Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Les réseaux sociaux à l’épreuve des attentats

Les réseaux sociaux à l’épreuve des attentats
mm

Comme le démontrent les réactions aux derniers attentats, de plus en plus fréquents, les réseaux sociaux sont depuis le 13-Novembre devenus une étape inévitable dans la gestion émotionnelle et médiatique post-attentat. Cependant, notre utilisation de ces derniers demeure différente selon notre rapport à l’attaque. Quel rôle ont-ils pour les personnes situées sur les lieux de l’attaque en temps réel ? Leur utilisation est-elle la même que la nôtre, nous qui réagissons en sécurité ? Jeanne et Lisa, toutes deux présentes à Nice le 14 juillet, nous apportent leurs témoignages.


 

Un réflexe différent 

 

L’idée (reçue) est la suivante : dans une situation d’attentat, l’on aurait prioritairement recours aux réseaux sociaux pour chercher de l’aide, des informations pour sa sécurité ou pour simplement comprendre ce qu’il se passe. Mais comme Jeanne et Lisa le démontrent, ce n’est pas forcément le cas. En ce 14 juillet 2016 à Nice, après avoir eu comme premier réflexe de « se mettre en sécurité plutôt que rester au milieu de la foule en panique », leur réflexe pour s’informer fut d’interroger passants et forces de l’ordre présentes : « On a eu l’info par les gens et les militaires, qui n’en savaient pas plus non plus, et pendant bien longtemps on n’a pas trop su ce qu’il se passait ». Des sources d’information parfois peu fiables en raison de l’atmosphère de panique généralisée, pouvant favoriser la circulation de rumeurs comme le souligne Jeanne : « Il y a eu des rumeurs de prise d’otage, de fusillade… ». Les réseaux sociaux ne sont donc pas, pour elles, la toute première source d’information pour les personnes présentes sur les lieux, leur recours n’est pas encore assez ancré pour que ces derniers y aillent systématiquement : « Ce n’était pas notre réflexe premier, on pensait déjà à notre vie ». Réfugiées à la mairie de Nice, les deux filles montrent que c’est justement une fois en sécurité que les réseaux sociaux deviennent utiles : « On était plus concentrées à écrire à nos proches dans un premier temps ». Une fonction de communication qui prend le pas sur celle d’information, arrivant dans un second temps : « On a eu l’info du camion au moins 2 ou 3 heures après l’attentat, une fois rentrées chez nous ».

En raison de l’émotion et de l’instinct de survie qui prennent le dessus, le recours aux réseaux sociaux est donc loin d’être prioritaire pour certaines personnes sur place. Mais pour nous, qui sommes sans danger et scotchés devant notre télé, ordinateur ou smartphone, à l’affût du moindre détail, les réseaux sociaux constituent l’étape d’un processus devenu presque systématique et programmé depuis le 13-Novembre. Y affluent d’abord l’incompréhension, puis les informations floues, les rumeurs. S’en suivent les réactions d’entraide envers les personnes sur place avec certains hashtags ou numéros de téléphone d’utilité publique, puis l’émotion et la désolation.

Et il est alors naturel de vouloir s’emparer du problème à sa manière. Ce qui tend à contredire l’argument d’une dimension individualiste de notre société, pour finalement en montrer un aspect contraire et solidaire face au terrorisme. C’est aussi parce que le terrorisme nous atteint, chacun de nous, sans pour autant nous heurter directement. Un fait confirmé par la phrase : « Je connais un tel qui connais un tel qui est mort » et par le sentiment national que les attentats ravivent. Les réseaux sociaux sont ici le seul moyen de réagir, de se sentir impliqué dans la lutte contre le terrorisme et de se sentir solidaire des forces de l’ordre, par cette démocratisation de l’entraide qu’ils mettent en place.

 

Un défaut d’efficacité et de fiabilité 

 

Si les réseaux sociaux ne sont pas un moyen de secours et d’information systématique pour les personnes sur place, c’est surtout en raison des informations peu fiables – comme les rumeurs – qui s’y amassent par dizaines, les minutes suivant l’attaque. Encouragées par le climat de panique générale tout de suite instauré, où les passions déchaînent l’information, il est souvent difficile de distinguer le vrai du faux. Et c’est encore plus le cas dans la précipitation lorsqu’on se trouve sur les lieux. Lisa appuie sur cet aspect quand on lui demande si elle s’est servie des réseaux sociaux : « J’ai cherché sur Twitter et sur Google ce qu’il se passait, mais sur Twitter il y avait beaucoup de fausses rumeurs ». Des informations le plus souvent non vérifiée que nous-mêmes avons du mal à distinguer de celle véridique, s’ajoutant aux nombreuses images choquantes qui circulent en masse. Il faut alors attendre un peu pour voir apparaître l’information officielle confirmée par les nombreux médias ; un laps de temps insuffisant pour les personnes sur place qui ont déjà eu le temps de se réfugier, voire d’apprendre cette information par les forces de l’ordre présentes.

 

Twitter, nouveau carrefour de l’information 

 

Avec notamment des lives Periscope diffusés depuis le lieu de l’attaque, Twitter propose un véritable direct de l’information, ayant presque tendance à remplacer celui des chaînes de télévision. En ce 14 juillet 2016, vers 22h30, pendant que des chaînes d’information en continu poursuivent la diffusion du feu d’artifice de la Tour Eiffel pour afficher un retard – invraisemblable – de 40 minutes, les premiers au courant de l’attentat affluent sur le réseau social. Les vidéos, les photos et le mot « camion » y apparaissent dès les premiers instants. Les premières préventions contre toute rumeur ou information non vérifiée sont lancées par certains médias ou par Twitter lui-même, démontrant que ses dirigeants ont saisi son importance et l’enjeu au centre duquel il est placé. Le réseau social propose à ses utilisateurs une interaction sans équivalent, et facilite le répertoriage de l’information grâce aux hashtags, proposant un véritable fil d’actualité. Le succès de Twitter auprès des particuliers s’explique aussi par cette démocratisation de l’information qu’il permet, information alors disponible n’importe quand et dont l’existence ne dépend plus du seul ressort des médias.

 

Les réseaux sociaux représentent un nouveau moyen de communication et d’information de plus en plus efficace lors des situations d’attentats. Une utilisation qui se répand progressivement sans pour autant constituer un réflexe systématique et qui varie selon notre situation, comme le démontrent les témoignages de Lisa et Jeanne. Bien qu’ils soient aussi le lieu de certaines dérives, ces espaces libres d’accès s’érigent peu à peu en « nouveaux lieux de l’information », comblant les lacunes de certains médias traditionnels.

The following two tabs change content below.
mm

Mathieu Hennequin

Etudiant en L3 Sciences-Politiques et en journalisme, en échange à Beyrouth. Passionné de Moyen Orient, de géopolitique et de raclette.

Submit a Comment