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Crise des migrants ou crise de l’Europe face aux migrants ?

Crise des migrants ou crise de l’Europe face aux migrants ?
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Pendant que la ville de Béziers se recouvrait d’affiches xénophobes à l’initiative de son maire d’extrême-droite Robert Ménard, le Collège de France organisait son colloque de rentrée sur le thème « Migrations, réfugiés, exil ». L’idée force de cette réunion ? La crise des migrants n’en est pas une, si crise il y a, c’est une crise des sociétés européennes face aux migrants.


 
En effet, le choix des mots est important pour traiter la question des migrations. Christophe Ayad, chef du service international au Monde et animateur du débat l’annonce d’emblée : depuis 2015, nous assistons à « une crise morale et politique de perception en Europe ». Et cette crise dit beaucoup de ce que nous sommes.

 

« Les migrants ne partent jamais de gaieté de cœur »

 

En se rendant dans les zones de conflit au Proche et Moyen-Orient, le journaliste « n’[a] rencontré que des gens qui partaient la peur au ventre, jamais de gaieté de cœur ». Peter Harling, chercheur à l’Ifpo (Institut français du Proche-Orient), et spécialiste des conflits en Irak et en Syrie le confirme : « On ne finit par quitter son domicile qu’en dernier recours : quand un obus traverse le salon ou quand on perd son deuxième enfant. ».

En Afrique sub-saharienne, beaucoup choisissent également de quitter leur pays. Pauvreté généralisée, injustice sociale, conflits pour le pouvoir et l’accès aux ressources, chômage, ravages du sida et problèmes d’accès à l’eau potable, les causes sont multiples.

 

Une incompréhension européenne face à l’arrivée des migrants

 

Les sociétés européennes sont face à une incompréhension de ce phénomène migratoire. Les chiffres sont évocateurs : il y a 21,3 millions de réfugiés dans le monde et 56% de ces réfugiés sont accueillis dans seulement 10 pays. Ces 10 pays ne représentent que 2,6% du PIB mondial.

Les migrations n’ont donc pas un poids très important en Europe, qui accueille seulement 1,5 millions de migrants. Les pays développés sont loin d’être ceux qui accueillent le plus. Dimitri Christopoulos, président de la Fédération internationale pour les droits de l’homme s’insurge : « Un million et demi de réfugiés dans un continent de 500 millions d’habitants, ce n’est pas une crise ! ».

Les pays limitrophes des zones fuies par les migrants sont souvent ceux qui accueillent le plus de migrants contrairement à ce que l’on pourrait croire. C’est le cas du Liban, de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis pour le Proche et Moyen-Orient, mais aussi de la Côte d’Ivoire, du Gabon et de l’Afrique du Sud pour l’Afrique.

Malgré cela, une vision anxiogène sur les migrations se propage dans toute l’Europe. La venue de migrants permet selon Peter Harling de « placer la société face à elle-même ». Ce processus va à l’encontre de nos sociétés figées qui veulent se maintenir à distance avec les autres et « préserver l’existant ». « L’Europe s’est comportée comme si le monde arabe appartenait à une autre partie du globe » regrette-t-il.

 

Les politiques monopolisent le débat

 

« Les élites sont déracinés, les politiques sont de plus en plus populistes, les médias s’agitent », voici le tableau de l’Europe actuelle que dresse Peter Harling. Les valeurs humanistes qui devraient primer sont englouties par le « récit politique déconnecté du fond » que l’on entend partout et qui porte plus que la voix de ceux qui veulent trouver l’asile en Europe.

Selon Ousmane Oumarou Sidibé, professeur à la faculté des sciences juridiques et politiques de Bamako, ce sont les politiques qui font l’opinion. « Ils ramènent les migrants à la figure du clandestin, affirme-t-il, la gauche comme la droite semblent converger sur ce point en France ».

Nous nous retrouvons dans une situation où les migrants et la société doivent bricoler leur relation sans réelle médiation d’un centre organisateur, avec un climat ambiant de peur en toile de fond.

 

Quels sont les vrais impacts des migrations sur l’Europe ?

 

La question sécuritaire fait partie de celles qui agitent le plus les sociétés d’accueil. A la question « Y aurait-il eu des attentats en Europe sans cet important afflux de population ? », Christophe Ayad répond pourtant « Oui » sans hésiter. « L’Allemagne a accueilli beaucoup plus de migrants que la France et n’a pourtant pas connu autant d’attentats» argue-t-il.

