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Épargnez-moi votre sécurité

Épargnez-moi votre sécurité
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Nice, un quatorze juillet. Face à l’horreur, médias et politiques cèdent – comme souvent – aux sirènes du spectacle et du sécuritaire. Reste alors un lourd ressenti dérangeant, entre exaspération et compréhension, entre effarement et accoutumance. 


 

Exsangue. Au sens figuré ; au sens propre également. Qui perd son sang. Face à l’effroyable et face à l’effroi, il n’y a pas de mots. Simplement l’air hébété subsistant sur nos visages, lui seul résistant au temps et à ces multiples attaques auxquelles nous devons faire face.

« Oh, non 2016, définitivement, tu ne peux pas nous décevoir », écrivions-nous en décembre dernier, ici-même. Ces mots résonnèrent alors sourdement quand, la nuit dernière, l’espoir qu’ils portaient s’est envolé. Ces mêmes personnes, déambulant l’espace d’une soirée sous la chaleur du rivage méditerranéen. Des parents, des enfants, portés par cette même insouciance, cette même envie, ce même bonheur ; toujours simple, jamais feint. Et pourtant.

Les images sont dures. D’autant plus dures que certaines n’auraient jamais dû être partagées, être diffusées, ni même être prises. Les images sont dures, car comme il y a huit mois, chacun est concerné. Et hier soir, bien plus qu’auparavant, l’information a succombé au spectacle. Ce ballet incessant de vidéos et de questions qui n’avaient rien d’éthique s’explique sans doute par l’instantanéité de l’information qui prévaut de nos jours, implacable et inexorable. La logique d’audimat est si forte que les chaînes tentent de conserver le téléspectateur débarqué sur leur canal à coup d’images du « camion fou » passées en boucle, à coup d’interviews glaçantes et dénuées de sens.

 

Mais il y a pire que cela. Il y a celles et ceux qui sautent pieds joints dans le catastrophisme et l’affabulation. Ceux qui lient eux-mêmes leurs pieds et leurs poings face à la peur. Bien sûr, les multiples affres auxquelles fait face notre pays depuis – au moins – janvier dernier requièrent une certaine attention, une prudence de mise, un décalage par rapport à avant. Certes, il convient de mettre en œuvre des dispositions exceptionnelles dans un certain cadre, délimité dans le temps et l’espace.

Mais pour autant, est-il nécessaire de proroger une nouvelle fois un état d’urgence dont les dispositions devenaient inutiles ? Si celui-ci facilite de manière certaine le travail de la police, l’état d’urgence est au moins pour moitié un moyen pour le gouvernement – et les politiques dans leur ensemble – de justifier leurs actions et de se prévenir d’éventuelles critiques acerbes. Qu’aurions-nous dit de François Hollande si cet attentat à Nice avait eu lieu un mois plus tard, quand l’état d’urgence avait prévu de prendre fin, comme l’annonçait le président hier à midi ? Cela étant, ces préceptes ne sont pas ceux de François Hollande, mais sont à tout le moins inhérents à l’action politique. Il s’agit de mettre en œuvre des moyens juridiques pour servir des fins politiques – et quiconque aurait agi ainsi.

Le véritable courage, cependant, serait d’amorcer un retour à la normale réel et tangible, avec tout le pragmatisme que cela requiert. Procéder à deux fouilles pour entrer dans une fan zone, lors d’un évènement prévu et ouvert à tous, est naturel. Mais cela devient moins évident lorsqu’il s’agit d’un supermarché, d’une école, d’un aéroport, d’une gare, d’une place, d’une rue. Le fait est qu’un attentat peut survenir un vendredi soir sur une terrasse, un mardi après-midi dans une gare de RER ou une nuit de juillet sur la côte d’Azur ; et cela, personne ne peut le prévenir. 

Le problème est que l’on ne demande pas à un État d’être permissif, encore moins insouciant, mais d’être omnipotent, de tout contrôler. Quitte à se voiler la face sur ce que l’on peut effectivement faire. L’attentat d’hier soir à Nice surprend par son modus operandi, écœure par sa brutalité, blesse par sa symbolique et son horreur, mais il prouve qu’une menace terroriste ne peut seulement qu’être gérée ; elle ne peut pas être empêchée. Malheureusement, il est difficile d’être lucide en politique quand il s’agit de ces questions-là.

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Steve Domer

Responsable de la rubrique Politique. Étudiant à Sciences Po, amoureux de musique rock, cinéphile de temps à autre.

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