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La fête impériale s’empare du Musée d’Orsay

« Portrait de Napoléon III », par Franz Xaver Winterhalter (avant 1861) – © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin
ZB
  • On 27 septembre 2016

Le Musée d’Orsay, pour commémorer ses trente années d’existence, s’empare du Second Empire, époque où Paris devint le théâtre de nombreux bouleversements et la France fut au cœur d’une mutation vers la modernité.


 

Un portrait petit format de Napoléon III introduit subrepticement l’exposition, plaçant sur un piédestal son épouse l’impératrice Eugénie, qui maniait dans l’ombre les rênes du foisonnement artistique de l’Empire. La moquette rubis et les murs coordonnés plongent d’emblée le visiteur au cœur de cette période d’euphorie économique, symbole de bouleversements socio-culturels et de mutations citadines. L’éclectisme du Second Empire surprend et les influences s’entrechoquent.

Au fil d’un parcours thématique très didactique – cartels précis et rappels chronologiques minutieux –, on contemple. Portraits d’apparat par Winterhalter, peintre officiel de l’Empereur, de l’Impératrice Eugénie arborant des faux-semblants de Marie-Antoinette ; mobilier aux accents Ancien-Régime ; Château de Pierrefonds rénové dans un style néo-gothique. Le couple semble éclore par l’ésotérisme qui fait foi, et tremblera par les armes à deux reprises, notamment lors de la bataille de Sedan de 1870.

Leur dessein passe par l’entérinement du régime et l’adhésion à l’Empire de la bourgeoisie émergente, qui s’entiche de l’art et des loisirs. Naturellement, l’exposition prend pour fondements les portraits d’apparat, médium du narcissisme de la bourgeoisie triomphante. À cela est savamment juxtaposée la démocratisation de la technique récente, et notamment la photographie, dont nombre d’originaux sont sobrement mis en valeur dans l’exposition – et c’est assez rare pour être souligné.
Paris est « fou et démesuré ». Le faste, le progrès, le plaisir s’inscrivent dans le déploiement de son architecture destinée à accueillir à loisir la bourgeoisie.

Cette dernière, valdinguant au rythme des Contes d’Hoffmann dans un Opéra Garnier flambant neuf, est croquée par Daumier, dont le visiteur admire la satire en entendant les airs d’époque. La scénographie est magnifiée, on est amusé et enchanté.

 

Une exposition historique aurait dressé alors l’opposition entre l’art de l’Empire et son école officielle d’une part, et l’école décriée par le pouvoir d’autre part – où l’on aurait retrouvé Courbet ou Rousseau. Le parti pris des commissaires semble justement de ne pas avoir voulu succomber à cet écueil. Par choix, Marie-Paule Vial, Paul Perrin et Yves Badetz, y ont préféré un voyage d’époque, où l’on vogue au fil des différentes ambiances. Dans l’avant-dernière salle, le brio de l’exposition tend vers son climax : l’accrochage typique du Salon de 1863 est recrée, dans une salle voûtée, où les œuvres aux cadres rutilants et à l’impressionnisme décrié se chevauchent.
 La dernière salle, sorte de grenier aux trésors scintillants impressionne le néophyte et achèvera d’assouvir les passions des plus grands amateurs d’art décoratif.

« L’empereur doit être considéré comme le messie des idées nouvelles », se targuait Napoléon III. Cette exceptionnelle exposition, à défaut de faire honneur à cette déclamation, l’aurait certainement ravie.

 

 

« Spectaculaire Second Empire », Musée d’Orsay (Paris 7e), jusqu’au 15 janvier 2017.

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