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Donald Trump et Hillary Clinton : deux candidats mal aimés

Donald Trump et Hillary Clinton : deux candidats mal aimés
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Depuis les États-Unis – Ils ont été confortablement investis candidats à l’élection présidentielle américaine par les délégués de leur partis respectifs, et pourtant… Hillary Clinton et Donald Trump ne font pas l’unanimité, tant au sein de leur propre formation politique qu’au sein des électeurs américains. À Chicago, Lexington et Philadelphie, rencontre avec des Américains qui devront les départager et choisir qui présidera aux destinées des États-Unis pour les quatre prochaines années. 


 

L’Amérique est en train de vivre l’une des pires campagnes électorales de son histoire, et on ne peut pas dire que la question passionne les foules. JFK et Barack Obama avaient réussi à ce que les électeurs se passionnent pour la politique ; Hillary Clinton et Donald Trump auront réussi tout le contraire, dans un pays où la fracture raciale connaît une telle recrudescence que l’on se croirait revenu dans les années cinquante ou soixante, et où un affrontement surréaliste et violent se met en place entre conservateurs et libéraux.

Le futur président ou la future présidente sera élu(e) par le peuple américain, mais la rencontre entre les deux candidats d’un coté et la nation américaine de l’autre ne se déroule pas pour le mieux. Hillary Clinton et Donald Trump n’ont jamais aussi mal personnifié la définition d’une élection présidentielle et de tels candidats n’ont jamais eu une aussi mauvaise image. Selon un sondage CBS News/New York Times, 54% des électeurs américains ont une opinion défavorable d’Hillary Clinton et de Donald Trump. 67% pensent que la candidate démocrate n’est pas honnête – notamment à cause de l’affaire des e-mails – et 62% ne font pas confiance au candidat républicain.

 

Donald Trump : adulé par la base militante, détesté des Américains

 

Donald Trump est un candidat qui représente assez mal les valeurs du parti qu’il est censé défendre. Marié trois fois, divorcé deux fois, ancien démocrate, Donald Trump n’est pas le candidat idéal pour l’Amérique religieuse et puritaine qui constitue la base de l’électorat républicain. Que ce soit à Lexington dans le Kentucky, à Chicago ou à Philadelphie, les mots « fou », « dérangé », « Hitler », « démago », « populiste » sont ceux qui reviennent le plus souvent pour qualifier le candidat républicain. Donald Trump secoue le monde politique américain, engoncé dans un politiquement correct étouffant.

Il n’hésite pas à brocarder la minorité hispanique, allant jusqu’à promettre qu’il construirait un mur à la frontière américano-mexicaine pour stopper l’immigration illégale. Il traite ses concurrents de menteurs, humilie la femme de Ted Cruz – sénateur du Texas et ex-candidat à la primaire républicaine – et promet, entre autres, de stopper l’entrée des musulmans sur le territoire américain. Beaucoup ici ont été choqués qu’il se moque publiquement d’un journaliste du New York Times souffrant d’arthrogrypose lors d’un meeting en novembre dernier. Cathy, habitante de Lexington (Kentucky), résume très bien la situation : « Le dixième des faits et gestes de Donald Trump aurait valu une condamnation morale et l’arrêt ferme et définitif de toute carrière politique pour n’importe quel autre citoyen américain. Mais pas pour Donald Trump. »

 

S’il est soutenu par une partie non-négligeable de la population et du corps militant républicain, il en va différemment des élus du GOP. Ted Cruz, Marco Rubio, Jeb Bush, John Kasich… Tous s’étaient préparés pour être le candidat du parti à la présidentielle, pour que finalement Donald Trump – jamais élu – s’immisce dans les affaires du parti et rafle l’investiture. Certains se sont alliés à lui par conviction, d’autres par opportunisme, quelques-uns ont refusé de se soumettre, mais quasiment tous ont la particularité de ne pas porter Trump dans leur cœur. Un des cas les plus significatifs est celui de Paul Ryan, ancien candidat à la vice-présidence aux côtés de Mitt Romney et actuel speaker de la Chambre des représentants, refusant dans un premier temps de soutenir Trump, avant de se raviser. Alors pourquoi soutenir cet homme ? C’est une simple question de sémantique : ils n’aiment pas Trump, mais ils détestent Hillary Clinton.

Si Donald Trump représente mal les valeurs qui sont censées être depuis plusieurs décennies celles du parti républicain, il représente pourtant très bien le virage idéologique qu’a pris le GOP et ses sympathisants. Il suffit de regarder les délégués présents à la Quicken Loans Arena de Cleveland. Ce parti est aujourd’hui celui d’une Amérique blanche, côtoyant rarement les hautes sphères de la classification sociale et culturelle, faiblement éduquée, détestant le gouvernement fédéral de Washington, attachée au Deuxième amendement – celui autorisant le port d’armes –, assez nettement religieuse et relativement encline au racisme.

Cette partie de la population se sent persécutée à longueur de journée par « l’establishment » de la côte Est, les élites, ceux d’Harvard et des médias. Aussi radicale soit-elle, cette définition de ce que sont aujourd’hui les républicains est en grande partie vraie. Pour autant, une frange de ce qu’était le parti républicain subsiste. Malheureusement pour eux, ils se sont faits voler les clés du GOP, leur tentative de modifier les règles de nomination du candidat à l’élection présidentielle ayant échoué au début de la convention de Cleveland. Le parti de Lincoln et de Reagan – comme il est de coutume de le définir – est en train de devenir celui de Trump, achevant (si ce n’est déjà fait) sa mutation idéologique et politique.

