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Kery James met des mots sur les maux

Kery James met des mots sur les maux
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Trois ans après la sortie de son album, Dernier MC, le rappeur Kery James revient avec Muhammad Alix, sorti le 30 septembre dernier. Un album coup de poing qui met en exergue l’engagement et la conscience de l’artiste pour lutter contre les maux de la société. Critique.


 

★★★★★ – À écouter absolument

 

Il existe des albums qui frappent, marquent et vous poussent à vous interroger sur les dérives sécuritaires, l’apathie politique ou le racisme latent qui gangrènent la société. Pourtant, plus on y réfléchit, plus on pensait cette perspective révolue. Les fers de lance du rap conscient et résolument politique, comme IAM ou NTM, ne sont plus que des ancêtres, dont l’ombre plane toujours ; et la presse ne s’intéresse au rap que pour mettre en avant les coupes de cheveux de PNL ou l’incompréhensible diction de JUL (pour le dire vite).

Et puis il y a Kery James. La plume acérée. L’expérience du grand frère qui a connu toutes les époques. L’entente parfaite de la colère d’un jeune de cité et de l’apaisement du père de famille.

Muhammad Alix est sombre. La justesse, la précision, le regard lucide de l’artiste sur la société française nous glacent le sang. Comment peut-on rester apathique ? Comment peut-on feindre d’ignorer les casseroles de politiciens qui se représentent et pour lesquels nous devrons voter en mai prochain ? Comment peut-on se laisser pourrir par le contexte, sécuritaire et social, au point d’adopter des réflexes de rejet ?

Kery James ne donne pas vraiment de solution. Assez de discours flamboyants, devenus vains par la langue de bois, le rappeur préfère nous donner toutes les armes pour nous interroger sur ce que nous souhaitons vraiment pour notre France. Responsabiliser des individus à bout qui, comme les jeunes dépeints dans le Nocturama de Bertrand Bonello, pourraient finir par se soulever. Avertir des politiciens, auxquels plus personne ne croit, pour que la violence n’explose pas.

 

 

Dans cet album, composé de seize titres, tous les thèmes qui gangrènent les médias traditionnels sont abordés : la question de l’identité nationale et par extension de l’islam dans le titre éponyme, le premier de ce nouvel opus. Un texte qui met en avant les difficultés d’être musulman en France, et encore plus musulman noir, issu des banlieues et rappeur. Le morceau Racailles s’adresse à la classe politique dans son ensemble et égratigne plus particulièrement Nicolas Sarkozy en retournant sa phrase prononcée lors des émeutes de 2005, alors qu’il était ministre de l’Intérieur et qu’il promettait de nettoyer les cités au karsher.

Des morceaux chocs, marqués par une rhétorique cynique, acerbe et nihiliste, comme dans le morceau Vivre ou mourir ensemble, dans lequel il déclare que « La paix n’est qu’un cessez-le-feu », preuve que l’artiste ne croit plus en la résolution des conflits internationaux du fait du cercle vicieux dans lequel est entré l’humanité.

Et comment parler de cet album sans évoquer Musique nègre, réponse pamphlétaire aux propos virulents du candidat à la présidentielle Henri de Lesquen, qui souhaite interdire le rap, qu’il qualifie de musique nègre. Entouré cette fois des rappeurs Lino et Youssoupha, Kery James brocarde les racistes tels qu’Henri de Lesquen, qui dénigrent la couleur de peau plus encore que la musique, en créant un morceau fédérateur porté par un clip sublime, dans lequel une grande partie du rap français est représenté.

 

 

Avec ce sixième album, Kery James nous offre une partition de haute volée contre l’apathie et le renoncement. Pamphlet qui appelle les instances dirigeantes à s’interroger, le rappeur porte tout le poids des maux de la société à travers des mots choisis, qui montrent une nouvelle fois que « le rappeur noir ne tire pas à blanc ».  

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Simon Wautier

Étudiant en Sciences Politiques à l'Université de Lille 2 et à l'Académie ESJ Lille. Aime l'ironie et Maître Gims.

Comments

  1. Gaël Copin

    Un bon article, peut être un peu court pour évoquer toutes les facettes de ce nouvel acte de l’oeuvre de Kery James. Pouce bleu !

  2. Colin Moissenet

    Très très bon article bravo Gros fan de rap, j’ai pourtant découvert Kery James il y a peu de temps et ton article exprime tout ce que je pense de lui et son album !

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