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Pourquoi sommes-nous en train de perdre la guerre contre le terrorisme ?

© Fred Dufour/AFP
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Depuis 2001, l’Occident et le terrorisme islamiste sont en guerre ; or, si l’un est sans arrêt mis à l’épreuve, l’autre ne cesse de grandir, conséquence d’une stratégie terroriste à très long terme contre des politiques qui ne voient qu’à court terme.


 

Des origines nombreuses et complexes

 

Au Moyen-Orient, il faut revenir dans les années soixante-dix. À cette époque, deux courants s’opposent. Le panarabisme, un courant visant à rassembler tous les Arabes sous une même bannière, quelle que soit leur confession, et l’islamisme, qui prône le rassemblement des musulmans sous une loi islamique conservatrice. Les deux ont en commun l’émancipation de la région contre les Occidentaux. Or, peu à peu le panarabisme perd de son influence, en premier lieu par la mort d’une de leurs grandes figures, Gamal Abdel Nasser, en 1970, mais aussi à cause des régimes autoritaires du parti Baas qui soutiennent cette idéologie nationaliste. Ainsi, l’islamisme des Frères musulmans et de l’Arabie saoudite est vu à cette époque par le peuple musulman comme une alternative à la dictature et l’oppression. C’est en 1979 que ce mouvement commence à voir ses premières dérives. En effet, l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS donne un conflit où les musulmans sont en guerre contre une super puissance. La victoire des Talibans donne une énorme légitimité à l’islamisme, et certains d’entre eux veulent pousser le combat plus loin contre « l’impérialisme » américain et « les colons » européens qui menacent selon eux l’islam.

En France, la fin des Trente Glorieuses voit surgir de lourds nuages sur la société. La politique d’immigration ne fait plus l’unanimité. La majorité des immigrés vient de l’autre côté de la Méditerranée, dont la culture et la religion sont méconnues en Europe. Ils sont rassemblés en périphérie des grandes villes, en marge de la société française et ne s’intègrent pas assez vite selon cette dernière. Le souvenir de la guerre d’Algérie est encore présent, fomentant un réel litige entre les deux communautés. La situation évolue alors en pente douce vers une islamophobie insidieuse. Rien de grave et d’exceptionnel pour le moment, la situation est pratiquement similaire à la première vague d’immigration du début du XXème siècle.

 

Une stratégie djihadiste bien rodée

 

Or, Al-Qaïda va changer la donne. Quand la plupart des groupes terroristes ne font que des attaques ponctuelles pour se faire entendre ou forcer les États à négocier (GIA, IRA, OLP terroriste, etc…), eux vont réellement avoir pour but de mettre l’Occident à genoux. Comme l’explique Yuval Noah Harari dans une réflexion envoyée à L’Obs, la stratégie est simplissime. Le terroriste à faibles moyens attaque les civils d’un ennemi aux moyens bien supérieurs pour le forcer à réagir de manière disproportionnée. Néanmoins, cette stratégie ne fonctionne seulement qu’à long terme, et elle commence en 2001.

Les attentats du 11 septembre n’étaient pas de simples attentats, mais une tentative d’Al-Qaïda de provoquer les États-Unis. Le résultat fut au-delà de leurs espérances lorsque, le 8 octobre 2001, George Bush débute la guerre d’Afghanistan. Les Talibans, autrefois alliés des États-Unis, sont maintenant en guerre contre ces derniers et l’Occident de manière générale. Rappelons que les Talibans ne sont pas responsables des attentats du 11 septembre et sont, de plus, l’un des symboles de l’islamisme. Or, Al-Qaïda a réussi à initier une guerre conventionnelle entre l’Occident et l’islamisme. Le sentiment antioccidental dans les pays musulmans s’est dès lors renforcé de jour en jour. Et le djihadiste, qui était autrefois perçu même dans le monde musulman comme un délire, a gagné des milliers de soldats.

Alors en France, la situation évolue, les recruteurs djihadistes tentent de trouver des jeunes désœuvrés et désabusés capables de perpétrer des attentats en France. La France est alors une cible idéale. L’un des pays les plus puissants de l’Europe, où la communauté musulmane y est importante, en peine au niveau social et recevant des coups réguliers de la part de l’extrême-droite. Organiser des attentats en France permet aux terroristes d’accroître l’islamophobie et le sentiment d’une division nationale séculaire. Et une France divisée se montre bien moins menaçante pour le djihad qu’une France unie.

