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Espagne : pas de ‘sorpasso’, le Parti Populaire reste au pouvoir

Espagne :  pas de ‘sorpasso’, le Parti Populaire reste au pouvoir
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ESPAGNE – Quelques jours après le très médiatisé référendum sur le Brexit au Royaume-Uni et en plein Euro de football, les élections générales espagnoles se sont déroulées dans l’indifférence totale. Quels ont été les résultats et que faut-il en retenir ? Radio Londres revient pour vous sur l’événement.


Après plus de six longs mois d’attente, les citoyens espagnols sont de nouveau retournés aux urnes. Ce dimanche 26 juin, ils étaient 35 millions à être convoqués pour élire le futur gouvernement de leur pays. Seuls 70% d’entre eux sont allés voter, un pourcentage qui, bien qu’assez faible (deuxième plus faible de l’histoire du pays), est à relativiser compte tenu de l’inquiétude présente à 18 heures ce soir-là. Deux heures avant la fermeture des bureaux de vote, le taux d’abstention frôlait les 50%.

Pour rappel, le système électoral espagnol est bien différent du nôtre. Monarchie parlementaire, l’Espagne est dirigée par un gouvernement élu lors d’élections « générales » tenues tous les quatre ans. Chacune des 350 circonscriptions élit son député, et le parti en ayant acquis le nombre le plus élevé peut gouverner, à condition d’obtenir une majorité absolue, qui se situe à 176 députés. Cette majorité n’avait pas été glanée par le Parti Populaire, sorti vainqueur lors des dernières élections de décembre, ce qui a conduit à ce nouveau scrutin.

 

Le PP en tête, mais toujours pas assuré de gouverner

 

Au niveau des résultats, tout comme en décembre, le Parti Populaire (PP) se retrouve en tête, récoltant 33,03% des voix et gagnant 14 sièges et 700 000 voix par rapport aux précédentes élections. Néanmoins, le parti de Mariano Rajoy n’en compte que 137, bien loin des 176 nécessaires pour obtenir la majorité absolue.

Une réussite pour le PP qui s’est relevé après l’échec de décembre, lorsqu’il avait obtenu son pire résultat lors d’élections générales, et s’impose comme le seul à avoir augmenté son nombre de députés.  Rajoy a déclaré peu après les résultats qu’ayant terminé premier, il devait « avoir le droit de gouverner ». De plus, le PP a renforcé sa majorité absolue au Sénat par la même occasion.

Toutefois, la loi est bien claire, il faudra s’allier avec un ou plusieurs autres partis pour renouveler le mandat.

L’option la plus simple aurait été une alliance avec Ciudadanos, le parti de centre-droit libéral présidé par Albert Rivera. Seulement, deux problèmes se dressent devant cette éventualité. Tout d’abord, Ciudadanos a connu des résultats très bas, avec seulement 32 sièges, soient huit de moins qu’en décembre, et une perte de près de 400 000 voix. Cette chute empêcherait une hypothétique coalition entre les deux partis d’accéder au pouvoir, puisqu’en additionnant leurs nombres de sièges respectifs, on obtient un total de 169, inférieur aux fameux 176 sièges. Un autre paramètre à prendre en compte est que Rivera ne souhaite pas d’un gouvernement présidé par Mariano Rajoy, en référence notamment aux nombreux scandales de corruption qui ont éclaboussé le président du gouvernement sortant.

 

Le sorpasso évité

 

La grande interrogation de ce scrutin était de savoir qui du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) ou d’Unidos Podemos (UP, nouveau parti né de l’alliance entre Podemos et Izquierda Unida) allait devenir le premier parti de gauche. En effet, plus que de savoir quelle place occuperait le PP, c’est bien la question du « sorpasso » qui a alimenté les médias outre-Pyrénées. Utilisée pour la première fois en Italie,  dans les années 1960, cette expression a été reprise lors de cette élection pour désigner une hypothétique victoire du parti de gauche radicale sur le parti socialiste.

Donné favori par tous les sondages avant le scrutin, Unidos Podemos n’a finalement pas réussi à dépasser le PSOE, terminant comme en décembre, troisième de l’élection. Ce résultat est une « déception » pour Pablo Iglesias, qui « s’attendait à autre chose ». En effet, UP compte un  million de voix perdues par rapport à décembre, si l’on additionne les résultats glanés par les deux principaux partis.

