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Patrick Malandain, son incroyable défi à la loupe

Patrick Malandain, son incroyable défi à la loupe
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Sur l’autoroute de sa préparation menant à son grand départ prévu pour le 18 février 2016, il avait accepté de s’arrêter sur une aire. La nôtre, « Radio Londres », où il avait partagé ses émotions et son état d’esprit à l’aube du défi d’une vie. Parcourir 10 000 km en 100 jours. Soit 237 marathons, près de trois Tours de France, 4 Paris – Moscou par la route ou plus d’un Paris – Rio à vol d’oiseau. Tout ça, sans la moindre journée de repos. C’est chose faite depuis le 27 mai dernier et son arrivée à Deauville.


Mardi 14 juin. Bientôt 15 heures. Patrick Malandain décroche. Même voix, inchangée. Celle entendue lors de notre premier échange en février dernier. Posée, réfléchie, loin du tumulte et de l’exaltation de la course. Bien qu’ayant parcouru la France pendant 100 jours, une France qu’il a pu découvrir ou redécouvrir, une France qu’il a tantôt adorée, tantôt détestée, l’homme ne s’est pas approprié un accent ou un dialecte durant son périple. Sa traversée de régions toutes plus singulières les unes que les autres aurait pu laisser penser le contraire. Rencontre avec l’ultra-marathonien. Acte II.

 

Vous avez été énormément sollicité après votre arrivée à Deauville. Avez-vous bien vécu cette médiatisation autour de votre exploit ? 

C’est quelque chose qui m’a plu. Il y a une certaine reconnaissance. Peut-être que je recherchais ça sans trop le savoir. Mais je n’aurais jamais pu réaliser ce périple seul. Je tiens à remercier l’équipe et tous les coureurs à pied qui ont participé à la course. C’est important.

 

En quoi ces personnes ont-elles influé sur votre réussite ?

Je dis toujours que je suis un coureur moyen. Des personnes pourraient certainement réaliser ma performance mais moi j’ai la chance d’avoir des gens qui m’entourent. Mon épouse a par exemple joué un grand rôle dans la réalisation du défi. Elle a toujours été là pour me motiver ou pour me relancer lors des moments plus délicats. C’est comme si elle était dans mes pas, comme si elle courait tous les jours avec moi.

 

Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? Rappelons que vous venez de parcourir 10 000 km en 99 jours, 4 heures et 12 minutes, sans le moindre jour de repos. 

Je suis quelque peu fatigué. J’ai perdu 11 kilos pendant la course. J’ai les jambes fébriles et j’ai couru très peu depuis mon arrivée. J’ai fini le vendredi (il est arrivé à Deauville le 27 mai, ndlr) et j’ai voulu courir dès le lundi. J’ai seulement fait 2 km ce jour-là. Il m’en manquait 98 pour faire une journée entière (rires).

 

Après avoir sillonné les routes de France pendant plus de trois mois, avec pour seul objectif d’arriver au bout, le retour à la vie normale n’est-il pas compliqué ? 

J’ai souvent rêvé qu’elle se termine cette course, mais une fois arrivé, on se dit que c’est passé vite. Après, tout à une fin. J’ai aussi la chance d’être très occupé. Je suis en quelque sorte toujours dans la course. Je fais des conférences et je m’apprête à sortir un DVD. J’ai aussi l’idée d’écrire un livre. Reste à savoir si j’en suis capable, écrire, ce n’est pas courir. Je pense que le premier avait été réussi. J’avais eu de bonnes critiques. J’ai envie de recommencer parce qu’on me le demande beaucoup, surtout dans la sphère course à pied. Mon but n’est pas d’écrire un livre pour 10 personnes.

 

Vous êtes déjà l’auteur d’un livre  » 1, 2, 3 … Australie !  » qui retrace votre traversée du continent australien. Qu’aimeriez-vous raconter dans ce prochain ouvrage ? 

J’aimerais raconter certaines étapes et revenir sur l’esprit du coureur : ses sentiments tout au long du projet, ses crises d’euphorie, ses moments de désespoir.

 

Ces moments de désespoir, vous les avez connus ? 

J’ai eu des moments de doute, mais jamais d’abandon. J’ai souvent demandé à ma femme si elle me sentait capable d’accomplir le défi. C’était presque volontaire pour l’entendre dire oui. Durant la course, le départ a été le plus dur. Il y a la mise en place du corps. Et le climat était difficile, je n’étais pas gâté par le temps. J’ai eu des moments où je courais seulement 15 km en quatre heures. Parfois, il m’est arrivé de mettre le MP3 et de tomber sur une chanson, puis pleurer, sur le bord de la route. Ce sont des moments où on revient aux choses essentielles.

