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« Le ciel attendra », lumière sur un mal du siècle

« Le ciel attendra », lumière sur un mal du siècle
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On prend les mêmes et on recommence. Après son succès Les Héritiers en 2013, Marie Castille Mention-Schaar ne change pas sa recette pour son nouveau film : un sujet actuel, l’embrigadement des jeunes filles, les mêmes actrices fascinantes, Noémie Merlant et Naomi Amarger. Et une fois de plus, elle parvient à éclairer les failles d’une société post-moderne, avec émotion.


 

Sonia, 17 ans, a failli commettre l’irréparable pour « garantir » à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Elle tombe amoureuse d’un « prince » sur internet. Elles pourraient s’appeler Anaïs, Manon, Leila ou Clara, et comme elles, croiser un jour la route de l’embrigadement… Pourraient-elles en revenir?

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

C’est l’histoire de deux ados sans histoire, Sonia et Mélanie. La première a failli quitter sa famille pour faire le djihad en Syrie. L’autre se laisse embrigader sur internet par un « prince » qui lui fait promettre de le rejoindre. Face à elles, des parents désemparés et emplis de culpabilité. Des points de vues différents que le spectateur observe à tour de rôle. Cette construction particulière du film, mélange des points du vues et chronologiquement déconstruit, renforce le propos de la réalisatrice : expliquer par un des nombreux aspects, le processus de radicalisation, mal de notre temps, qui à première vue est tout à fait incompréhensible. Des actrices au jeu juste, avec une mention spéciale pour Noémie Merlant qui à chaque scène laisse le spectateur sur le qui-vive. Bref, un sujet glissant qui réussit toutefois son pari : comprendre la radicalisation et ses méthodes d’embrigadement.

 

Loin de l’amalgame

 

Avant d’entamer la réalisation, Marie Castille Mention-Schaar a fait appel à Dounia Bouzar, fondatrice du Centre de Prévention des Dérives Sectaires liées à l’Islam (première organisation du genre en à lutter contre l’embrigadement) que l’on retrouve dans le film jouant son propre rôle. Le choix d’intégrer des scènes de thérapies familiales où Dounia tente d’expliquer aux parents le vrai du faux, de distinguer la conversion de la radicalisation, ajoute une plus-value au scénario. Il permet aux spectateurs de comprendre lui aussi que non, commencer à porter le voile n’est pas symbole de radicalisation mais que oui, d’autres signes généralement liés à la connexion internet, doivent inquiéter les parents. Loin d’être inutiles, ces scènes permettent d’éviter tout amalgame. Personnalité controversée, il n’en reste pas moins que ce film n’aurait pas le même écho sans Dounia Bouzar. Mais plus encore, la scène de prière avec Mélanie et une amie musulmane qui lui rappelle que « Pour Allah, la manière dont tu fais la prière compte moins que ce que tu as dans ton cœur » renforce la volonté du film de distinguer religion et radicalisation.

 

Film ou documentaire ?

 

Si Najat Vallaud-Benkacem définit ce film de « salubrité publique « , il n’en est pas de même pour tous les spécialistes qui reprochent au film de s’écarter de la réalité. L’une des critiques formulées concerne le choix de présenter la radicalisation de mineurs qui sont en fait, minoritaires. Ils ne représentent que 20% des radicalisés, tandis que les hommes majeurs constituent la majorité du phénomène. Mais faut-il rappeler que le film, s’il s’inspire effectivement des processus d’embrigadement, n’a pas l’appellation « documentaire » ? Il choisit de montrer l’une des très multiples facettes du mécanisme, celui des jeunes filles mineures et de mettre en lumière un angle qui n’est pas toujours très bien connu du grand public. De même, certains détracteurs reprochent au film de simplifier le processus de radicalisation : quelques vidéos internet, une faiblesse psychologique et le tour est (presque) joué. C’est ce que pourrait suggérer le film. Et, c’est certain, l’on n’a pas l’envie de partir en Syrie parce que sa grand-mère est morte et que l’on a vu des vidéos sur la théorie du complot. Internet et les réseaux sociaux sont des composantes très importantes dans la radicalisation puisqu’ils alimentent le djihadisme et permettent la formation des réseaux ; néanmoins, ils ne sont pas les uniques variables. Le ciel attendra dépeint en fait un des malaises de la jeunesse d’aujourd’hui. La difficulté de s’identifier, de trouver sa place dans cette société complexe occidentale. Des repères absents que Mélanie et Sonia trouvent dans le djihad. Le film de Marie Castille Mention-Schaer est donc à apprécier avec toute sa sensibilité cinématographique pour saisir l’une des clés de lectures de la radicalisation.

 

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Alizé Boissin

Etudiante bordelaise, aimant partager des cannelés et des idées avec la e-communauté

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