symbole de l’enfer syrien
Axel Joly

Alep, jadis capitale économique de la Syrie, est depuis 2012 le symbole d’un conflit complexe et sans fin dans lequel le régime syrien et ses alliés affrontent les différentes factions rebelles.


 

« Mère de toutes les batailles » contre « Tombeau du régime »

 

Alep était, avant le conflit, le poumon économique de la Syrie. Située dans le nord-est du pays, à une cinquantaine de kilomètres de la Turquie, sa situation géographique et son industrie prospère laissaient, dès le début du conflit, présager le pire pour une cité considérée comme l’une des plus vieilles villes constamment habitées au monde. Stratégiquement et psychologiquement, aucun camp ne peut se permettre de perdre la ville.

En 2012, lorsque Alep bascule dans le conflit, Bachar al-Assad qualifie cette bataille de « Mère de toutes les batailles », les rebelles veulent quant à eux faire d’Alep le « tombeau du régime ». Tous savent que c’est ici que se jouera l’issue du conflit syrien.

Depuis quatre années maintenant, la ville vie au rythme des offensives militaires et des bombardements. L’est de la ville est aux mains de différentes factions rebelles, les démocrates et laïcs de l’Armée syrienne libre ont été obligés de faire de la place à des factions islamistes dans les quartiers qu’elle contrôle, tandis que le régime et ses alliés chiites contrôlent l’ouest de la ville ainsi que la fameuse et stratégique citadelle d’Alep. L’État islamique tentera aussi de s’immiscer dans le centre-ville, rapidement chassé par les rebelles.alep22

En janvier 2016, le régime syrien, appuyé par ses alliés russes et chiites, lance une vaste offensive visant à s’emparer de la périphérie nord d’Alep. L’offensive est un succès et les rebelles se retrouvent quasiment encerclés et voient le corridor reliant la Turquie au centre d’Alep rompu, compliquant très fortement l’approvisionnement des quartiers aux mains de la rébellion.

 

Entre barils explosifs et bombes au phosphore

 

À Alep, l’horreur vient du ciel. Depuis le début du conflit, le régime syrien utilise massivement toutes sortes d’armes barbares, notamment les tristement fameux barils d’explosifs : fabriqués à partir de tonneaux, eux-mêmes remplis d’explosifs et d’objets métalliques, pouvant être largués à partir de simples hélicoptères. Peu onéreux et dévastateurs, le régime en a largué des milliers sur les quartiers rebelles de la ville. Rien n’est épargné, pas même les hôpitaux ou les écoles, donnant à certains quartiers un visage apocalyptique.

Outre les bombes « traditionnelles » et les barils explosifs, le régime syrien et l’aviation russe utilisent de façon constante les bombes au phosphore sur la population civile. Ces bombes incendiaires sont régulièrement couplés aux bombes à sous-munitions et visent principalement les campagnes avoisinantes d’Alep, causant de violents incendies et de nombreuses victimes civiles. Le régime d’Assad utilise ces bombes depuis le début du conflit, l’opposition l’accuse de bombarder champs et fabriques de pains afin d’affamer les populations dans les zones qu’il ne contrôle pas.

Dans Alep, les rebelles, sous-équipés et épuisés par ces années de conflits, répondent de façon dérisoire avec des armes légères, obsolètes et qui paraissent dérisoires à coté du lourd armement du régime syrien et de ses alliés. Le bruit des milliers de touristes arpentant les étroites ruelles d’Alep a laissé place au vacarme sans fin des bombardements, aveugles et assassins.

 

Bombardement au phosphore sur Alep, en juin 2016. (© Anas Sabagh)

Bombardement au phosphore sur Alep, en juin 2016. (© Anas Sabagh)

 

Une situation humanitaire catastrophique et des négociations au point mort

 

C’est dans les quartiers rebelles que la situation inquiète le plus : selon différentes estimations, environ 200 000 civils vivent encore dans ces quartiers. Régulièrement visés par les bombardements, privés de vivres et de médicaments, d’hôpitaux et de soins, la situation des civils dans les quartiers rebelles d’Alep est chaotique et, tous les jours, des dizaines de morts viennent s’ajouter aux centaines de milliers de Syriens déjà tombés depuis le début du conflit.

Le cessez-le-feu instauré en février dernier avait eu le mérite de tenir plusieurs jours, redonnant espoir aux populations piégées. Depuis, les bombardements ont repris et le dernier cessez-le-feu datant du 16 juin dernier, conclu par les Russes et les Américains, censé tenir 48 heures, a été immédiatement violé par le régime.

L’échec de toute solution diplomatique pour Alep symbolise parfaitement le blocage diplomatique concernant le conflit syrien. Le régime de Bachar al-Assad, qui semble avoir repris l’initiative militaire à Alep, compte bien infliger de nouvelles défaites aux rebelles afin de faire pencher la balance diplomatique en sa faveur.

 

Alep est aujourd’hui en partie rasée, divisée entre zones tenues par le régime aidé par ses alliés, par ailleurs relativement épargnées par les horreurs que vivent les quartiers rebelles, constamment sous le feu des bombes russo-syriennes. Alep est à la fois la clef du conflit syrien et son symbole. Le symbole d’un pays détruit, divisé et où les errances de la communauté internationale ont laissé place au désespoir.

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Axel Joly

Etudiant en Sciences-Po • Géopolitique, Syrie/Irak, Moyen-Orient, terrorisme et sécurité internationale.

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