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Enfin une sortie de crise en Espagne ?

Enfin une sortie de crise en Espagne ?
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Confrontée à une crise politique inédite qui la voit sans gouvernement depuis plus de sept mois, l’Espagne vient peut-être enfin d’entrevoir une possible sortie de crise. Et c’est le centriste Albert Rivera qui a finalement cédé en premier.


 

Si la situation était tellement invraisemblable qu’elle en devenait comique pour les étrangers, les citoyens espagnols commençaient sérieusement à se poser des questions sur le niveau de compétence de leurs représentants politiques. En effet, la situation était totalement bloquée jusqu’au 10 août, après qu’aucune des deux récentes élections (en décembre, puis en juin) n’ont pu permettre de former un gouvernement. Les quatre principaux partis (PP, PSOE, Ciudadanos et Podemos) ne se voyaient absolument pas céder du terrain à leurs opposants et une coalition était alors inimaginable.

Et puis, ce 10 août, Albert Rivera (Ciudadanos, centre-droit) a cédé. Le président de ce parti libéral, qui avait récolté 32 sièges après les élections du 26 juin a décidé d’enfin passer à l’action. Exaspéré par le manque de solutions trouvées par ses opposants, il a finalement ouvert la voie à une investiture de Mariano Rajoy (PP, droite conservatrice). Mais pas sous n’importe quelles conditions.

 

Les fameuses « 6+1 conditions » de Rivera

 

On pensait d’abord que le jeune candidat s’était résigné, lui qui avait toujours indiqué « ne pas vouloir d’un gouvernement présidé par Rajoy ». Sauf qu’au moment de l’annonce de sa volonté de ralliement avec les conservateurs, Rivera a imposé six conditions (plus une concernant la date d’investiture) au président du Conseil sortant, plus communément appelées « 6+1 ». Des conditions que Rajoy se devait d’accepter s’il voulait obtenir le soutien de Ciudadanos, poids très précieux en vue de l’investiture. Nous vous les présentons ci-dessous :

 

  • la démission obligatoire et l’expulsion du parti de chaque élu impliqué dans des affaires de corruption (qui sont monnaie courante dans le paysage politique espagnol, et en particulier chez le PP) ;
  • l’interdiction du privilège de juridiction des députés, soutenue également par le PSOE et bloquée par le PP jusqu’à présent ;
  • une nouvelle loi électorale, accordant le droit de vote aux citoyens espagnols résidant à l’étranger ;
  • l’arrêt immédiat de la grâce aux corrompus politiques, en référence à l’affaire de l’ex-ministre de la Justice qui a blanchi sept hauts-placés condamnés pour corruption ;
  • une limitation à deux mandats présidentiels, soit huit ans, comme c’est actuellement en vigueur en France ;
  • une mise en examen du PP concernant le « cas Barcenas » (ex-trésorier du parti, coupable d’avoir détruit les disques durs des ordinateurs qu’il utilisait alors qu’il était accusé de corruption) ;
  • une annonce imminente de la date d’investiture (programmée depuis au 30 août).

 

Ces conditions sine qua non ont évidemment été bien accueillies par le peuple espagnol, qui a vu cette volonté d’en finir avec la corruption comme une aubaine. En effet, si Rajoy et le PP n’ont pas réussi à obtenir la majorité absolue lors des élections du 26 juin (même s’ils restent les vainqueurs de l’élection avec un tiers des voix), c’est en grande partie à cause de ces scandales répétés qui touchent les élus conservateurs et qui ont sérieusement agacé les citoyens.

 

Des conditions finalement acceptées

 

Bien évidemment, Mariano Rajoy n’était dans un premier temps pas forcément favorable à ces conditions et cela paraît logique. Néanmoins, après une semaine de réflexion, le chef de gouvernement sortant s’est retrouvé obligé d’accepter ce pacte. Malgré certaines réticences au sein du parti dans un premier temps, il était indispensable pour Rajoy d’accepter ce ralliement, afin de s’offrir un soutien de poids en vue de l’investiture. On se souvient également qu’à la fin du mois de juillet, le Roi Felipe VI avait demandé à Rajoy de former un gouvernement, ou du moins d’essayer. Une « mission » qu’il avait accepté sans rechigner, alors qu’il avait décliné une sollicitation semblable au sortir des élections du 20 décembre.

Parfaitement négociées, ces conditions émises par Rivera ont donné encore plus de crédit à son parti, qui avait pourtant accusé une perte de près de 400 000 voix lors des élections de juin, par rapport à celles de décembre. Il a alors promis à Mariano Rajoy de le soutenir lors de l’investiture, que le dernier a programmé au 30 août, une date proche de celle du ralliement des deux partis, comme l’avait souhaité Rivera.

 

La position du PSOE

 

Néanmoins, Rajoy se rendra vraisemblablement au débat d’investiture sans les 176 sièges nécessaires à la majorité absolue au Congrès des députés. Si ce fameux nombre n’est pas atteint par le seul Parti populaire (137), le blocage reste similaire avec l’aide de Ciudadanos. Avec 32 sièges récoltés en juin, le soutien du parti centriste n’aboutirait qu’à un total de 169 sièges. Les 7 manquants ne viendraient à priori pas de Podemos, une option qui n’a même pas été envisagée par Rajoy. Alors, c’est en toute logique que le PSOE (gauche socialiste), arrivé deuxième en juin dernier, est vu par le PP comme un soutien indispensable.

À l’instar de Rivera, le leader socialiste Pedro Sanchez s’est toujours montré hostile envers une investiture de Mariano Rajoy. Mais au contraire du président de Ciudadanos, il n’a pas l’air de vouloir se raviser pour finalement soutenir le PP. Pourtant, ce soutien est vu comme « indispensable » par Rajoy, ajoutant que « sans ce pas en avant, l’investiture n’est pas possible »Sanchez reste toujours opposé à n’importe quelle forme de soutien à Rajoy, et ne cédera probablement pas. Néanmoins, au sein du parti, la pression mise sur son leader s’accroît au fil du temps, puisque l’ancien président du Conseil Felipe Gonzalez a publiquement réclamé à Sanchez qu’il discute avec Rajoy en vue d’une possible alliance. Dans un communiqué publié récemment, le PSOE dénonce la « campagne de pression imposée par le PP », ajoutant que « soutenir Rajoy serait trahir la gauche ».

Dès lors, une partie de l’avenir de l’Espagne dépend pour ainsi dire de la décision de Pedro Sanchez. Si le dirigeant socialiste cède finalement et affiche son soutien à Rajoy (la géante coalition entre le PP, le PSOE et Ciudadanos aurait donc lieu), ce dernier sera nommé président du Conseil à l’issue de l’investiture. Dans le cas contraire, on assistera au mieux à de nouvelles phases de négociations, au pire à de nouvelles élections.

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Elio Bono

Étudiant en 1ère année à Sciences Po Paris (campus de Poitiers). Grand amateur de politique française et internationale mais aussi d'économie et de sport

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  1. Gara

    Très bon article, qui explique très bien la situation en Espagne… Esperemos que las cosas vayan a mejor !

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