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« Blindspot » : habile mélange des genres

« Blindspot » : habile mélange des genres
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Alors que TF1 diffuse en ce moment sa saison 1, la série américaine Blindspot a lancé sa deuxième saison ce mercredi 14 septembre sur NBC. Critique.


 

Une femme amnésique est retrouvée au milieu de Times Square à New York, enfermée dans un sac de sport, totalement nue et tatouée sur l’intégralité de son corps. Sur son dos est inscrit le nom d’un agent du FBI : Kurt Weller. Cette inconnue baptisée provisoirement « Jane Doe » va faire équipe avec Weller et ses coéquipiers. Ensemble, ils vont décrypter chacun des tatouages fraichement réalisés afin de découvrir qui est réellement Jane. En suivant les indices répartis sur son corps, le FBI comprend qu’au-delà d’éviter de potentielles attaques sur le sol américain, une conspiration de très grande ampleur s’est solidement organisée…

 

★★★☆☆ – À voir

 

Scream Queens, Quantico, Supergirl, Ash vs Evil Dead ou Jessica Jones étaient les séries évènements de la rentrée en 2015. Blindspot était citée, sans pour autant mériter de figurer dans le top 5 des nouveautés incontournables, pour la majorité de la presse française à cette période. Aux Etats Unis, le 21 septembre 2015, c’est avec une attente et une couverture médiatique moins importante par rapport à d’autres fictions, que NBC lance Blindspot, série hybride qui assume pleinement ses multiples sources d’inspirations.

Il est certain qu’au visionnage de la bande annonce et à la lecture du synopsis, le potentiel futur spectateur se demande : quel est l’intérêt de regarder une série qui rappelle furieusement John Doe, la saga Jason Bourne, Prison Break ou encore Memento ? Ce qui a priori n’a pas suscité une grande envie aux uns, a franchement titillé la curiosité des autres. Plus de 10 millions d’Américains ont pu découvrir un pilote de Blindspot assez classique mais diablement efficace.

 

Regarder Blindspot, c’est retrouver nos petits chaussons bien confortables

 

Comme la plupart des lancements de séries, la création de Martin Gero a un pilote très bien construit. La série est certes hyper-référencée, mais intelligemment calibrée et rythmée pour que l’on cerne sans difficulté ses nombreuses problématiques. Qui est Jane ? Est-elle du côté des gentils ou des méchants ? Qui l’a placée dans ce sac et pourquoi ? Que représentent les tatouages sur elle et pourquoi a-t-elle le nom de Kurt Weller sur son dos ?

Quelques incohérences ressortent ici ou là. Par exemple, lorsque les policiers se focalisent sur un minuscule tatouage derrière une oreille de Jane, ce qui lance ainsi l’ouverture de la première enquête. Il est assez étonnant de ne pas attaquer les autres tatouages les plus imposants, à l’image de l’écriture de « Kurt Weller FBI » tatouée dans le dos de l’héroïne qui se voit comme le nez au milieu de la figure.

Comme souvent, on assiste à une réunion des agents du FBI façon « feu de camp », face à de grands écrans plats sur lesquels on fait défiler les visages, lieux et autres indications de temps ou d’espaces qui sont au centre de l’enquête en cours. Ce sont des choses déjà vues 1000 fois dans des shows télévisés comme NCIS avec les facéties de Dinozzo, ou avec les briefings d’Esprits Criminels lors de l’établissement du profil du tueur recherché ; mais au fond, peu importe, tant que cela fonctionne toujours.

Blindspot est gracieusement fournie en scènes de bagarre et de fusillades qui s’enchaînent inlassablement tout au long de la saison. Ainsi la torture – on ne pouvait l’exclure – est-elle un virage obligatoire à emprunter. Cependant, les scénaristes ont évité une utilisation à outrance de ce procédé lors d’interrogations plus musclées qu’à l’accoutumée. On sent ici l’héritage des séries post-11 septembre 2001, de 24h chrono à Alias. La série de NBC n’échappe pas à l’usage des flashbacks, principalement en noir et blanc. Parfois trop systématiques, ces retours en arrière ne sont pas pour autant un élément empêchant une découverte fluide et agréable de la mythologie de Blindspot. Mais les méchants restent les mêmes, chinois, russes ou sud-coréens. Des maîtres chanteurs visibles, ou d’autres invisibles à la voix transformée. Sans oublier l’éternel ennemi de l’intérieur – ayant déjà servi d’intrigue à la voisine Quantico durant toute une saison. Du côté des gentils, on a toujours le bon samaritain – patriote jusqu’au bout du flingue -, une latino, un noir, etc. Sauf que leur incarnation vaut bien plus que de les réduire aux différents visages de l’Amérique.

Le classicisme, mot adéquat pour qualifier Blindspot ? Ce serait, au fond, oublier l’intelligence du créateur, qui, au-delà de ses éléments sériels récurrents, a su instaurer un travail de réalisation, de qualité de scénario et d’introspection des personnages qui tranchent totalement avec les séries citées précédemment.

 

© Barbara Nitke/NBC

© Barbara Nitke/NBC

 

Privilégier le fond sans pour autant négliger la forme

 

Réduire Blindspot à ses choix déjà éculés dans d’autres séries serait une erreur. Contrairement à la surmédiatisée Quantico, Blindspot mise beaucoup plus sur le contenu de ce qu’elle raconte que sur le physique de ses acteurs, et cela fait du bien à la série. Cela se ressent avec des personnages extrêmement travaillés psychologiquement, et avec une façon de réaliser qui ne doit rien au hasard. Numériquement, le casting est proche de la série Blacklist, diffusée elle aussi sur NBC et TF1. On suit dans la série de Martin Gero un cercle très restreint de personnages principaux. Dans l’équipe de Weller, Patterson la scientifique est une passionnée de jeux de société et d’énigmes en tout genre. Edgar Reade, bras droit de Weller a du mal à accorder sa confiance aux autres. Tasha Zapata, l’agent latina est accro au casino façon Warrick Brown des Experts Las Vegas. Enfin, la chef d’équipe Mayfair incarnée par l’ex-membre de l’équipe du FBI portée disparue Marianne Jean Baptiste, a une forte tendance à réciter son texte au lieu de le jouer avec conviction. A défaut de trouver cela juste, on s’y habitue.