 

Hillary Clinton : manque de naturel et présidente par nature

 

Du côté démocrate, ce qui devait être une voie royale pour Hillary Clinton s’est transformée en chemin de croix. Son calvaire ? Bernie Sanders. Le sénateur du Vermont l’a obligée à se battre jusqu’au bout pour obtenir les 2383 délégués nécessaires à la victoire. Marchant sur un sentier plutôt centriste, l’ex-secrétaire d’État s’est faite bousculer sur sa gauche, épreuve qu’elle n’avait  visiblement pas prévue. Dans un pays où prononcer le mot « socialisme » vous ferait passer pour un dangereux gauchiste, sinon pour un extraterrestre, Bernie Sanders a assumé son positionnement social-démocrate. Et non sans réussite : jusqu’au mois de juin, il a talonné Hillary Clinton.

Avec ses idées sociales et progressistes dans un pays réticent à celles-ci, il a permis à une partie de l’Amérique, surtout chez les jeunes, les étudiantes et les diplômés, de se révéler une foi quasi-socialiste. Candidat populiste, démagogue et clairement raciste chez les républicains et candidat social-démocrate chez les démocrates ; que de bizarreries dans une campagne qui ne ressemble décidément à rien de ce qu’ont connu les États-Unis jusqu’à aujourd’hui.

Comment Hillary Clinton est-elle alors perçue des Américains ? Selon Matt, réceptionniste dans un hôtel d’un grand groupe américain, habitant à Chicago, « les arguments utilisés contre elle ignorent ses qualifications et son véritable travail sur diverses questions de fond. Elle a fait de mauvais choix dans le passé, mais a montré une volonté de grandir et d’apprendre ; et je respecte cela. » Comme lui, beaucoup reconnaissent que ses fonctions de première dame, de sénatrice de l’État de New York et de secrétaire d’État lui donnent une certaine légitimité et prouvent sa compétence. Même parmi les soutiens de Bernie Sanders, le discours n’est pas foncièrement différent. « Hillary n’est pas mon premier choix » ajoute Jake, son petit ami, employé dans un Applestore, plutôt favorable au sénateur du Vermont, « mais j’apprécie le travail qu’elle a fait et les questions sociales qu’elle représente. Je pense qu’elle fera une bonne présidente. Et depuis son choix de prendre Tim Kaine en tant que vice-président, je suis beaucoup plus enthousiaste au sujet de sa campagne. »

Même son de cloche pour tout le monde ? Pas vraiment. Dimanche après-midi, aux abords de la mairie de Philadelphie, à quelques mètres de là où se déroule la convention démocrate, plusieurs centaines de personnes protestent. Leurs cris de ralliement ? Bernie Sanders. Ce qui peut laisser perplexe… Quelle est donc leur motivation ? À cette question, une étudiante affublée d’un t-shirt à la gloire du sénateur répond qu’elle est ici « pour faire peser les idées de Sanders sur la plateforme démocrate ». Selon elle, « Hillary Clinton est une centriste qui représente l’establishment » ; un discours semblable à celui des fans de Trump. La conclusion l’est pourtant beaucoup moins, puisqu’elle se dit résignée à voter pour l’ex-secrétaire d’État, lui reconnaissant au passage des qualités que n’aurait pas, selon elle, l’adversaire républicain. Mais tous, parmi les supporters de Sanders, ne sont pas aussi résignés qu’elle, démontrant que la candidature d’Hillary Clinton ne fait pas l’unanimité et divise au sein du parti démocrate.

Il y a donc ceux qui voteront pour elle, de plein gré ou un peu forcés ; et puis il y a ceux qui ne veulent pas entendre parler de la femme de Bill Clinton. Car si ce dernier est adoré par une grande partie des Américains, Hillary n’est vue que comme sa femme, passablement détestée par beaucoup. Le sexisme joue un rôle considérable dans un pays qui découvre que, finalement, il ne fait pas bon d’être une femme en politique, encore moins pour celle qui pourrait devenir la première Présidente des États-Unis. À tout cela, ajoutons l’image non-naturelle, apprêtée, qu’elle renvoie auprès du pays et qui transcende toute l’Amérique. Une anecdote à ce sujet : alors qu’un journaliste lui demandait qu’elles étaient ses chansons préférées, elle lui a répondu qu’il fallait lui envoyer la question par mail et que ce serait sa fille, Chelsea, qui s’occuperait de la réponse. Preuve, s’il en est, d’un certain formatage concernant la campagne et la vie d’Hillary Clinton, le tout dans un souci de communication parfaite. Néanmoins, un point positif qui la démarque de son concurrent républicain : selon le même sondage cité plus haut, pour 50% des électeurs, Hillary Clinton est prête pour assumer la charge de présidente, contre seulement 30% pour Donald Trump.

 

Paradoxalement, la candidature de Donald Trump est une chance pour Hillary Clinton. De nombreux américains affirment qu’ils ne voteront pas pour la candidate démocrate parce que c’est une femme, mais cette propension au sexisme est atténuée par le fait que son rival républicain est Donald Trump. Si le GOP avait choisi quelqu’un d’autre que lui, un Mitt Romney ou un Paul Ryan par exemple, il y aurait fort à parier que l’aversion pour Hillary Clinton et le sexisme des électeurs auraient été plus grands et auraient eu encore plus d’impact sur les intentions de vote, sinon sur le résultats des urnes.

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Quentin Paillé

Etudiant en deuxième année de licence d'Histoire à l'université de Caen. Futur journaliste. Passionné de politique, de littérature, de politique étrangère, d'Europe et des institutions.

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