Les impacts économiques des migrations sur le pays d’accueil sont très souvent positifs. « La contribution des immigrés à l’économie est supérieure à ce qu’ils reçoivent en termes de prestations sociales ou de dépenses publiques », explique Jean-Christophe Dumont, chef de la division chargée des migrations internationales à l’OCDE. Les migrations n’ont jamais un impact négatif en terme de niveau de salaire et de taux de chômage.

En France, contrairement aux idées reçues, les immigrés ne représentent pas une part conséquente parmi les personnes recevant les allocations sociales. Il y a d’ailleurs seulement 1000 demandeurs d’asile pour 1 million d’habitants selon Eurostat. Les demandeurs d’asile peuvent recevoir une aide de l’Etat à hauteur de 8,40 euros par personne et par jour mais ne reçoivent ni allocation familiale ni RSA (Revenu de solidarité active) contrairement aux réfugiés.

 

Une action insuffisante des Etats européens : le droit d’asile en question

 

Pour comprendre la gestion des migrations par les Etats européens, il faut rappeler la distinction opérée entre refugié et migrant. Tout réfugié est migrant mais tout migrant n’est pas forcément réfugié.

Un migrant se déplace d’un pays vers un autre pour des raisons économiques, climatiques ou politiques. Le réfugié est défini comme une personne craignant avec raison d’être persécutée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité ou de ses opinions politiques et qui se trouve hors du pays dont elle a la nationalité. Cette personne obtient le statut de réfugié quand le pays d’accueil lui accorde l’asile, ce qui donne droit en France à un permis de séjour de dix ans.

Chaque demandeur d’asile doit pouvoir apporter la preuve qu’il est directement et individuellement menacé. Il ne suffit pas de venir d’une zone de guerre pour se voir attribuer automatiquement le statut de réfugié. Toutes les demandes n’aboutissent donc pas : sur 80.000 demandes d’asile en France en 2015, 60.000 ont été refusées.

Certains ne font pas de démarches pour demander l’asile car ils sont seulement en transit et cherchent à atteindre d’autres pays, comme l’Allemagne.

 

Les ONG et la mobilisation citoyenne comme réponses ?

 

Que ce soit sur terre ou sur mer, la réponse citoyenne et celle des ONG est parfois la plus efficace. SOS Méditerranée en est un exemple édifiant. A la suite du retrait de l’opération militaire et humanitaire italienne Mare Nostrum, contrainte d’arrêter son action sous la pression de l’UE et le manque d’aides, l’ONG SOS Méditerranée s’est mobilisée en mer pour le sauvetage des migrants qui tentent la traversée pour rejoindre l’Europe. Cette action civile est née du crowdfunding, preuve que la mobilisation citoyenne peut porter ses fruits et permettre d’agir concrètement.

En Méditerranée, il y avait nécessité à agir : plus de 10.000 personnes y ont trouvé la mort depuis 2014. La volonté de la société civile d’apporter son soutien s’est manifestée par la présence sur l’axe le plus mortel, celui qui relie la Libye à l’Italie, du navire de sauvetage l’Aquarius. Les citoyens se sont mobilisés avec leur compétence propre, explique Fabienne Lassalle, directrice générale adjointe de l’ONG. Le navire a pris la mer en février 2016, assisté par un dispositif de sauvetage mis en place par les autorités italiennes.

La campagne a déjà permis de sauver 7205 personnes qui tentaient de rallier les côtes européennes. Les migrants sauvés atteignent le bateau déshydratés, asphyxiés, et marqués par l’enfer du pays qu’ils essaient de fuir. Au regard de ces situations tragiques, Fabienne Lasalle rappelle qu’aucun dispositif institutionnel n’est accordé au sauvetage : «  Il y a bien une réponse des Etats, mais elle est sécuritaire, des navires proches de la côte italienne interviennent mais sont très loin des zones de détresse ».

Une situation qui illustre la position paradoxale de l’UE, qui, au lieu d’essayer d’améliorer ses conditions d’accueil, cherche à endiguer les flux de migrants en signant par exemple des accords avec la Turquie et en faisant pression sur des pays d’entrée comme la Grèce pour qu’ils contiennent les migrants. Pourtant, avec la mondialisation, ces dynamiques nous concernent tous.

Et si un jour nous avions à chercher refuge de l’autre côté de la Méditerranée, comment voudrions-nous être accueillis ?

 

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Hippolyte Radisson

Étudiant en khâgne, passionné de sport et de photo. Parce que l'actualité se doit d'être claire, je m'emploie à essayer de la décrypter.

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