Blindspot met surtout en lumière le Duo Weller/Doe. Dix ans près Kyle XY, Jamie Alexander interprète avec la maturité et la justesse qu’il faut une Jane Doe qui ne sait plus qui elle est, ni qui elle était avant d’être retrouvée ; et encore moins de quoi elle est capable. Il ne fait aucun doute que sa fougue et sa fragilité vont désarmer les plus sceptiques d’entre vous. Kurt Weller le convaincant Sullivan Stapleton, est le chef de cette équipe du FBI, adorant le terrain et faisant preuve d’un sang froid et d’une qualité de prise de décision infaillible. Evidemment, la fiabilité dont fait généralement preuve Weller sera mise en doute par la présence de Jane Doe, dont il se soucie énormément. Tout comme Jane Doe, on ne connait pas grand-chose du passif de l’agent du FBI. Dans la série, un bel équilibre s’opère, puisqu’on y apprend autant sur son passé que sur celui de Jane. Enfin, concernant l’intrigue autour des tatouages qui est au cœur de la série, un tatouage ne correspond pas forcément à une affaire. Un tatouage peut en cacher un, deux voire trois autres, ou il peut être encore connecté à plusieurs affaires.

 

Apprendre à mieux les connaître en les filmant de plus près

 

Pour enfoncer une porte ouverte, plus les épisodes passent, mieux l’on cerne la personnalité parfois complexe des personnages exposés. Et c’est là où la qualité de Blindspot s’exprime le mieux : dans l’introspection de ses personnages. Là où la série se démarque de la fiction trop romancée Quantico, c’est dans sa capacité à rentrer dans l’intime de ses héros sans tomber dans une présence exacerbée de relations sentimentales. De l’amour, Blindspot en a à revendre mais sa place n’en sera jamais prépondérante pour autant.

En termes de mise en scène, une chose revient souvent dans Blindspot : les gros plans. Tout est affaire de regard, de non-dit, de messes basses : à travers une relation père/fils compliquée chez les Weller, des regards amoureux ou au contraire suspicieux, on sent ce besoin incessant de faire passer des émotions en ne filmant que les visages afin d’éviter de livrer un banal procédural froid et sans âme.

Ce rapport au corps est d’autant mieux illustré lors de nombreuses scènes entre Jane et Kurt. Pour Jane, il y a un rapport au corps d’autant plus flagrant. On a touché à ce qu’il y a de plus précieux chez elle : sa chair. Son enveloppe corporelle a été scannée, photographiée, scrutée, analysée pour mieux comprendre le puzzle que constitue la centaine de tatouages dont elle est recouverte. Notre héroïne fait savoir au FBI qu’elle en a marre de tous ces tests, et qu’elle a déjà bien assez exposé son intimité sans en avoir réellement le choix.

Le libre arbitre est aussi un élément récurrent dans Blindspot. Qui Jane doit-elle choisir entre le camp de Weller et par extension le FBI ou ces membres d’un groupe obscur qui prétendent savoir qui est réellement Jane et la conspiration dont elle ferait partie ? Jane est-elle réellement libre ou a-t-elle en réalité les mains liées d’un côté comme de l’autre ? Il y a ce questionnement permanent que Jane Doe s’inflige, accompagné d’une peur de retrouvrer la mémoire et de découvrir qu’elle effectuait plus de mal que de bien dans ses souvenirs. Enfin, le psy du FBI, le Dr Borden a une place importante dans la série. En effet, il arrive parfois à faire accoucher une Jane de plus en plus en confiance avec lui. Cette dernière doit arriver à mettre des distances avec Kurt, son collègue, en passe de devenir son ami, voire son amant.

 

Blindspot est une série d’action de prime abord classique, mais elle ne doit pas être prise à la légère par les sériephiles purs et durs. Elle se détache intelligemment des séries dont elle s’est inspirée pour mieux forger sa propre identité. La série de Martin Gero n’est pas aussi simpliste qu’on pourrait le penser, puisqu’elle mélange habillement action, romance et réflexion. Elle ne se résume pas à un seul et unique genre. De plus, elle pousse le téléspectateur à se poser sans arrêt des questions et à émettre régulièrement des hypothèses qui seront vite balayées par un nombre incalculable de rebondissements. La série vise juste, mais a besoin d’éclaircir et de développer de façon plus précise sa mythologie. Il serait bienvenu d’apporter quelques réponses aux questions que les téléspectateurs se posent, avant de soumettre un tas de nouvelles interrogations durant la saison 2 (qui a débuté ce 14 septembre) ; et ainsi éviter, à l’instar de Lost en son temps, de submerger le téléspectateur de questions en attendant impatiemment des réponses. Une chose est certaine : avec une diffusion en prime time sur la première chaîne d’Europe synonyme d’une exposition forte, Blindspot risque de faire couler beaucoup d’encre, au moins autant qu’il en fallu pour tatouer le mètre soixante quinze de Jaimie Alexander.

 

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Junior Ekemi

Lillois, passionné de fiction, de sport , de lecture et de sorties culturelles.

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