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Auschwitz–Birkenau, devoir de mémoire ou tourisme de désolation ?

Auschwitz–Birkenau, devoir de mémoire ou tourisme de désolation ?
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À l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse qui débuteront le 26 juillet prochain, Cracovie accueillera des milliers de jeunes venus célébrer la foi. Mais il sera sans doute l’occasion pour eux, comme pour le Pape François, de visiter l’ancien camp d’extermination d’Auschwitz–Birkenau, à 60 kilomètres de la ville festive.


 

Plus besoin de présenter Auschwitz–Birkenau, horriblement culte, devenu musée depuis 1947 et lieu touristique quasi-incontournable dans la région (plus de 1,7 millions de visiteurs en 2015). Mais alors que penser du tourisme dans ce lieu de mémoire ? Faut-il porter une oreille attentive au conseil d’Alain Finkielkraut affirmant que « respecter ce lieu, c’est ne plus s’y rendre » ou bien continuer d’entretenir ce travail touristique au nom d’un devoir de mémoire essentiel ?

Nul ne renie le devoir de mémoire. Généralement invoqué au nom du « plus jamais ça », entretenir la mémoire devient un acte citoyen nécessaire au futur de notre vivre ensemble. Mais concernant les lieux témoins, comme le camp d’Auschwitz–Birkenau, il semblerait que le travail de mémoire se soit quelque peu transformé en tourisme de désolation (ou tourisme noir). Le photographe Ambroise Tézénas s’est posé cette question à travers une série de photos montrant des lieux tristement célèbres tels qu’Auschwitz, sous couverture touristique.

 

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Pourtant, les musées sont créés pour ça. Pour faire connaître des périodes de l’histoire, souvent sombres, aux générations actuelles. C’est d’ailleurs ce que fait le musée d’Auschwitz. Il raconte le qui, comment, pourquoi, de ce camp. Mais a-t-on besoin de se rendre dans le lieu pour connaître tout ça ? Soyons clairs : vous n’apprendrez rien de nouveau en allant à Auschwitz–Birkenau, de nouveaux chiffres peut-être, que vous aurez oubliés quelques heures plus tard.

Malgré tout, il semble évident à première vue que se rendre dans ce lieu participe à l’attitude d’un citoyen averti. Aller sur place peut représenter, pour certains, un pèlerinage. Il s’agit de toucher le drame du doigt, sans le vivre pour autant. Le constat fait peur, les touristes s’accumulent et leur nombre ne cesse d’augmenter chaque année. Mais alors que faire ? Pourrait-on laisser Auschwitz-Birkenau dénué de toute fonction aujourd’hui ? Le détruire serait un acte négationniste. Le fermer, reviendrait à laisser dépérir ce témoin et donc abandonner la mémoire de la Shoah.

S’il est vrai que les salles se succèdent bien trop rapidement pour ressentir quelque chose d’intense dans les lieux, que certaines expositions d’objets (milliers d’objets personnels entassés) ressemblent à des reproductions macabres des œuvres accumulatives d’Arman, Auschwitz se donne pour ambition de montrer aux yeux de tous ces bribes de vies des déportés, invisibles à l’extérieur pendant trop longtemps.

 

Ce qui tend à poser problème ne vient pas tellement du lieu devenu – bientôt – l’unique témoin historique, puisqu’il participe véritablement à l’entretien de la mémoire collective ; mais plutôt l’attitude touristique, pas toujours bienveillante. Selfies, photographies absurdes, non-respect des lieux… Nous transformons une place, des cellules, des portes, des chambres à gaz ayant servi aux pires atrocités en photos instagram « #NoFilter ». Une tranchée invisible se creuse entre le drame humain, les photos des corps maigres, des cheveux accumulés et vieillis par le temps avec le touriste frais, doté des armes de son temps, indispensables, casquette et appareil photo, pour survivre à cette journée. On ne peut lui reprocher. Pourtant, le malaise s’installe. Et si c’était ça, le tourisme noir ? Bien plus que de visiter des lieux teintés d’une histoire atroce, avoir une attitude en décalage avec ce lieu inquiète. Mais quelle attitude avoir dans ce cas ?

Le travail de mémoire, évoqué plus tôt pourrait alors prendre tout son sens. C’est en ayant appris et compris l’importance du lieu et de l’histoire qu’il raconte que l’on peut tenter d’apprécier sa visite.

Cracovie est ville adorable, colorée où il fait bon vivre. Encore plus durant les JMJ. Que vous décidiez d’aller faire 60km pour une visite Auschwitz Birkenau est propre à chacun. Toutefois n’oublions pas que ce camp est d’abord celui de l’holocauste – d’un crime humain sans précédent- avant d’être un lieu touristique.

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Alizé Boissin

Etudiante bordelaise, aimant partager des cannelés et des idées avec la e-communauté

Comments

  1. Alexandre

    Article très intéressant qui rappelle ô combien le devoir de mémoire et de transmission (grâce au tourisme) sont importants pour comprendre la gravité des actes qui y ont été commis. Bravo à l’auteur pour ce papier !

  2. Marie

    Article aux sources nombreuses et pertinentes, dommage que la rédaction de pauvre qualité avec ses formulations lourdes donne un ton moraliste à l’article

  3. Plus qu’à la série d’Ambroise Tézénas, ton article m’a fait penser aux images de Roger Cremers, disponible à cette adresse : http://www.lumieresdelaville.net/2016/05/12/un-photographe-immortalise-le-comportement-des-touristes-a-auschwitz/

    Je n’y suis encore jamais allé et je ne sais pas s’y je m’y rendrais un jour. Ton article n’est pas le premier que je vois sur le sujet.
    Je crois que ma visite de Bergen Belsen correspond mieux à ce que j’attends d’un lieu de mémoire. Un centre d’interprétation, un peu vieillot, très sobre et un site qui n’a plus aucune trace de ce qu’a été l’endroit. Il ne reste à peine que les fondations de certaines baraques, et ces monticules avec comme inscription: « ici repose 400 morts » « 500 » ou « 600 ». Des pierres tombales pour des disparus, celle d’Anne Frank entre autre. Et le poids de l’Histoire, sans voyeurisme.

  4. Léa

    Je trouve cet article très intéressant. Je n’aurais jamais pensé à ce site de cette manière là. Je n’avais pas conscience de l’aspect néfaste du tourisme dans ce genre de site. La réflexion est vraiment pertinente et juste. Tu l’exprime aussi très bien. Bref, cet article était super bien !

  5. Victor

    Je comprends votre point de vue et je le partage en partie. Je pense que certaines personnes peuvent réellement avoir de très mauvais attitudes en visitant ce site. Y étant allé je peux vous dire que non on ne ressent pas rien. Oui tout défile, des photos, des histoires individuelles, des objets mais ils restent gravés à vie dans ma mémoire. Pour ma part, j’en suis revenue pleine d’émotions et ayant un beoin, une envie de faire changer les choses. Alors non il ne faut pas fermer ce lieu et oui je pense qu’il est necessaire que les gens s’y rendent malgré la difficulté. Et oui certaines personnes n’ont pas un bon comportement en ce lieu mais outre de les préparer nous ne pouvons rien y faire comme dans de nombreuses circonstances.

    • Alizé BOISSIN

      Merci pour ce commentaire. Je me suis aussi rendue sur le lieu avant d’écrire cet article et je suis complètement d’accord sur l’émotion ressentie ! En effet il semble plus juste d’éduquer le tourisme/les touristes afin que Auschwitz-Birkenau reste un lieu de mémoire digne

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