 

A contrario, avez-vous ressenti des moments d’euphorie ?

Oui, l’écoute d’un morceau plus gai pouvait par exemple me réveiller, me rappeler de bons souvenirs, des moments ancrés au fond de moi. Il pouvait presque me donner de l’agressivité. Il y aussi eu des pensées positives qui me sont revenues et qui m’ont fait penser à ma famille, à mon fils beaucoup.

 

La musique a donc dicté vos émotions ? 

Elle a joué un rôle dans le bon et le mauvais sens.

 

Lors de notre échange en février dernier, vous aviez expliqué votre crainte de ne pas courir seul. « La complexité, ici, sera d’être souvent accompagné. C’est là que ça va être dur. On peut faire abstraction de plein de choses seul, mais quand j’ai quelqu’un à-côté de moi, ce n’est pas mon confort qui m’intéresse mais celui de l’autre », répondiez-vous à l’époque. Finalement, la cohabitation avec d’autres coureurs s’est plutôt bien passée ?

C’était assez extraordinaire. Ça m’a fait oublier la dureté de la journée. Des amis et beaucoup d’inconnus m’ont pratiquement suivi tous les jours. Ils avaient entendu parler du projet et voulaient sans doute voir le phénomène (rires). Des fois, j’ai eu plusieurs relais dans la journée. Quelques uns ont même couru la totalité d’une journée. Je n’ai presque jamais été seul. Certaines fois, je n’avais pas trop envie d’avoir des gens à courir avec moi. Parfois, ça m’a coûté de courir avec des personnes qui étaient trop près de moi. J’ai fait deux chutes à cause de courses en groupe, sans gravité heureusement, mais j’ai cru à un moment avoir une côté fêlée.

 

Des rencontres vous ont plus marqué ? 

J’en ai fait des assez étonnantes. J’ai couru avec les pompiers de la ville de Paris qui sont installés à Biscarrosse et avec les militaires de Saint-Maixent. Une personne a fait 600 km pour venir courir avec moi. C’est fou de voir ça.

 

Et une étape en particulier ? 

Je garde un très bon souvenir de l’arrivée sur le circuit des 24 Heures du Mans. Ça m’a vraiment amusé d’avoir le circuit ouvert seulement pour l’équipe et moi. C’était en pleine nuit. Le camping car qui me suivait roulait à 7 km/h. Je n’aurais jamais imaginé faire ça.

 

L’engouement était-il le même dans chaque ville d’arrivée ?

Il y a eu des hauts et des bas. J’ai vu des endroits où il n’y avait personne et des endroits où il y avait une arrivée avec des partenaires, des flammes, avec un accueil précis. J’ai reçu plusieurs fois des médailles de villes et des petits cadeaux. C’était bien agréable en soit.

 

Et au final, elle est comment la France ? 

Elle a du relief comme dans les Alpes, des beaux endroits, certains que je connaissais, d’autres moins. J’ai redécouvert l’Auvergne. J’ai vu la Gironde, Biarritz, la Côte d’Azur. C’était assez fabuleux et dépaysant.

 

En fait, ce n’est pas de battre le record du monde qui vous intéressait mais, au contraire, de trouver un coin pour partir cet été en vacances ? 

(Il rigole). Effectivement, je me suis parfois demandé si ce n’était pas un repérage pour partir en vacances.

 

Vous avez totalement avalé le record de l’Australien Dave Alley qui était de 10 000 km en 127 jours. Vous pouvez maintenant dormir sur vos deux oreilles ? 

C’est vrai que ça fait plaisir. Je me suis offert une montagne par rapport à tout ce qui a été fait actuellement. Dans le monde de la course ultra, tout le monde est étonné. Certains disent que j’ai repoussé les limites, voire définitivement assises. J’en suis forcément assez fier.

 

On peut dire que vous êtes champion du monde ? 

Oui, on peut dire ça comme ça.

 

Et si c’était à refaire ? 

Si c’était à faire, je le referais. Mais si c’était à refaire, je ne le referais pas.

 

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Alexis Vergereau

20 ans, étudiant en Science Politique, passé par l'Académie ESJ Lille. Correspondant pour le Journal du Pays Yonnais et co-rédacteur en chef de l'émission radio Globe Sportif.

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