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Aux JO, l’éternel paradoxe de l’argent et du bronze

Aux JO, l’éternel paradoxe de l’argent et du bronze
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42. 10 en or, 18 en argent, 14 en bronze. À peine l’astre diurne s’est-il couché sur Rio que l’heure est déjà aux premières conclusions. 42, c’est le total des médailles françaises à l’issue de cette trente-et-unième Olympiade de l’ère moderne, un record si l’on exclut les déraisonnables Jeux de 1900 organisés à domicile (101 breloques au compteur). L’occasion de parler ensemble de ce qui constitue un élément central de l’événement : les médailles, et leurs contradictions.


 

Les Jeux olympiques, ce sont quatre années de préparation et trois manières d’aborder la compétition pour la dizaine de milliers d’athlètes présents à Rio. Si une large majorité ne peut guère espérer grand chose, un petit contingent, lui, rêve de podium. Certains même, plus exigeants encore, ne sauraient être rassasiés sans le titre olympique. C’est ce podium, cette structure amovible mise en place pour la première fois en 1932, lors des JO d’hiver de Lake Placid, qui métamorphose la magie olympique. Trois marches, trois seulement, et une obsession pour les athlètes à l’aube de chaque Olympiade : en être, coûte que coûte. Qu’importent le prix des efforts et les sacrifices, le podium représente la pérennité pour le sportif ; la médaille qui l’accompagne, elle, incarne le souvenir immuable, la récompense légitime : c’est en cela qu’elle nous intéresse.

 

2 médailles, 2 sensations différentes…

 

L’olympisme et le sport en général ont toujours résonné aux sons de trois métaux bien distincts : l’or, pour le vainqueur, l’argent, pour le second, et le bronze, pour le troisième. Cette « tradition » qui a fait de la quatrième place la « pire des places » (on parle aussi de médaille en chocolat) perdure depuis la nuit des temps, et personne n’a jamais cherché à la contester. Ainsi, il ne s’agit pas ici de remettre en question cette classification notoire, mais plutôt de se pencher sur les émotions, les sensations perçues par le sportif lui-même en fonction de la médaille engrangée. Et de s’apercevoir du paradoxe de l’argent et du bronze.

Car si la breloque dorée incarne par définition le point culminant du podium et de l’émotion — avec en guise de quintessence l’hymne national —, les deux autres métaux se disputent les places d’honneur. Et si, sur le podium, l’argent se place historiquement et naturellement au-dessus du bronze, cet ordre établi tend à s’inverser quand il concerne le ressenti de l’athlète face à la médaille. À Rio, comme lors des Olympiades précédentes, les désillusions argentées se sont succédé dans le clan français comme ailleurs. De son côté, le bronze, lui, avait généralement une toute autre saveur, et ce n’est assurément pas un hasard.

 

La déception de Florent Manaudou sur le podium du 50m nage libre, qui échoue à un centième de la médaille d’or…

 

… Notamment dues au format des compétitions

 

Il y a deux explications majeures à ce phénomène. La première réside dans la deuxième place elle-même : la frustration par excellence pour le sportif qui s’est vu toucher le Graal. Pour Florent Manaudou, qui échoue à un centième et qui visait l’or. Pour le relais français aussi, battu par les américains. L’argent s’apparente trop souvent à la médaille du regret, pour avoir caressé l’intime espoir d’un titre qui semblait si proche avant de s’évaporer subitement. À l’inverse, le bronze exprime le soulagement, celui qu’un athlète ressent au moment de monter sur la boîte, sans pour autant avoir entrevu la victoire d’une manière aussi nette.