 

Un succès qui n’est plus à prouver

 

Maintenant, pour savoir si cette stratégie est efficace, il suffit de comparer la situation entre le 11 septembre 2001 et l’été 2016. Le Moyen-Orient, l’Afrique et une partie du Maghreb sont en proie au chaos. Le panarabisme a pratiquement disparu depuis le Printemps arabe et l’islamisme n’a jamais été aussi puissant. Les pertes matérielles et humaines n’affaiblissent en rien l’expansion de l’idéologie djihadiste, tandis que les plus forts soutiens entre Arabes et Occidentaux s’effritent (Arabie saoudite, Turquie). Aujourd’hui, Al-Qaïda « parie sur un pourrissement progressif de la situation dans les pays musulmans qui amènera la prise de pouvoir par des dirigeants acquis à ses thèses », selon Alain Rodier, ex-officier du Renseignement français, d’après le magazine Atlantico. Quant à l’Europe, elle se déchire chaque jour davantage sur la question migratoire et de l’accueil des migrants, autour de débats sur l’identité nationale.

Or, la victoire ne peut être complète pour les djihadistes que si l’Occident s’effondre. Pour cela, il faut qu’il se dégrade de l’intérieur. Le Front national, Donald Trump, le FPÖ et bien d’autres ont vu leur légitimité et leurs pouvoirs grandir de manière impressionnante au cours des dernières années. Leur point commun est celui d’un communautarisme à l’excès qui entraîne, même sans le vouloir, une augmentation de la violence et des conflits ethniques. De l’autre côté, le nombre d’individus connus pour leur implication dans les filières syro-irakiennes en France ne cesse d’augmenter : 800 à l’été 2014, pour 2147 cet été 2016. D’après l’Express qui cite un officier supérieur du renseignement, « les salafistes seraient aujourd’hui entre 5000 et 6000 rien qu’en Île-de-France, soit dix fois plus qu’il y a dix ans ». Les divisions sont de plus en plus prononcés et violentes – la polémique sur le burkini en est un parfait exemple. Dans ce genre de conflit, l’étape qui suit en général les attentats est l’insurrection (étape largement franchie en Afrique et au Moyen-Orient) ; même si cela peut prendre des décennies, les terroristes sont motivés à faire autant d’attentats que nécessaire.

Le pire reste que le djihadisme provoque d’autres dégâts collatéraux, tout aussi graves, comme par exemple les énormes pertes déjà subies par le tourisme. Aujourd’hui, on constate une diminution de la progression des échanges économiques dans le monde ; autrement dit, la mondialisation est en perte de vitesse. De plus, cette dernière est de plus en plus contestée, notamment par la montée des partis d’extrême droite. Bien sûr, le recul de la mondialisation ne s’explique pas uniquement par le terrorisme : l’écologie, les conflits sociaux hors ethnies catalysent et aggravent cette dynamique. Or, en Occident, l’un des principaux arguments pour la restriction des échanges et le retour au protectionnisme repose sur la peur de l’immigré comme menace terroriste. Que l’on veuille ou non, ce recul nous plonge dans une grande incertitude économique.

 

Un bilan à relativiser

 

Si cette conclusion peut paraître amère, il ne faut pas croire que tout est joué. Actuellement, aucun parti d’extrême droite ne dirige entièrement un gouvernement occidental. Donald Trump est dans l’impasse et le FN éprouvera sans doute des difficultés en cas de passage au second tour. Seule l’Autriche est aux prises avec une extrême droite très puissante, après la présidentielle d’octobre dernier. De nombreuses initiatives ont été mises en œuvre pour éviter la radicalisation et contrôler le phénomène, comme le projet de refondation de l’Islam de France annoncée par l’exécutif.

Sur le terrain, l’État islamique, Al-Qaïda, Boko Haram et autres groupes djihadistes ont perdu une influence non négligeable depuis 2015 et eux-mêmes semblent de plus en plus divisés (rivalité entre Al-Qaïda et Daech, leadership de Boko Harem contesté, etc.). Pour autant, il reste encore un long chemin avant la victoire complète des djihadistes sur l’Occident, et donc le temps pour nous de reprendre les choses en main.

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Martin Rabaud

Bordelais de 17 ans, étudiant en première année d'école de commerce. Curieux de l'actualité politique, économique, sociale et internationale.

Comments

  1. Lait

    Très bonne analyse, merci beaucoup ! J’ai découvert votre site grâce à Hugo Décrypte sur Youtube, et les articles sont de qualité, tous très intéressants.

    Continuez comme ça, bravo et merci !

  2. Christian

    C’est très intéressant et j’aimerais que beaucoup de nos hommes que l’on nomme politiques et surtout beaucoup de journalistes lisent ces textes mais pour cela il faut que tu fasses des articles très courts, une longueur
    De 10 ou 20 twits si non tu n’es jamais lu sauf par des retraités désoeuvrés

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