Unidos Podemos étant arrivé en tête dans la majeure partie du Pays Basque et en Catalogne, on peut penser que c’est la position du parti sur l’indépendantisme régional, très fort dans ces Communautés Autonomes, qui lui a fait gagner des voix. À l’inverse, nombreux sont les partisans d’une Espagne unitaire qui ont décidé de ne pas renouveler leurs voix pour UP, de peur de voir deux régions essentielles à l’économie du pays devenir indépendante.

De son côté et malgré un score toujours plus bas en terme de pourcentage mais aussi de sièges (seulement 85), le PSOE est soulagé de rester la première force de gauche. Son leader Pedro Sanchez, qui se savait sur la sellette en cas de sorpasso, s’est ainsi félicité de ce résultat, qui n’a pourtant rien de glorieux.

Là aussi, conséquence directe des résultats en baisse, la gauche n’est pas en mesure de former une coalition pour gouverner. Les 85 sièges du PSOE additionnés aux 71 sièges d’Unidos Podemos ne seront pas suffisants pour décrocher la majorité absolue. Une coalition qu’il serait de tout de façon difficile à mettre en place, compte tenu des relations froides existantes entre Pablo Iglesias et Pedro Sanchez.

Ce dernier a tenu à régler ses comptes avec Iglesias sitôt les résultats connus, l’accusant ainsi d’avoir fait passer « son intérêt personnel devant celui de la gauche ». De plus, l’avenir d’Unidos Podemos lui-même est pour le moins incertain, avec en cause un conflit entre Alberto Garzón (numéro un d’Izquierda Unida) et Íñigo Errejón (numéro deux de Podemos), même si Iglesias avait émit le souhait de voir la coalition perdurer après les élections, quels que soient les résultats.

La grande coalition entre le PSOE, Podemos et Ciudadanos, qui semblerait être la principale solution, est freinée par de nombreux refus, en premier lieu de la part du PP qui verrait « injuste qu’on ne le laisse pas gouverner », en référence à sa victoire lors du scrutin. De plus et même si cette éventualité a déjà été étudiée, il resterait à savoir qui de Sanchez, Iglesias et Rivera serait près à laisser l’autre au pouvoir.

En outre, leur seul point commun est de ne surtout pas vouloir d’un gouvernement conservateur, qui plus est dirigé par Rajoy.

 

Et maintenant, on fait quoi ?

 

Un autre enseignement majeur de ces élections est la victoire du bipartisme, qui a subsisté jusqu’à entraîner des baisses communes de Podemos et Ciudadanos. Le PP et dans une moindre mesure le PSOE ont ainsi conservé leur rang de principaux partis, et ce en dépit de prédictions pour le moins contraires. On peut alors légitimement penser que la plupart des voix perdues par les partis émergents sont allées du côté du PP, qui en a gagné un nombre très important, ce qui n’est pas faux.

Beaucoup d’électeurs de Podemos se sont dits déçus que le parti forme une coalition avec IU, alors que la volonté première d’Iglesias était de ne justement succomber à aucune alliance, et ont de fait opté pour le PSOE ou le PP, voire pour l’abstention. De plus, le scandale basé sur les soupçons de financement du parti par des fonds vénézuéliens et iraniens ont sans doute influencé ses anciens électeurs de ne pas renouveler leur confiance en Podemos, qui se veut pour rappel être un parti « anti-corruption ».

Reste que trouver une solution devient désormais impératif, puisque les exigences et vétos émis par les quatre principaux partis semblent perdurer, voire se renforcer pour certains cas, ce qui n’arrange pas les citoyens espagnols. La date de constitution du Parlement fixée au 19 juillet, les dirigeants vont devoir rapidement passer à l’action en vue de futures alliances.

Le cas échéant, la situation pourrait vite devenir comique avec une troisième élection en un an, une alternative qui semble néanmoins difficilement imaginable. Si échec il y a, un changement de scrutin pourrait être envisagé sur la Péninsule. Une option idéale pour certains, exaspérés par les difficultés à former un gouvernement, mais qui demeure pour le moment simplement utopique.

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Elio Bono

Étudiant en 1ère année à Sciences Po Paris (campus de Poitiers). Grand amateur de politique française et internationale mais aussi d'économie et de sport

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