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Espagne : Pedro Sánchez démissionne, et maintenant?

Espagne : Pedro Sánchez démissionne, et maintenant?
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L’Espagne vient peut-être enfin de trouver une solution à son problème de blocage politique, qui dure depuis plus de neuf mois. La crise interne du Parti Socialiste (PSOE) aura été fatale à son désormais ex-chef Pedro Sánchez, qui a démissionné le 1er octobre. En attendant, l’incertitude règne.


Samedi soir dernier aux alentours de 20h, Pedro Sánchez a annoncé sa décision : il ne sera plus chef du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE). Une décision qui se sera faite attendre, après une semaine riche en rebondissements, qui aura finalement eu raison du Madrilène de 44 ans. Pour autant, cette démission aura-t-elle un réel impact sur la situation politique en Espagne, bouchée depuis plus de neuf mois ? À première vue, sans doute. Néanmoins, quiconque se penche sérieusement sur le dossier se rend compte que la situation est bien plus complexe.

L’Espagne est sans gouvernement depuis le 20 décembre dernier, deux élections n’ayant pas suffi à dégager une majorité absolue. Deux scrutins remportés par Mariano Rajoy (PP, droite conservatrice), qui n’aura pas pu reprendre ses fonctions de Président du Conseil, faute de soutien. Très longtemps, Pedro Sánchez s’est fermement opposé à l’investiture du galicien.

Une démission sans doute inévitable

Durant tout le mois de septembre, il n’a néanmoins pas cessé d’être contesté par des adversaires au sein même du parti ou à l’extérieur, cherchant à le déstabiliser.

Le tournant a sans doute eu lieu le 25 septembre dernier. Des élections régionales très attendues avaient lieu ce jour-là en Galice et au Pays Basque. Le PSOE de Sánchez était engagé dans ces deux scrutins, et espérait sortir renforcé à défaut de pouvoir véritablement lutter pour prendre le contrôle des deux régions. Finalement, le scénario redouté est arrivé : le PP a comme attendu remporté haut la main la présidence de la Galice (un de ses bastions), laissant le PSOE loin derrière. Au Pays Basque, la débâcle socialiste fut encore pire, arrivant seulement en quatrième position derrière le Parti indépendantiste (PNV) et surtout derrière Podemos, son concurrent à gauche.

C’est sans doute ce qui a définitivement convaincu les membres du PSOE de se retourner contre leur chef, qui n’a jamais été en mesure de redorer le blason d’un parti en perte de vitesse depuis sa prise de fonction en 2014. Sans doute exaspérés par la situation de blocage voulue par Sánchez, dix-sept membres (sur trente-cinq) de la commission exécutive du parti ont annoncé leur démission le 28 septembre, dans le but de faire pression. Et puis, le 1er octobre, le Comité Fédéral réuni à Madrid aura fait craquer un Sánchez de moins en moins soutenu. Après une réunion de plus de onze heures sous extrême tension, celui qui vivait ses derniers instants en tant que chef du PSOE a posé un ultimatum au Comité, demandant aux membres de ce dernier s’ils le soutenaient. Le verdict négatif (par 132 voix contre 107) l’a finalement poussé à la démission dans la foulée.

Cette crise sans précédent affecte particulièrement le PSOE, doyen des partis « importants » en Espagne (crée en 1879). Néanmoins, cette place de seconde force ibérique est loin d’être actée pour les années à venir, tant l’émergence de Podemos et de Ciudadanos (centre-droit) lui ont fait perdre du terrain lors des dernières échéances électorales.

Une suite vraiment plus rose ?

Saluée comme une victoire du côté de Mariano Rajoy et du PP, cette démission ne marque cependant pas la fin du blocage. Certes, Pedro Sánchez ne voulait absolument pas « pactiser avec le diable » (comprendre le PP), mais il était nécessaire de faire quelque chose. Fin août, Albert Rivera (Ciudadanos) avait annoncé son rapprochement de Rajoy, mais le cumul des sièges de ces deux partis était insuffisant pour former une majorité absolue (169 sièges sur les 176 requis). Une abstention du PSOE était donc la solution sine qua non pour débloquer la situation. On peut d’ailleurs légitimement penser que c’est la personnalité de Mariano Rajoy et les récents problèmes de corruption qui ont alimenté le parti et son chef qui ont poussé Sánchez à se battre et à ne pas céder.

La situation éclaircie reste relativement complexe. Premièrement, l’andalouse Susana Díaz devrait (selon la presse locale) le remplacer à la tête du parti. Cette femme était l’une des plus ferventes « anti-Sánchez », et a milité pour sa démission. Bien plus modérée que le prédécesseur, Díaz pourrait s’absenter lors d’une investiture de Rajoy et ainsi lui laisser la voie libre pour commencer un nouveau mandat. Souhaitant se représenter pour les primaires, Sánchez n’a que peu de chances de se faire élire, son passage plus que mitigé à la tête du PSOE ne l’aidant pas vraiment.

Un nouveau Comité Fédéral se réunira à Madrid le 8 octobre, et donnera publiquement sa position face à Rajoy. Le mardi 4 octobre, une réunion avait laissé entendre la résignation du parti face au PP, mais rien n’est officiel. On voit tout de même mal comment le PSOE peut une nouvelle fois s’opposer au PP tant sa crise interne est importante, tout en sachant que d’hypothétiques troisièmes élections (que personne ne souhaite voir) ne profiteraient sans doute pas aux socialistes.

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Elio Bono

Étudiant en 1ère année à Sciences Po Paris (campus de Poitiers). Grand amateur de politique française et internationale mais aussi d'économie et de sport

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