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« Narcos » saison 2 : la morale dans les veines

« Narcos » saison 2 : la morale dans les veines
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Après un coup d’essai réussi l’année passée, Netflix réitère l’exploit Narcos et filme la traque du narco-trafiquant Pablo Escobar, de façon plus politique que jamais.


 

Loin d’un simple biopic de Pablo Escobar, Narcos retrace la lutte acharnée des États-Unis et de la Colombie contre le cartel de la drogue de Medellín, l’organisation la plus lucrative et impitoyable de l’histoire criminelle moderne. En multipliant les points de vue — policier, politique, judiciaire et personnel — la série dépeint l’essor du trafic de cocaïne et le bras de fer sanglant engagé avec les narcotrafiquants qui contrôlent le marché avec violence et ingéniosité.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Flash-back

 

On ne peut nier qu’une série tentant d’innover et de nous surprendre en cours de route est une série courageuse et faisant preuve d’audace. Et c’est par un encart clamant « Certains événements, personnages et noms de lieux ont été modifiés » que s’ouvre chaque épisode de la saison 2. Le postulat de base est posé : Narcos saison 2 s’éloignera donc doucement de la réalité pour coller à une ambiance plus fictionnelle.

Narcos saison 1 était l’une de ces surprises dont Netflix a le secret. À l’instar de Marseille, première série européenne du géant de streaming américain, Narcos était la première série produite sur le sol de l’Amérique du Sud. Suivant les traces du narco-trafic en Colombie, la première saison suivait les 15 années de prospérité du règne Escobar. Mais la série brillait notamment par sa réalité historique et son aspect très documentaire. D’ailleurs, de nombreuses images d’archives venaient se mélanger à la fiction.

Une courte année est passée et, tandis que trois showrunners se succédèrent pour y venir à bout, cette seconde saison voit le jour. Elle s’axe sur les 15 derniers mois de la vie du célèbre narco-trafiquant. Netflix choisit même comme tagline « Qui a tué Pablo Escobar ? », misant donc non plus sur l’issue de son sort, mais sur l’identité de son tueur.

 

NARCOS

L’acteur Wagner Moura reste magistral dans son interprétation du narco-trafiquant (© Juan Pablo Gutierrez/Netflix)

 

La fiction dépasse la réalité

 

Pour quel résultat ? Force est de constater que ce qui faisait le charme de la première saison est toujours présent. Des acteurs toujours profondément ancrés dans leur rôle, une mise en scène soignée et efficace, une playlist musicale mélangeant efficacement la musique colombienne dans toute sa diversité. Le principal reproche que l’on peut faire est l’amenuisement de la rigueur historique, à l’opposé de la première saison. Il faut dire qu’écrire en un an ce qui avait été écrit en plusieurs années pour la première saison semblait mission quasi-impossible, la documentation nécessaire pour coller à la réalité étant probablement trop grosse. En se focalisant sur les quelques mois précédent la mort d’Escobar, Narcos brise au passage la temporalité de la première saison qui préférait retracer 15 ans de trafic de drogue, en s’attardant sur des moments particuliers.

Ainsi donc, Narcos saison 2 choisit de prendre son temps et de se concentrer sur une courte période. Mais la perte de réalité historique n’est finalement pas un tort. Effectivement, à se délaisser de la réalité, Narcos n’a d’autre choix que d’inventer, d’imaginer. Le talent des scénaristes prend la relève et la dimension fictionnelle permet de créer des rapports de force, des histoires d’amour, de la tension… Bref, de donner plus d’épaisseur et de vie à des personnages. Et finalement, c’est en s’éloignant de la réalité historique que Narcos réussit à dresser un portrait plus réaliste et concret de ses personnages, avec des défauts et des qualités, des causes à défendre et une vision tout sauf manichéenne (la limite entre le bien et la mal n’aura jamais été si floue).

 

Face au terrorisme

 

Fort de son sujet terrible, Narcos se retrouve rattrapé par le contexte actuel. Car quand la série montre le gouvernement colombien laissant les FARC sortir de la jungle et semer la terreur afin de retrouver Escobar, il y a plus que jamais un niveau de lecture très politique. Chaque dialogue à ce sujet est une pique si ce n’est un rappel de la terrible histoire colombienne qui s’est écrite dans le sang. Mais la série se fait rattraper par l’actualité brûlante, notamment quand elle sort quelques mois seulement après le cessez-le-feu promis entre la guerilla et le gouvernement colombien (en juin dernier).

 

NARCOS

Une esthétique toujours très travaillée (© Juan Pablo Gutierrez/Netflix)

 

Et Narcos use de cette terrible actualité. À l’instar de Nocturama – dans un registre diamétralement opposé bien évidemment – Narcos traite de ce qu’est un terroriste. À l’heure où le cinéma plus que jamais prend les armes pour contrer le terrorisme (on pense à Made in France ou Eye in the Sky rien qu’en 2016), Narcos nous montre le quotidien de Pablo Escobar. Car s’il tuait impunément, police comme civil, sa vie de famille bien rangée nous dérange. Être un terroriste, un monstre, ne l’empêche pas d’avoir et d’aimer sa femme et ses enfants. Pire, quand il s’agit de montrer comment il est traqué, comme un animal, la mise en scène nous forcerait presque à prendre parti pour lui. Se pose d’ailleurs en cours de saison une question morale (qui peut faire écho à notre actualité post-attentat) : comment doit-on gérer la famille d’un terroriste ? Est-elle coupable ? Responsable ? Légalement – et la série l’exploite totalement – la famille d’Escobar avait le droit de vaquer comme bon lui semblait. En réalité, c’est une question rhétorique : doit-on traiter la famille d’un terroriste comme une famille lambda ?

Enfin, là où la première saison montrait un Escobar en pleine ascension, rayonnant, cette saison 2 montre au contraire sa décadence, sa chute. De plus, là où l’esthétique de la première saison mettait l’accent sur le côté documentaire (beaucoup plus d’images d’archives, une voix off omniprésente, une mise en scène calquée sur des effets de documentaire) cette saison 2 évolue en cours de route, pour se muer en thriller politique haletant. On sait qu’Escobar va mourir, mais qui donc l’a tué ? Cette course contre la montre se pare même parfois en film noir (fusillade sous la pluie, voiture luxueuse et filmée de très près, les costumes de certains personnages), et les questions politiques se mêlent à une course effrénée et terrifiante.

 

Plus que jamais, donc, la série Narcos joue avec nos sentiments, avec le politiquement correct, et s’inscrit tout autant dans l’époque qu’elle décrit que dans notre société contemporaine. Une œuvre puissante qui, si elle n’est pas exempte de défauts, marque par ses niveaux de lectures nombreux et son efficacité.  

 

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Simon ROBERT

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