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Stranger Things : 80s revival

Stranger Things : 80s revival
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Un soir de 1983, dans la petite ville d’Hawkins, au fin fond de l’Indiana, un jeune garçon disparaît. Alors qu’une mystérieuse jeune fille nommée Onze fait son apparition, plusieurs personnes vont tenter de le retrouver : sa mère, ses amis, et le shérif Jim Hopper. Mais Hawkins est aussi le théâtre d’évènements étranges et surnaturels qui pourraient bien être la clé de cette disparition…


 

La dangereuse vague rétro qui semble s’être emparée de presque toutes les créations contemporaines a encore frappé. Qu’il s’agisse d’un reboot décrié par principe d’un classique des années 80 – « Comment ? Il y a que des nanas ? Comment ? Un Ghostbusters sans Bill Murray ? » – ou d’une odyssée spatiale à la musique très 70s, le goût du passé est revenu sur nos écrans et dans nos livres.

Les réalisateurs et scénaristes de Stanger Things, deux frères prénommés Matt et Ross Duffer, sont nés en 1984, soit un an après les évènements se déroulant dans la série. Comme ils ne l’ont que peu ou pas vécue, ce sont des 80s rêvées qu’ils donnent à expérimenter au spectateur. Une année 1983 qui fleure bon Donjon et Dragon, le complot soviétique et l’expérience du troisième type. A première vue, ce mélange de chimiste a de quoi en révulser plus d’un. Duffer et Duffer pourraient avoir pris la dangereuse part du rêve et la transformer en musée glacé truffé de références incompréhensibles. A l’annonce du casting et du nom de Winona Ryder, icône déchue du ciné indé de la décennie, il y avait ainsi de quoi avoir vraiment peur. Stranger Things allait être un erzat de plus, une coquille vide sans âme résonnant des synthés de Toto.

 

Une narration mille-feuille impeccable

 

Et pourtant. Au lieu d’un rappel larme-à-l’oeil, les Duffer offrent, par le prix de leur écriture impeccable, un vrai petit bijou mêlant autant sensibilité que action. Plutôt que le simple pastiche qui aurait pu servir à développer leur intrigue, les deux frères ont pris le temps de créer des personnages multi-facettes, qui s’éloignent peu à peu des stéréotypes présentés dans le premier épisode. Non contents de reprendre à leur compte les ingrédients qui avaient pu faire recette dans les 80s – naïveté, insouciance touchante, romantisme à l’eau de rose – les Duffer les dépassent, les ajustent à la modernité, et en gomment parfois les défauts. Par sa narration mille-feuille, le spectateur s’attache en un clin d’oeil à une multitude de personnages, à leurs désirs, à leur quête finalement convergente.

Car gît bien ici la grande force de Stranger Things : ces quatre points de vue qui n’ont a priori rien à voir les uns avec les autres, qui racontent leur propre histoire sans pour autant faire passer à la trappe l’intrigue principale. En quoi la dépression du Shérif va-t-elle toucher l’enquête ? En quoi la mine perdue et affolée de Winona Ryder (parfaite de bout-en-bout) influera sur la trame principale ? Enfin, pourquoi nous parler des amourettes de Nancy, la soeur adolescente de Mike, le présumé héros ? Avec ses quatre points de vue, Stranger Things développe une manière peu commune de raconter une intrigue complexe, privilégiant l’immersion du spectateur plutôt que la succession de scène d’actions. Elle fait la chronique de la vie d’une petite ville perdue des Etats-Unis aussi bien que Twin Peaks avait pu le faire à son époque.

 

Stranger Things, héritière de Twin Peaks ?

 

Comme son illustre aînée, Stranger Things reste indéfinissable. Elle joue sur les codes non pas pour donner au spectateur une confortable impression de déjà-vu et d’intimité, mais pour mieux le désorienter. Est-ce un thriller paranoïaque sur la Guerre froide ? Est-ce de la SF ? Une de ces comédies coming-of-age si chères au cinéma hollywoodien ? Stranger Things est tout ça à la fois. Elle s’impose au fil des épisodes comme une oeuvre polymorphe qui revisite chaque genre exploité par l’industrie cinématographique de la période, pour mieux les détourner.

Là où bien d’autres avaient échoués avant eux, les frères Duffer sont parvenus à éviter l’écueil de leur série-hommage. Loin d’être réalisé uniquement pour ses (multiples) références, Stranger Things est un objet qui existe par et pour lui-même. Il y a fort à parier que, d’ici quelques années, l’hommage deviendra à son tour référence.

Désormais, les années 80 sont donc assez reculées dans notre pop-culture moderne pour pouvoir être exploitées comme un El-Dorado révolu. Fais attention, génération 90. Les tour-de-cou sont revenus en même temps que Pokémon et Twin Peaks. Bientôt, Sailor-Moon réapparaîtra sur tes écrans, et ils annonceront un reboot de Jumanji. Bientôt, tu seras toi aussi muséifiée. Mais si cela implique une oeuvre aussi jouissive que Stanger Things, ce n’est peut-être pas une mauvaise chose.

 

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Alexandra Saviana

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