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Non, Camping 3 n’est pas une bonne comédie populaire !

Non, Camping 3 n’est pas une bonne comédie populaire !
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Après six années d’absence, ce troisième opus de la saga Camping, réalisé par Fabien Onteniente, marque le retour de Patrick Chirac au camping des Flots Bleus. Critique.


 

Comme chaque été, au Camping des Flots Bleus se retrouvent pour leurs vacances nos amis, Les Pic, Jacky et Laurette, Gatineau, tout juste divorcé de Sophie, le 37 et Patrick Chirac, fidèle à ses habitudes. Cette année, Patrick a décidé de tester le covoiturage… Pensant traverser la France avec Vanessa, il se retrouve avec trois jeunes dijonnais : Robert le charmeur, Benji le beau gosse et José la grande gueule. Bien évidemment, après le covoiturage, Patrick se voit contraint de tester le co-couchage…

 

★☆☆☆☆ – À fuir

 

Alors que le temps peu clément dans l’ensemble de la France semble nous offrir un avant-goût de la saison automnale, les cinémas nous rappellent assez grossièrement que l’été est bel et bien arrivé. Sur les affiches des grands complexes comme dans les cinémas de quartier, se confondent les blockbusters américanisés – Warcraft : le commencement, Ninja Turtles… – et les comédies populaires franchouillardes – Retour chez ma mère, Bienvenue à Marly-Gomont… – qui ont pour objectif de ramener le plus grand nombre de familles dans les salles obscures.

Camping 3 fait partie de cette seconde catégorie. Onzième long-métrage de Fabien Onteniente, réalisateur (coupable) de chefs d’œuvre – excusez la pointe d’ironie – tels que Jet Set, Disco ou Turf, Camping 3 nous ramène aux bases de la comédie populaire et a pour vocation d’égaler le succès des Tuches 2, sorti en début d’année. Alors que le second volet de Camping avait déjà semblé marquer un temps d’arrêt dans la réussite de cette franchise « made in Onteniente », Camping 3 débarque donc dans le paysage cinématographique avec une volonté de rassembler un public qui avait délaissé les aventures de Patrick Chirac aux Flots Bleus.

 

Alors, aller voir Camping 3 nous pousse d’abord à être réaliste : ce film n’a pas pour vocation à faire passer un message particulier – même si ce troisième opus s’intéresse avant tout au fossé générationnel existant entre le cinquantenaire Franck Dubosc et les trois jeunes qui lui servent de sparring-partner – et cherche avant tout à se jouer des clichés. Mais là où le désormais cultissime Bienvenue chez les Chti’s savait nous faire rire des stéréotypes sur le Nord de la France, Camping 3 se fourvoie dans un mélange de clichés beaufs sur les campeurs, déjà présents dans les précédents numéros des « aventures de Patrick Chirac ».

 

Il demeure donc un sentiment de déjà-vu, de perpétuel recommencement dans ce nouvel épisode. Les gags éculés, les tics de langage qui nous poussent à détester Franck Dubosc et cette vision faussée de la France populaire… Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se répète au fil de cette désormais trilogie. Les personnages ne cessent de s’engluer dans une médiocrité confondante, qui nous empêche de s’émouvoir pour les tracas de Franck Dubosc, puisque déjà présent dans notre imaginaire cinématographique, depuis maintenant dix ans.

Camping semble se rapprocher d’un plat familial raté que tout parent se plaît à refaire, en répétant inexorablement les mêmes fautes de goûts et d’assaisonnements. La vision de cette France populaire, qui est le sel de ce plat filmique, est là encore le résultat d’une accumulation de clichés, tous plus faux les uns que les autres. En effet, l’adepte du camping peut donc se définir simplement comme un beauf râleur, adepte de variété française et des émissions de TF1, ne lisant pas mais arborant un livre sur la plage « pour paraître intelligent ». Une vision erronée, surtout lorsque l’on sait que, selon la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA), au cours de l’année 2015, ce type de vacances a rassemblé 113 millions de nuitées.

 

Mais l’accumulation de clichés qui annihilent tout le propos principal du film rendrait Camping 3 potable. Pourtant, ce film ne l’est pas, principalement à cause de son côté résolument sexiste. Les blagues éculées qui nous faisaient sourire plombent le film et semble continuer de livrer une vision archaïque de la société française. Ainsi, une culotte rouge perdue transforme sa propriétaire en « salope » et l’homme reste invariablement « un bouffeur de minous ». La trame secondaire portée par Antoine Duléry, qui pousse son personnage à s’interroger sur son orientation sexuelle à l’orée de la cinquantaine, est très vite rejointe par un fond d’homophobie primaire. Pire, l’homme hétérosexuel est inévitablement machiste, allant alors jusqu’à lister dans un carnet les différentes relations adultérines. L’homme est donc un macho homophobe voire raciste – comme en témoigne le personnage de Gérard Jugnot, qui nous livre une partition plate et sans âme – ; la femme, un objet sexuel : deux visions évidemment fausses, mais qui offrent au spectateur une certaine vision de la France populaire.

Enfin, Camping 3 va même jusqu’à rater son objectif premier : fédérer. Alors que le premier opus avait tendance à regrouper sous une même bannière les personnes aisées et plus pauvres, ce troisième volet cherche à devenir le représentant de la jeunesse, mais se fourvoie une nouvelle fois, en nous offrant une caricature de la jeunesse – qui passe son temps à prendre de la drogue et faire la fête, évidemment. Si les trois sparring-partners de Franck Dubosc ne sont pas éblouissants dans leur jeu, mais plongent parfaitement dans cet environnement dépeint depuis maintenant dix ans, il est difficile de dire de même de Yvick Letexier (plus connu sous le nom de Mister V) qui perd toute sa folie youtubienne et nous offre un caméo inutile, ou même de Gandji Djuna (alias Maître Gims), auteur de la bande originale.

 

Clivant, déjà-vu, teinté de sexisme, d’homophobie et de racisme, Camping 3 est invariablement la suite d’une suite qui était déjà de trop. Avec ses tics de langage insupportables, Franck Dubosc ne parvient pas à sauver un film sans saveur et tellement caricatural. Alors si Mylène Demongeot – qui joue le rôle de Laurette Pic – regrette le moment du bal car il est synonyme de fin de vacances, on ne peut que l’apprécier, car pour nous, il représente la fin du film.

 

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Simon Wautier

Étudiant en Sciences Politiques à l'Université de Lille 2 et à l'Académie ESJ Lille. Aime l'ironie et Maître Gims.

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