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Diminution du temps de travail, à la bonne heure ?

Diminution du temps de travail, à la bonne heure ?
Gaspard Claude

En cette rentrée d’année présidentielle, nombreux sont ceux qui préconisent une augmentation du temps de travail pour la France, à 38 heures. À l’inverse, les Suédois ont retourné le problème en expérimentant pour certains une réduction du temps de travail. 


 

En quoi cette baisse serait-elle bénéfique pour une société contemporaine ? Début septembre, une enquête sur l’absentéisme au travail, réalisée par le groupe de conseil Ayming et TNS Sofres, nous apprend que la France compte actuellement 16,6 jours d’absence au travail en moyenne sur un an. Comment réduire alors ce taux d’absentéisme, qui classe notre pays parmi l’un des moins bons élèves de la zone Euro ? Faut-il se demander si une corrélation existe entre la réduction du temps de travail et la diminution de l’absentéisme ? Travailler moins pour vivre mieux, tout en étant paradoxalement plus productif ?

 

Vers une amélioration sociale et économique ?

 

Après avoir réalisé plusieurs expérimentations comme à Göteborg en Suède, il semblerait que le passage à une durée de travail de 6 heures par jour (soit 30 heures par semaine) peut avoir de nombreux effets bénéfiques sur la vie des personnes l’ayant essayé. D’un point de vue social d’abord, la première conséquence pour ces travailleurs est de pouvoir s’accorder plus de temps libre en dehors de leur travail. Ce simple assouplissement des horaires leur permet de se sentir beaucoup plus épanouis dans leur vie personnelle, ainsi que dans leur vie de famille ou de couple. Quelles sont alors les répercutions pour l’entreprise ? L’augmentation du bien-être du salarié lui permet d’être moins stressé, de moins demander d’arrêt maladie, et d’être dès lors plus productif. Ce cercle vertueux de l’employé a donc des répercutions positives pour l’employeur.

Cette toute nouvelle initiative pourrait également être en capacité de créer de l’emploi à moyen terme. Et ce en commençant par compenser les deux heures de travail en moins de chaque individu par jour. C’est donc, au-delà d’une amélioration sociale, une amélioration économique qui est permise. Car à terme, c’est aussi une diminution du nombre de chômeurs qui pourrait advenir. En bref, cela reviendrait à décider de mieux se partager le travail, au lieu de laisser une partie de la population dans une obligation de travail à temps partiel, et donc par définition très précaire. Seul problème pour nous en France, le coût des charges d’un employé paraît être pour le moment bien trop élevé pour que ce genre de réforme profonde de notre système économique fonctionne.

 

 

 

Étude de cas : Göteborg, à la bonne heure

 

Sur le papier, cette nouvelle façon de penser notre vie a de quoi faire rêver. Mais qu’en est-il en l’appliquant dans la réalité ? Göteborg a fait le choix de l’expérimenter sur plusieurs années. Cette ville de plus de 500 000 habitants est la deuxième plus grande métropole de Suède. Au printemps 2014 elle a cherché à analyser les conséquences d’une diminution du temps de travail. Cette idée est en partie due à Mats Pilhem, ancien maire adjoint de la ville, partant alors d’un simple constat : la productivité d’une entreprise ou d’une organisation est plus faible lorsque les journées sont plus longues. C’est alors qu’il décide de mettre en place une expérience : la moitié des employés municipaux vont tester pendant 2 ans la semaine à 30 heures, l’autre moitié continuerait de travailler comme avant. Mats Pilhem déclare alors : « À la fin de l’expérience, nous comparerons les deux systèmes, et on verra ce qui diffère. Nous espérons que le personnel réduira son nombre de congés maladie et qu’il se sentira mieux mentalement et physiquement grâce à des journées plus courtes ».

Dans le domaine de la santé, une maison de retraite toute proche de Göteborg , tire déjà des points positifs de cette façon de travailler, comme nous le faisait remarquer le journal Libération du 3 novembre 2015. Anne-Hivert, alors correspondante du journal en Scandinavie avait recueilli à l’époque plusieurs témoignages d’infirmières de l’établissement : «  Avant, je rentrais à la maison complètement crevée. Maintenant, j’ai le temps de faire du sport, d’aller chercher les enfants à l’école. Et au travail, j’ai plus d’énergie (…) On ne voit plus les gens courir dans les couloirs. Le calme règne. Les congés maladie ont diminué et les employées ont plus de temps pour discuter avec les pensionnaires »

Enfin dans le secteur privé, on expérimente également cette nouvelle forme de travail . C’est l’usine d’assemblage de Toyota à Göteborg, qui, dès 2002 a décidé d’appliquer ce nouveau rythme pour ses mécaniciens et ses divers employés. Résultats ? Depuis 10 ans, les profits de la marque dans cette usine sont en hausse de 25%. « Le personnel se sent mieux, il y a moins de turn-over et le recrutement est plus facile » explique Martin Banck, directeur de l’usine.

 

Göteborg © a2ua

Göteborg © a2ua

 

Il semble donc que la diminution du temps du travail puisse être réellement bénéfique pour une société contemporaine. À la condition que celle-ci accepte de modifier profondément sa façon de penser le travail et son partage. En Suède, bien que les résultats paraissent dans l’ensemble positifs, la droite y est toujours opposée : récemment revenue au pouvoir de la ville de Göteborg, cette dernière a décidé de mettre entre parenthèses ce projet de réduction du temps de travail, car trop coûteux (850 000 € par an pour la mairie).

En France, c’est un parcours semé d’embuches qui attend ce type de projet, tant notre système économique est actuellement bien loin de cette idéologie novatrice. Mais toujours est-il que certaines lignes commencent à bouger, et des voix se font doucement entendre depuis peu. Ainsi, Marie-Nöelle Linemann, candidate à la primaire de la gauche en 2017 décrit cette idée comme une plu-value inévitable : « Ça fait maintenant depuis 2002 que nous n’avons pas réduit le temps de travail, et le constat est tout simple : c’est un mouvement irrémédiable de l’humanité. C’est faire que la France travaille globalement, tout en travaillant tous ». La réduction du temps de travail a, comme nous le disions, un coût, mais l’équilibre et l’épanouissement du citoyen ont-ils réellement un prix ?

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