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À l’ENA, une rentrée sur la sellette

À l’ENA, une rentrée sur la sellette
Aurélie Pasquier

La formation des élites est toujours une question épineuse dans la création d’un appareil d’Etat. Dans notre Vème République, c’est l’ENA, l’École Nationale d’Administration qui forme, éduque, façonne nos hommes d’Etat. Du moins telle est sa réputation.


 
François Hollande, Ségolène Royal, Michel Sapin, Dominique de Villepin en sont diplômés. Mais, Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Arnaud Montebourg – pour ne citer qu’eux – ont choisi une autre voie. Avec 90 élèves français et 30 étrangers par promotion, l’école d’administration ne forme pas que des politiques, au contraire: associatifs, PDG, hauts fonctionnaires… Ils ne sont qu’une minorité à viser les hautes sphères du pouvoir exécutif : seul 1% des élèves occuperont un poste d’élus au niveau national.

 
Pourtant l’ENA est la cible de toutes les critiques. Dernièrement c’est Bruno Le Maire qui, dans un entretien accordé au Parisien, a suggéré de fermer cette institution.

 

« Il est temps de supprimer l’ENA. Elle a rempli son office pendant des années, formé des fonctionnaires de grande qualité. Mais nous entrons dans un monde nouveau : celui des entrepreneurs, de la créativité, de l’innovation (…). L’ENA sera supprimée et remplacée par une école d’application (…) à laquelle les hauts fonctionnaires les plus méritants pourront avoir accès au bout de dix ans, pour leur permettre de franchir une nouvelle étape dans leur carrière professionnelle » a déclaré le candidat à la primaire à droite, lui même passé par l’ENA.

 
L’école fondée par Michel Debré en 1945, est la voie royale pour qui souhaite s’engager dans la haute fonction publique. Malgré des résultats prometteurs, les critiques n’arrêtent pas de pleuvoir sur l’établissement. Pourquoi ? Car l’ENA est associée au pouvoir évidemment. Or, depuis quelques années et pour de nombreuses raisons, les citoyens n’ont plus confiance en leurs hommes et leurs femmes politiques.

 
Manifestations en cascade, taux d’abstention records… L’Etat est donné responsable de la crise, des inégalités sociales. Et l’ENA est formatrice de l’Etat dans une certaine mesure. Mais ce n’est pas tout. On assiste également à une professionnalisation de la politique. Devenir homme d’état est une carrière, un gagne-pain et non plus une activité supplémentaire de dévouement à la société. La classe politique est aujourd’hui accusée de trop de ressemblances dans les idées, dans le style et dans les parcours. L’ENA, elle, accueille ses élèves sans distinction d’idées, est-elle à l’origine de cette uniformisation de la politique ?

 
Pourtant à sa création L’ENA a pour but de favoriser la mixité sociale dans les hauts postes d’Etat: fonctionnaires ou exécutifs. A l’époque, 45% des élèves de la prestigieuse école avaient un père exerçant une profession dite supérieure. Aujourd’hui: 70% des élèves sont dans ce cas. Le premier objectif de l’ENA n’a donc pas été atteint. Les élèves de l’établissement l’intègrent après trois concours: un selon leur parcours.

 
On a l’image de l’intégration de l’ENA dans la continuité d’études déjà prestigieuses: HEC, Sciences Po… C’est le concours externe accessible dès un Bac+3. Mais le concours dit « interne» : ouvert aux agents publics (ayant) déjà (été) en poste ouvre également les portes de l’ENA. Enfin « le troisième concours » est spécifique aux personnes du secteur privé, aux élus territoriaux ou aux responsables (bénévoles ou non) justifiant de 8 ans d’activités. Ainsi au sein des promotions les élèves se différencient entre eux selon leur provenance comme le souligne Hervé Hague de la promotion de 1994 : « Les sang-bleu et les autres ne se mélangent pas. Oui, il y a des gens arrogants à l’ENA. Et c’est leur image que les gens retiennent. »

 

 

En novembre 1991, Edith Cresson, première ministre, décide de déménager l’école du pouvoir à Strasbourg. Son ambition de briser un entre-soi ou un parisianisme propre à la politique française ne se réalise qu’à moitié. En effet, cette décision n’est pas remise en cause par ses successeurs, elle est contournée. Les deux ans d’études à l’ENA sont divisés entre cours et applications. L’emploi du temps se partage entre classe de gestion de crise, de communication, de déontologie ou encore de légistique (la rédaction des textes de loi). La moitié du cursus se déroule donc en stage, dans des ambassades, des entreprises ou des préfectures. Une formation qui nécessite d’être dans la capitale la plupart du temps.

 
Rare sont les hommes ou les femmes d’Etats ayant osé s’attaquer à l’ENA, mais imaginons une France sans l’Ecole d’Administration. Que restera-t-il pour former les politiques ? Master de Sciences Po comme déjà beaucoup d’entre eux en sont diplômés ou HEC ? Supprimer l’ENA ne sera probablement pas la solution à un renouvellement de la classe politique… et de ses pratiques !

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Aurélie Pasquier

Journaliste en devenir, en école de journalisme. Photoreportage.

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