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La magnifique cruauté du sport

La magnifique cruauté du sport
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Dimanche soir, le Portugal a remporté l’Euro 2016 de football en battant en finale la France après prolongations (1-0). Une flopée de rêves s’est alors subitement évaporée pour 66 millions d’hexagonaux en attente d’un premier trophée international depuis seize ans. Cruel, et presque injuste au regard de la performance adverse. Pourtant, c’est ce genre de défaite — et donc de victoire — qui donne au sport sa pleine saveur. Explications.


 

Les Français restaient sur une finale douloureuse lors de la Coupe du Monde en 2006. Zidane, Materazzi, Trézéguet, des tirs aux buts et une défaite au bout du suspense. Pour la majorité des rédacteurs de Radio Londres, c’était d’ailleurs jusqu’alors le seul « vrai » souvenir de football lié à l’équipe nationale, les autres (1998 et 2000 notamment) remontant à un siècle que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Entre temps, il y a eu une descente aux enfers achevée à Knysna, puis une timide remontée vers la surface (2010-2013) pendant laquelle les supporteurs se sont contentés de banalités, eux qui quelques années plus tôt arpentaient les cimes du football mondial. Autant dire qu’après une épopée brésilienne en forme de mise en bouche, l’Euro 2016 organisé à domicile se rêvait ouvertement propriété française. Il n’en fut rien. La faute à des Portugais définitivement intouchables, sacrés pour la première fois sur la scène continentale.

 

 

1 victoire, 6 matchs nuls, troisième de poule. Le parcours chaotique de la formation lusitanienne a des allures hitchcokiennes, et c’est ce qui rend la défaite de l’équipe de France encore plus dolente. Le scénario de la rencontre, durant laquelle les Bleus ont largement dominé (n’en déplaise à certains aficionados), accentue lui aussi cette frustration légitime. À quelques centimètres près, Gignac inscrivait le but de la victoire à la dernière seconde du temps réglementaire. À quelques centimètres près, ces footballeurs offraient à leur sélectionneur et à leur nation un troisième Championnat d’Europe. Les larmes auraient été des rires, et l’ivresse de l’or aurait remplacé la fadeur de l’argent. Pourtant, le sort en a décidé autrement, tatouant à nouveau un souvenir amer sur nos peaux de supporteurs.

C’est cela qui rend le sport si goûtu. Ces scénarios, improbables, qui donnent à un titre une valeur inestimable. Ce sont eux qui nous rappellent que le sport n’est pas une science exacte, et que rien n’est jamais acquis. C’était peut-être le destin de ce Portugal. C’est ce qu’on vous dira aujourd’hui, et dans les décennies à venir, tant l’équipe a semblé insubmersible malgré les tempêtes qui l’ont ébranlée. Mais c’était déjà son destin il y a douze ans, quand elle échoua en finale de « son » Euro face à la mythique Grèce. Qu’avait-elle alors de plus cette fois-ci ? Probablement rien. Beaucoup vous diront même que cette formation-là n’avait pas la moitié de la qualité de sa prédécesseure. Et pourtant, c’est celle-là qui marquera l’histoire, au grand dam de leurs victimes tricolores.

 

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Parce qu’à la fin, il faut un vainqueur et un perdant, l’histoire se forge sur des détails. Et si dix ans plus tôt, David Trézéguet avait cadré sa frappe, un certain Domenech ne serait peut-être pas l’houspillé de service, mais bien un héros national. On ne saura jamais. Toujours est-il que ce dimanche soir, la grande histoire du sport s’est rallongée de quelques chapitres… pour l’éternité.

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Clément Zagnoni

Étudiant en licence de sociologie, passionné de musique et de sports. Je donne de l'intérêt aux choses qui n'en ont pas...

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