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Sébastien Kopp : « L’humanité de VEJA est sa seule force »

Sébastien Kopp : « L’humanité de VEJA est sa seule force »
Gaspard Claude

Dans le cadre du « Positive Economy Forum » organisé au Havre du 13 au 17 septembre, Sebastien Kopp est venu nous présenter le projet porté depuis maintenant dix ans par la marque de baskets équitables VEJA, dont il est le cofondateur. Entretien.


 

Veja aurait pu n’être qu’une simple utopie, si ses fondateurs Sébastien Kopp et François-Ghislan Morillion ne nous avaient pas prouvé qu’un tel projet idéaliste était bel et bien possible. Le dessein de la jeune entreprise paraît pourtant simple. Produire des baskets, sacs et accessoires écologiques, issus du commerce équitable.

 

Ce fût pourtant un véritable parcours du combattant : les matières premières comme le coton, le cuir ou encore le caoutchouc sont tous importés du Brésil, où il fallut trouver de petits producteurs éco-responsables respectant – entre autres – les normes de l’Organisation Internationale du Travail. C’est donc tout naturellement que l’on a pu retrouver Sébastien Kopp au « Positive Economy Forum » du Havre.

 

Sébastien Kopp -cofondateur de VEJA
Sébastien Kopp – Cofondateur de VEJA

 

Radio Londres : Comment, et de quoi est né le projet VEJA ?

Sébastien Kopp : Avec mon meilleur ami François, à 24 ans, nous avons décidé de sortir du cadre. On bossait dans la finance à Washington et à New-York. On savait déjà que ce n’était pas la vie dont on rêvait. 
Il y avait l’argent, mais il n’y avait aucun sens, aucun amour dans ce que nous faisions tous les jours. Nous avions monté plein de projets quand nous étions encore étudiants, on était dingues d’économie, de philosophie et d’Internet; du nouveau monde qui apparaissait. On a monté un projet sur le développement durable, persuadés que les politiciens n’avaient plus le pouvoir de changer le cours des choses, persuadés que l’économie et les entreprises avaient pris le pouvoir depuis longtemps.

On se disait : « Montons un projet, une entreprise, qui montrerait qu’il est possible de changer les choses, de créer une économie un peu plus équilibrée sur les plans sociaux et environnementaux ».. Donc on a bossé partout dans le monde pendant un an à étudier les projets de développement durable de grosses entreprises comme PPR, Carrefour, Accor ou Schneider Electric. On a été un peu déçus de ce qu’on a vu, mais notre rencontre avec Tristan Lecomte, fondateur  d’Alter Eco, fut décisive. Il nous a lancés sur le terrain, et nous avons appris ce qu’était le commerce équitable dans la forêt Amazonienne. On s’est dit, on veut faire ça de nos vies : relier les projets extraordinaires les uns aux autres pour créer une chaîne « clean ». Réinventons un produit de A à Z. Et quel meilleur produit qu’une basket ? On adore en porter, elles sont le symbole de l’exploitation du sud par les pays du nord, et les baskets écologiques n’existent pas. On a monté VEJA à partir de rien. Grâce à la volonté.

 

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RL : Qu’est ce que le commerce équitable vu par VEJA alors ?  Quelle définition pour quel(s) objectif(s) ?

S. Kopp : Le commerce équitable, c’est établir un lien direct avec les producteurs, connaître les filières de matières premières jusqu’au bout, rapprocher les producteurs des consommateurs. Le commerce équitable, c’est dire que les prix du marché agricole mondial sont déséquilibrés par les milliards de dollars de subventions des pays riches. Ces subventions faussent le prix du marché, et ce sont les producteurs africains, indiens ou brésiliens qui trinquent. Le commerce équitable rétablit un prix « normal » pour cultiver des biens agricoles. Dans notre cas, nous avons lié dès le début de VEJA, le commerce équitable et l’écologie. Pour nous l’un ne va pas sans l’autre, ce serait une folie.

 

RL : Dès 2009, vous organisiez des conférences nommées « La publicité pollue t-elle l’économie ? » Quel est donc votre rapport à la pub ?