La deuxième explication se trouve dans le format des compétitions. Parce qu’aux JO, les sports de raquette, de combat et autres sports co. se présentent tous de la même manière : avec un tableau final ; et qui dit tableau final dit finale bien sûr, mais aussi petite finale (généralement nommée « match de médaille de bronze »). Ainsi, au tennis, au judo, au handball, au basket, au taekwondo et j’en passe, le médaillé argenté termine sa compétition sur une défaite. Le bronzé, lui, sur une victoire. Et c’est ici que se trouve le paradoxe. Le bronzé s’est vu tout perdre, partir bredouille : la médaille fait alors figure de délivrance pour celui qui avait perdu tout espoir d’or. L’argenté, lui, reste sur le goût amer de sa breloque alors que l’or lui tendait les bras. Il sera devant le bronzé au classement, certes, mais les sensations perçues ne laissent pas de place au doute : dans l’ascenseur émotionnel de la récompense olympique, les sentiments des médaillés se croisent inéluctablement. Les regrets face au soulagement ; l’amertume face à la rédemption. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil à la délégation française. Car il y a pléthore d’exemples.

 

Cyrille Maret, qui visait l’or, exprime son soulagement après avoir battu l’allemand Karl-Richard Frey pour la médaille de bronze

 

L’exemple de la délégation française

 

Pour la première fois depuis les JO de Sydney en 2000, la France a ramené dans ses bagages davantage de médailles d’argent que de médailles de bronze (18 contre 14). Pourtant, plus de la moitié ont l’odeur de l’inachevé. Il y a ceux qui étaient venus pour l’or et rien d’autre, et qui finissent avec l’argent : Manaudou bien sûr, mais aussi Lavillenie, Agbegnenou, Tcheuméo ou Beaumont pour ne citer qu’eux. Il y a aussi tous ceux qui ont perdu en finale et qui partent non sans avoir entraperçu la médaille la plus prestigieuse : en boxe (Oumiha, Ourahmoune), en handball (les équipes féminines et masculines) et même en escrime (équipe de France de fleuret). Pour tous ceux-là, l’argent s’appréciera sur le tard, après avoir ôté de leurs souvenirs la frustration légitime de la seconde place.

Et puis, il y a les bronzés. Et là, difficile de trouver des déçus. L’équipe de France de cyclisme sur piste, éventuellement, bien que la victoire à l’arraché en petite finale contre l’Australie leur ait donné du baume au cœur. Pour tous les autres en revanche, c’est une médaille au sourire. Gauthier Grumier (photo de l’article), numéro un mondial à l’épée, qui pleure de joie avec sa médaille de bronze glanée au terme d’une petite finale disputée, ou Cyrille Maret, venu pour l’or, qui fond en larmes la seconde qui suit sa victoire sur ippon pour le bronze. Et puis il y a les inespérés, ceux qui viennent s’incruster sur le podium, emportés par la magie olympique : Christophe Lemaître sur 200m, qui enlève le bronze au millième, Alexis Raynaud en tir à la carabine 50m, ou encore les boxeurs français (Cissokho, Bauderlique) dans leurs catégories respectives. Enfin, il y a ceux qui ont déjà connu la douleur d’une quatrième place et dont le bronze fait le bonheur : le duo Klauss/Péché en canoë biplace, ou encore la doublette formée par Hélène Defrance et Camille Lecointre en 470. Pour eux, pas de déception, seulement le plaisir inconditionnel de goûter à la médaille olympique.

 

La couleur de la médaille n’est pas anecdotique : c’est elle qui guide les émotions. Et s’il y avait ne serait-ce qu’une seule conclusion à tirer de ce paradoxe, c’est que l’athlète est sans cesse soumis à la tentation. Plus il est bon, plus il est fort, plus il embrasse l’espoir de la victoire. Les 18 médailles d’argent françaises témoignent à ce titre de la frustration tricolore. 7e au classement des nations, la France a néanmoins globalement réussi ses JO. Rendez-vous à Tokyo, en 2020, pour une nouvelle chasse à la médaille… avec, si possible, davantage d’or entre les doigts.

 

https://www.youtube.com/watch?v=2EGFLNTNUck

 

https://www.youtube.com/watch?v=kCugSewpRiU

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Clément Zagnoni

Étudiant en licence de sociologie, passionné de musique et de sports. Je donne de l'intérêt aux choses qui n'en ont pas...

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  1. LittleWhiteLies

    « L’astre diurne »… Personne ne t’en aurait voulu si tu avais utilisé le mot soleil…

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