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« Divines » est un ballet nihiliste bouleversant

« Divines » est un ballet nihiliste bouleversant
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Le premier film d’Houda Benyamina, présenté à la Quinzaine des réalisateurs lors du dernier Festival de Cannes et récompensé par la Caméra d’or, est sorti sur nos écrans mercredi. Critique.


 

Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

 

★★★★★ – À voir absolument

 

Au premier abord, il est possible d’être méfiant vis-à-vis de Divines. Caméra d’or lors du dernier festival de Cannes, les attentes étaient grandes ; et la prestation de la réalisatrice pendant la remise des récompenses – lançant à Edouard Waintrop, délégué général de la Quinzaine, « T’as du clito ! » pendant son discours qui mettait en avant la non-représentation des femmes dans les comités de sélection – en avait fait rire ou consterné plus d’un, notamment par la familiarité des propos énoncés.

Alors, quid de Divines ? Esbroufe cannoise ou véritable film de banlieue ? La réponse est ailleurs. Car Divines n’est pas qu’un simple film de banlieue. Dans un quotidien récent où le cinéma français ne cesse de nous surprendre par son audace et sa capacité à nous livrer des films d’auteurs politiques et sociétaux de grande qualité, le « film de banlieue », qui vise à montrer le quotidien difficile des quartiers sensibles, semble être devenu quelque peu obsolète. De La Haine, film culte de Mathieu Kassovitz sorti en 1995 à Bande de Filles, troisième long-métrage de Céline Sciamma et Prix Lumières en 2015, ces œuvres dépeignent bien souvent une réalité froide avec une justesse et une précision quasi-scientifiques mais semblent aujourd’hui dépassées par le caractère politisé de ce nouveau cinéma français. Le fond prend alors le pas sur la forme, offrant à ces films une profondeur inconnue qui leur permet de mettre en avant des thèmes beaucoup plus forts symboliquement, au lieu de n’être qu’une simple retranscription de la réalité.

Certes, Divines nous emmène peu à peu, entre deux stories Snapchat, dans la noirceur et la difficulté quotidienne des cités parisiennes, mais le film s’extirpe de ce piège avec maestria en nous livrant un ballet bien différent. A coup de rêves et de deals, les deux jeunes filles qui rêvent de « money » s’émancipent, sans jamais se désunir.

 

Oulaya Amamra est Dounia dans Divines - Copyright Diaphana Distribution

Oulaya Amamra est Dounia dans Divines – Copyright Diaphana Distribution

 

Car Divines est avant tout l’histoire d’une émancipation. Dounia – joué par Oulaya Amamra, qui peut déjà prétendre au prix de révélation féminine aux Césars – se délivre d’un système capitaliste, où l’argent assujettit et agit comme un dictateur, grâce à l’art et plus particulièrement, la danse. Du haut de son perchoir, elle apparaît comme une divine, veillant sur Djigui (l’impeccable Kévin Mischel), danseur schizophrénique, marqué par la grâce et la violence. Troublants de sensualité, les deux protagonistes nous livrent ensuite au milieu du film une scène torride, durant laquelle la violence prend peu à peu le pas sur l’amour. Ce contrepoids devient alors le seul échappatoire pour que Dounia aspire à mieux, dans une société qui la maltraite.

Déifiée, cette société pernicieuse, où l’ascenseur social semble s’être s’arrêté en même temps que les travaux de la cité environnante, revient dans la présence permanente de Dieu et de la religion. Quand Dieu s’exprime dans les rêves de Maimounia, c’est bien la société qui dicte à la jeune fille le cheminement qu’elle se doit de respecter tandis qu’il laisse Dounia tomber et sombrer lentement dans la folie de Rebecca, véritable modèle pour toute une jeunesse égarée. La mosquée, désertée par nos protagonistes, n’est plus un lieu de culte où ils peuvent se repentir mais devient uniquement la porte d’accès sur ce couloir froid, objet de tous les trafics. L’argent prend alors le pas sur la conscience ; et il ne reste que du sang et des larmes.

 

Film âpre et résolument nihiliste, Divines déifie la société pour mettre en exergue toute sa violence dans un final bouleversant ; il apostasie sa linéarité préétablie pour nous offrir un très grand moment de cinéma.

 

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Simon Wautier

Étudiant en Sciences Politiques à l'Université de Lille 2 et à l'Académie ESJ Lille. Aime l'ironie et Maître Gims.

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