S. Kopp : VEJA ne fait pas de publicité. Cela nous permet de produire des baskets écologiques au Brésil, un pays avec des standards sociaux élevés. Les baskets VEJA coûtent entre 5 à 7 fois plus cher à produire que des baskets normales, mais nous les vendons au même prix car nous n’avons pas de budget marketing. Plus généralement, depuis les années 60, la communication et la pub ont pris le pas sur la réalité. En tant que consommateur, nous sommes incapables de dire comment sont produits les biens de consommation courante, l’agriculture et l’industrie sont devenues des mystères délocalisés. Le but de VEJA est de prendre le contre pied de cet état de fait : montrer comment sont produites les baskets, montrer que nous allons jusqu’au bout en choisissant directement les matières premières.

 

RL : Mais justement, ne pas vouloir communiquer, n’est-ce pas une sorte de communication ?

S. Kopp : Ne pas faire de pub est une manière de communiquer, mais c’est aussi économiser le temps et l’argent passés à inventer des histoires artificielles. Et avoir du temps pour faire avancer la réalité.

 

RL : Vous déclarez également vouloir porter l’image d’une entreprise transparente. Qu’en est-il dans la réalité ?

S. Kopp : La transparence est le dénominateur commun de tout ce que nous avons fait depuis le début dans VEJA : allier commerce équitable, écologie, justice économique et sociale, et le montrer. On ne déclare rien : on fait puis on en parle. Notre nouveau site web (Novembre 2016) sera très complet et ira encore plus loin sur la transparence. Nous montrons d’où viennent les baskets, quels sont les salaires des ouvriers des usines, quels sont les produits chimiques utilisés dans les baskets.

 

« VEJA c’est notre vie, et nos vies ne sont pas à vendre »

 

RL : Vous avez aussi fait le choix de valoriser la réinsertion professionnelle à travers « l’Atelier Sans Frontière » ?

S. Kopp : Atelier Sans Frontière est une association de réinsertion en charge de la logistique de notre marque. Nous avons commencé tout petit, et il y a maintenant une vingtaine de personnes qui bossent sur le projet VEJA. On parle peu de réinsertion, mais c’est un très bon moyen de réparer et de relancer des personnes qui ont eu moins de chance dans la vie. ASF fait un boulot exemplaire.

 

RL : « L’Homme est l’avenir de l’Homme » disait Sartre. L’intérêt de votre travail est-il ainsi d’être l’un des précurseurs du changement des mentalités sur la consommation ?

S. Kopp : Oui ce qui nous intéresse c’est de montrer qu’il est possible de travailler différemment, que ça existe. Il est possible de produire différemment, de manière plus écologique, plus juste. Mais nous ne sommes qu’au début du chemin. Et nous avons créé VEJA aussi un peu égoïstement : nous adorons faire ça, avoir la chance de voyager vraiment en travaillant avec des gens complètement différents les uns des autres. Créer, designer, voir les réactions de passion ou de haine sur les produits, travailler avec des photographes, lancer d’autres projets.

 

RL : On a pu vous entendre dire : « Nous voulons faire grandir notre marque, et non la faire grossir »  Quel est donc l’avenir de la marque ?

S. Kopp : Nous ne nous sentons pas très « entrepreneurs ». Notre but n’est pas d’augmenter le chiffre d’affaire par tous les moyens, mais plutôt de grandir solidement. C’est vrai que les VEJA sont très demandées, la marque commence à être connue aux Etats Unis et en Chine. Mais nous avons décidé de grandir patiemment, solidement, pour ne pas devenir fou. L’humanité de VEJA est sa seule force. Nous avons refusé tous les investisseurs qui sont venus à nous. Nous avons refusé toutes les propositions de rachat des grandes marques, parfois pour des sommes astronomiques. VEJA, c’est notre vie, nos principes que nous avons mis en pratique. Et nos vies ne sont pas à vendre.

 

François-Ghislain Morillion et Sébastien Kopp - © Draft
François-Ghislain Morillion et Sébastien Kopp – © Draft

 

Des choix stratégiques assez peu communs et une éthique au service de l’Homme et de l’écologie, plutôt que de l’économie. VEJA, qui signifie « Regarde » en portugais, nous fait ainsi prendre conscience que l’entreprise contemporaine peut tout à fait s’accorder avec le concept de développement durable. VEJA est un humanisme.

 

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