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Le conflit syrien, une périphérie de la Guerre froide ?

Le conflit syrien, une périphérie de la Guerre froide ?
Vincent Therese

« Bombardements », « condamnations », « victimes », et plus récemment, « crimes de guerre»… Il ne se passe désormais pas un jour sans que ces mots occupent une part importante de notre actualité, part qui ne cesse de grandir depuis la naissance du conflit syrien. Ce dernier survient à la suite de manifestations populaires contre le régime de Bachar el-Assad et pour une démocratie, dans le contexte du Printemps arabe en 2011. La rébellion qui s’arme peu à peu est fortement réprimée, marquant le début d’une guerre complexe de part ses enjeux, à laquelle s’ajoute l’intervention de groupes terroristes qui déstabilisent les différents acteurs. Sans oublier les grandes puissances.


 

Quand Moscou et Washington s’en mêlent

 

Il semblerait que le conflit syrien soit devenu le théâtre d’un affrontement périphérique entre Washington et Moscou. Les récentes actualités ne nous contrediront pas, le ton qui monte effectivement entre les deux grands n’est pas sans nous rappeler un air de guerre froide, notamment au travers d’accusations mutuelles de bombardements sur l’armée syrienne ou sur des convois humanitaires.

Le fait est que les intérêts russes et américains sont divergents. Si les deux grands combattent théoriquement ensemble l’Etat islamique par raids aériens dans une coalition internationale, ils adoptent des stratégies différentes quant au traitement du conflit syrien en lui-même.

La Russie, partenaire de la Syrie depuis les années 50 sur les plans économiques et politiques, avait diminué son soutien lors de l’effondrement de l’URSS. Mais l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, désireux de réaffirmer la puissance russe au Moyen-Orient, a permis le regain du dialogue entre les deux pays. Moscou est ainsi un fervent supporter Bachar Al-Assad, et n’hésite pas à remettre au goût du jour des traditions que l’on pensait dépassées, comme l’utilisation de vétos au Conseil de sécurité de l’ONU contre toute condamnation ou action punitive concernant le régime de Damas.

La Russie a également intensifié sa participation dans le conflit syrien à la fin de l’année 2015 avec un engagement actif dans la guerre, qui se traduit par les bombardements des cibles terroristes, même s’il apparaît que la majorité des frappes vise en réalité des groupes rebelles opposés au régime syrien.

Les Etats-Unis, de leur côté, adoptent une politique étrangère controversée, illustrant le refus du président américain Barack Obama, élu pour retirer les troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan, de s’engager au Moyen-Orient. Mais la Maison-Blanche ne peut rester éperdument indifférente aux manœuvres du Kremlin, et c’est par frappes interposées que s’effectue le combat entre les deux Grands.

La guerre en Syrie apparaît comme un prétexte à l’affrontement indirect des Etats-Unis et la Russie, avec pour ambition commune de s’imposer comme la puissance dominante. Les récentes actualités nous en apportent la preuve ; si la Guerre Froide avait semblé prendre fin avec l’effondrement de l’URSS dans les années 1990, elle n’avait en réalité connu qu’un essoufflement relatif, que les ambitions empiriques de Vladimir Poutine et le conflit en Syrie n’ont pas tardé à raviver.

 

L’enlisement international d’un conflit régional

 

La participation de grandes puissances dans le conflit syrien se fait dans un soucis de contenir un conflit dont les débordements, comme l’afflux de migrants en Europe, menacent un équilibre fragile. Une coalition occidentale défend ainsi l’opposition syrienne, se bat contre Daech et souhaite le départ de Bachar Al-Assad dont les actions meurtrières menées à l’encontre de sa propre population sont largement condamnées. La Turquie, qui fait aussi partie de la coalition, partage ces objectifs mais combat également les forces kurdes, apportant un élément de complexité supplémentaire dans le décryptage de la guerre syrienne.

Le fait est que le problème syrien ne semble pas avoir de solution toute trouvée ou de résolution envisageable à court terme malgré les efforts de l’ONU, tant les intérêts des différents acteurs divergent à son propos. L’opposition syrienne pour la démocratie a pris les armes, mais ne parvient pas à se rassembler en un mouvement uniforme contre le régime de Bachar Al-Assad. Faute de soutien de la part du camp occidental, cette opposition est armée par des fonds privés des milieux intégristes des pays du Golfe et dérive ainsi en divers groupes terroristes. Les objectifs de ces groupes s’éloignent fortement d’une lutte contre un régime syrien autoritaire qui rejette tout compromis politique.

A cela s’ajoute un fameux jeu d’alliances, dont celle du régime de Bachar el-Assad et de l’Iran contre les insurgés. Cette alliance s’explique par l’hostilité de Téhéran à l’instauration d’un pouvoir sunnite potentiellement soutenu par les pétro-monarchies du Golfe, notamment l’Arabie Saoudite. A l’inverse, cette dernière et le Qatar soutiennent l’opposition afin d’affaiblir le pouvoir iranien.

La guerre en Syrie nous offre l’occasion d’observer l’entremêlement des enjeux géopolitiques actuels. En plus de donner lieu à l’expression de la rivalité régionale entre sunnites et chiites, elle inclut également l’affrontement indirect de deux puissances à la volonté hégémonique, la Russie et les Etats-Unis. Mais leur lutte commune contre Daesh force une promiscuité artificielle qui cache difficilement l’envenimement des relations entre les deux pays.

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Vincent Therese

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