Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Suicide Squad : beaucoup de bruit pour rien

Suicide Squad : beaucoup de bruit pour rien
mm

Suicide Squad – nouvelle superproduction du conglomérat Warner Bros/DC Comics – a suscité beaucoup d’espoir avant sa sortie en salles, ce mercredi 3 août. Verdict sans spoilers.


 

Face à une menace aussi énigmatique qu’invincible, l’agent secret Amanda Waller réunit une armada de crapules de la pire espèce. Armés jusqu’aux dents par le gouvernement, ces Super-Méchants s’embarquent alors pour une mission-suicide. Jusqu’au moment où ils comprennent qu’ils ont été sacrifiés. Vont-ils accepter leur sort ou se rebeller ?

 

★★☆ – À éviter

 

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Il y a un peu plus d’un an, trois minutes d’images inédites étaient présentées par le studio Warner Bros lors du Comic-Con de San Diego — convention de comics devenue grand-messe annuelle de la pop culture. Ces images étaient les toutes premières de Suicide Squad. Elles étaient censées introduire le projet auprès de la horde de geeks en délire ayant fait le déplacement : réunir, en secret mais sous l’autorité de l’Etat, une équipe de super-méchants (et non de super-héros), pour « sauver la nation ». Et confronter, conséquemment, le spectateur à un univers grave, rugueux, impitoyable. Déserter le terrain de la dérision ludique et cool occupé depuis une dizaine d’années par les studios Marvel, pour creuser le sillon de la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan. Avec l’objectif affiché d’emboîter le pas au précédent long-métrage du studio, le très sombre et politique Batman v Superman, sorti en mars dernier.

Et ce n’était pas tout. Car à la vue de ce premier trailer, quelque chose s’était éveillé en nous. L’espérance étrange et inavouée de trouver enfin une production super-héroïque totalement originale, pourquoi pas novatrice, à contre-sens sur la route du conformisme empruntée par les films du même genre. Au milieu du champ de ruines répétitif et harassant de l’univers du film de super-héros, Suicide Squad faisait figure de meilleur espoir. L’affaire intriguait au-delà du traditionnel cercle des fans de comics. C’était inédit. Et quoique les bande-annonces suivantes prirent une tournure moins dark et plus tapageuse, cet espoir se prolongea durant une année.

 

Jared Leto est le Joker dans Suicide Squad. Copyright 2016 Warner Bros. Entertainment Inc., Ratpac-Dune Entertainment LLC and Ratpac Entertainment, LLC.

Jared Leto est le Joker dans Suicide Squad. Copyright 2016 Warner Bros. Entertainment Inc., Ratpac-Dune Entertainment LLC and Ratpac Entertainment, LLC.

 

Jusqu’au résultat final, en salles depuis ce mercredi 3 août. Verdict : une immense déception, et le goût amer d’une promesse non tenue. Qu’est-ce qui cloche ? Beaucoup de choses, à commencer par une galerie de personnages sans aucun relief, introduits à toute vitesse par des clips qui se succèdent au début du film (sauf pour Deadshot et Harley Quinn, les plus épargnés). C’est l’endroit du premier hic : la bande de dégénérés ne porte haut et fort ses couleurs noires qu’en surface. Ensorcelé, repenti ou alcoolique : c’est un peu chacun-son-truc (en clair, chacun son excuse) au club des sans-cœurs patronymes. Aucun n’incarne le mal dont il se veut le porte-drapeau ; même le tueur à gages le plus recherché au monde est un papa comme les autres. Le parti pris n’eût dérangé s’il avait été justifié. Or le scénario — un seul véritable décor, des tonnes de flash-backs et des incohérences nombreuses, expédiées en une réplique — ne laisse aucun espace à l’émotion, encore moins à la psychanalyse. Ce premier ratage, celui de la tonalité faussement trash, se lit jusque sur les visages d’acteurs visiblement désemparés (le sort de Ben Affleck tourne même au running gag quand un personnage lui lance « You look tired » ; Cara Delevigne est plus pitoyable que jamais), mal dirigés, qui ne savent jamais sur quel pied danser — sauf Margot Robbie, qui semble s’évertuer à soigner ses acrobaties.

Il n’y a, de fait, qu’un seul vrai dégénéré parmi cette bande de gentils fêlés — et ce n’est même pas une surprise : le Joker. Mais là encore, le film trébuche sur un obstacle de taille : vingt minutes (au plus) à l’écran pour un Jared Leto en roue libre ne suffisent ni ne convainquent. Du fait d’une écriture approximative, il est aussi l’une des grandes déceptions de Suicide Squad. D’ailleurs qu’entreprend-il de si démoniaque, sinon la quête de sa bien-aimée ? En comparaison, même le personnage de Viola Davis paraît plus barré lorsqu’il souffle « It’s World War III » sur un ton qui confine presque au fantasme — maladresse supplémentaire.

D’autant que le film ne prend jamais la distance nécessaire avec le soupçon de misogynie qu’il sous-tend (voir ces plans aguicheurs sur les formes de Margot Robbie). Tout aussi désolant : cette ahurissante scène où l’on apprend qu’Harley Quinn, éternelle désaxée, a en fait deux grands rêves secrets : fonder un foyer avec son alter-ego masculin, et se parer de bigoudis dans le salon. Le malaise est global, car tout est en fait dans cette même veine : anticonformisme de façade, réalisme édulcoré, et même… contrôle étatique et retour à la case prison pour ces grands anarchistes punk. Pire : le scénario lui-même se met dans la roue du conformisme super-héroïque, avec un super-super-méchant, une playlist qui sent bon l’inspiration des Gardiens de la Galaxie, et un humour mal maîtrisé, qui tombe à plat presque sitôt qu’il surgit. Bref, rien de nouveau sous le soleil des bad guys. Il faut seulement reconnaître à David Ayer, l’auteur de ce pénible bordel, une certaine faculté à orchestrer l’action sans en perdre une miette, tout en conservant une cohérence et une lisibilité visuelles d’ensemble.

 

Batman v Superman, handicapé par une promotion confuse et désastreuse, était un film certes imparfait mais magnanime. Qu’il soit la victime ou l’énième agent exécutif du film de super-héros, Suicide Squad, (sur)valorisé par une promotion très habile, est un échec retentissant, foncièrement insipide et beaucoup moins indiscipliné qu’il ne l’imagine.

 

The following two tabs change content below.
mm

Pablo Maillé

Rédacteur en chef
Rédacteur en chef. Étudiant à l'Académie ESJ Lille et en licence de science politique. Pour un an en échange universitaire à la Sungkyunkwan University de Séoul.

Submit a Comment