Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Le cinéma, victime collatérale du terrorisme ?

Le cinéma, victime collatérale du terrorisme ?
mm

Agenda malheureux ou prémonition qui dérange (voire les deux), le film de Jame Watkins Bastille Day fut déprogrammé des salles de cinéma la semaine dernière. Une demande qui vient directement de Studiocanal, son distributeur jugeant le film en inadéquation avec « l’esprit du recueillement national  ». Le pitch ? Une française prépare un attentat à la veille du 14 juillet. Victime collatérale du terrorisme, le cinéma subit à nouveau une autocensure qui fait peur.


 

L’attentat effroyable de Nice le 14 juillet dernier ne s’arrête pas seulement au lourd bilan de 84 victimes. Si la France entière, témoins, familles, proches, collègues, amis sont touchés par cet événement, le cinéma lui, s’en voit tout retourné. Bastille day, fruit d’une collaboration française, américaine et britannique sorti le 13 juillet n’aura pas eu le temps de faire ses preuves auprès des spectateurs. Depuis l’attaque de Nice, le thriller a été retiré des salles de projection. Et ce n’est pas le premier film touché. La méthode pose question.

L’autocensure cinématographique se voit de plus en plus utilisée au rythme des attentats que nous vivons. L’autre exemple français est survenu après les attentats du 13 novembre. Le film Made in France, de Boukhrief, avait été lui aussi déprogrammé par son distributeur, et n’a été disponible qu’en vidéo à la demande.

Et puisque le terrorisme n’a pas de frontières, outre­-Atlantique aussi, l’autocensure est utilisée. Ainsi, bon nombre de séries et de films américains se sont autocensurés en raison de scènes trop similaires avec des faits divers violents. A ce titre, en août 2015 le dernier épisode de la série Mr. Robot a été reporté. La raison ? Il comportait une scène bien trop ressemblante à l’assassinat de deux journalistes américains survenu la même semaine que la programmation de l’épisode. Plus surprenant encore, et pas si récent, deux épisodes de la série Buffy contre les vampires avaient été reprogrammés quelques mois après la fusillade de Colombine. Le scénario présentait une étudiante projetant de tuer dans une école.

 

L’art doit pouvoir, lui aussi, taiter des attentats

 

On peut le comprendre : bouleverser l’agenda culturel, et dans ce cas cinématographique, peut traduire un acte solidaire avec le deuil national. Par peur de l’amalgame, de choquer, de perturber le deuil : les raisons invoquées sont nombreuses et peuvent être compréhensibles. Mais si, au fond, retirer ces films donnait encore plus de poids aux terroristes et à leurs actes ? La question peut se poser. Depuis le 11 septembre, les terroristes parviennent, à l’aide des médias, à nous imposer leurs images en continu : tours qui s’effondrent, GIGN en plein action, prises d’otages…

Pendant ce temps, le cinéma, lui, évolue. Et si bien loin semble le temps où les cinéastes s’emparaient de l’actualité de la guerre d’Algérie pour leurs scénarios, comme Godard avec Le petit soldat et son histoire de déserteur, il n’est pas non plus anodin de voir apparaître de plus en plus de films traitant du terrorisme et du djihadisme à un moment de l’histoire où ils représentent la plus grande menace.

Déjà durant l’antiquité, assister à des tragédies humaines servait de catharsis. En clair, assister à une représentation permettait aux spectateurs de se libérer de ses pulsions, angoisses ou fantasmes en les vivant à travers les épreuves que subissaient les héros. Accoler cette même fonction au cinéma du XXIème siècle est sûrement un peu précipité. Mais se refuser à raisonner de la sorte, c’est aussi oublier une donnée essentielle : le cinéma est aussi un divertissement vivant qui ne cherche pas à informer, mais bien à divertir, parfois en faisant appel à nos propres maux. Le cinéma dont les thématiques sont les terroristes et les faits divers, ne serait-il pas alors simplement une démonstration (fictive) des difficultés de notre société ? Outre les pertes économiques que l’ont peut imaginer pour une déprogrammation d’un blockbuster comme Bastille Day, cette décision remet en question la place des films traitant du crime, et plus largement la fonction qu’occupe l’art dans notre société.

 

L’art dans sa globalité s’accorde avec son temps ; venir entraver son processus de création reviendrait presque à nier l’âpreté de l’époque dans laquelle nous vivons. Les médias n’ont pas le monopole de l’horreur. L’art peut aussi, à la manière d’un miroir, retranscrire le malaise de notre société. Aborder l’Etat Islamique, les attentas et autres actes de violence autrement que par la voie traditionnelle des médias, c’est aussi prendre conscience de l’époque, et de l’état d’une société. Va-t-on vaincre Daesh en se censurant sur ce qui y fait, directement ou non, écho ? Le terrorisme en sortirait, une fois de plus – de trop – gagnant. 

The following two tabs change content below.
mm

Alizé Boissin

Etudiante bordelaise, aimant partager des cannelés et des idées avec la e-communauté

Submit a Comment