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Mer de Chine : une poudrière en Asie

Mer de Chine : une poudrière en Asie
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Le 12 juillet 2016, la Cour Permanente d’Arbitrage (CPA) de la Haye déclare que la Chine ne possède pas de droits historiques privilégiés en mer de Chine. Cette mer, est depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sujette à des tensions qui, depuis plus de quinze ans provoque le réarmement de l’Asie. Une situation extrêmement dangereuse pour la paix dans le monde.


 

Une mer disputée par sept états

 

Avant de comprendre le conflit, il faut comprendre le contexte. Selon la convention de Montego Bay (1982), il existe un partage des mers et des océans : les états contrôlent économiquement 370 km de largeur maritime au-delà de leurs côtes, cette zone de contrôle est appelée ZEE. Si un état possède une île, elle peut augmenter sa ZEE de 370 km autour de l’île. Ce qui est très pratique lorsque que cette dernière a une position géographique stratégique.

Cette extension peut créer des problèmes, lorsque deux ZEE se touchent, comme en mer de Chine. Les états doivent alors ratifier un accord bilatéral pour partager la mer. Pourtant, aucun accord de partage n’a été signé entre les sept états côtiers de la mer de Chine : Chine, Taiwan, Viêtnam, Brunei, Malaisie, Philippines et Japon qui se disputent depuis 1945 leurs ZEE dans trois archipels stratégiques : Paracels, Spratleys et Senkaku.

Celui qui possède ces archipels contrôle une grande partie de la mer de Chine. Dans cette zone, il y a quatre enjeux : la pêche, la libre circulation des marchandises, le pétrole et la domination militaire. La situation est tellement tendue, que le moindre petit incident mal géré diplomatiquement, pourrait dégénérer.

 

Sept états, quatre enjeux, trois archipels mais une seule mer

 

Partout dans le monde, les conflits entre pécheurs de différentes nationalités sont monnaie courante. Le poisson est une ressource qui fait fi des frontières. Si en temps normal, les états concernés sont pragmatiques quand il s’agit de régler les conflits, il n’en est rien en mer de Chine. La Chine est devenue premier consommateur de poisson, ils ont besoin de pécher en très grande quantitéLa concurrence fait les que pécheurs peuvent user d’une extrême violence. Dans l’archipel des Paracels, les Vietnamiens estiment qu’entre 2002 et 2014, 2000 pécheurs ont été victimes d’agressions chinoises, comme des abordages violents, destructions de cargaisons, collisions intentionnelles, voir même séquestrations.

Hormis la pêche, la mer de Chine est aussi une très importante zone de trafic maritime. 85% des hydrocarbures dans le monde et la majorité des produits manufacturés passent par la mer de Chine. Celui qui contrôle les allées et venues du secteur, contrôle littéralement l’économie mondiale. Ainsi, on ne peut rien laisser au hasard, et chaque petit kilomètre de territoire maritime grignoté, donne un poids diplomatique et économique énorme.

Le pétrole est une ressource rare et essentielle à la fois. Notre civilisation en est entièrement dépendante. Les états, ou autre puissance politique ne font pas cadeau quand il s’agit de pétrole. L’Asie ne fait pas exception, la Chine est très gourmande en énergie et a besoin plus que tout le monde du pétrole. Le Japon ne possède pas de ressource naturelle sur son sol et doit donc importer en masse. Les autres, comme les Philippines et le Vietnam ne vont pas tarder à manquer de pétrole Ainsi, la moindre goutte de pétrole est disputée en mer de Chine.

Le conflit de la mer de Chine est également un moyen pour les belligérants d’affirmer une position de force en Asie et dans le monde. Depuis les années 2000, la Chine semble vouloir redevenir une puissance militaire et diplomatique majeure en Asie. Cette ambition inquiète sérieusement les puissances voisines qui craignent de plus pouvoir défendre leurs intérêts correctement en cas de retard militaire. Ainsi, cela fait quinze ans que l’Asie se réarme.

 

Réarmement global de la région

 

La Chine d’abord, passe son budget militaire de 43 230 M$ en 2000 à 214 485 M$ en 2015Des milliers d’avions de combat ont été mis en service, plusieurs centaines de navires et deux porte-avions sont mis à flot. Elle perfectionne aussi sa flotte de sous-marins (70 en service) qui est l’une des plus modernes du monde. Inquiété par la Chine, le Japon cherche à changer sa constitution pacifique imposée par les Américains en 1945.

En 2015, le Premier ministre japonais Shinzo Abe fait passer une loi au parlement de Tokyo. Celle-ci permet d’envoyer des militaires japonais combattre à l’étranger, une première depuis la Seconde Guerre mondiale. En dehors de la lutte d’Abe pour changer la constitution, le Japon veut augmenter son budget militaire 2,2 % par an.

Les Philippines et le Viêtnam sont aussi dans cette dynamique et augmentent les dépenses militaires de manière exponentielle. D’après Aude-Emmanuelle Fleurant, directrice du programme armements et dépenses militaires du SIPRI cité par Radio-Canada « le Vietnam a augmenté ses transferts d’armes de presque 600 % sur 5 ans. Ils vont acheter des sous-marins, des navires de surface, des avions de patrouille. Ces équipements pourraient être employés dans un scénario de confrontation avec la Chine ».

Plus loin, l’Australie s’alarme sur le futur de l’Asie du Sud-Est et lance une politique inédite de défense. L’achat, le 26 avril 2016 de douze sous-marins à l’entreprise française DCNS n’est pas passé inaperçu dans notre pays. Le « pivot vers l’Est », un plan diplomatique et militaire lancé par Obama montre que les USA n’ont aucune envie de voir leurs intérêts menacés par la Chine, plus de 60 % de l’US Navy, la marine la plus puissante du monde, se trouve en Asie du Sud-Est. D’autres pays, qui n’ont pas forcément de revendication en mer de Chine, mais qui y possèdent des intérêts ou des alliances comme l’Indonésie, l’Inde, Singapour ou la Corée du Sud observe de très près l’escalade asiatique et se prépare en conséquence.

 

Le retour de la guerre totale ?

 

Avec ces nombreux facteurs, il est légitime de penser qu’un conflit surviendra tôt ou tard en mer de Chine. Les conséquences d’une simple escalade d’un conflit de pécheur faisant intervenir les garde-côtes puis les marines nationales concernées seraient impardonnables. De même, si un dirigeant appel à l’unité nationale contre un rival.

En Chine, Xi Jinping est bien moins contrôlé par son parti que dans le passé. Il affiche clairement une ligne protectionniste nationaliste. Son mépris pour le jugement de la Haye le prouve, il reste néanmoins très populaire auprès du peuple chinois qui adhère à son idéologie. Abe quant à lui multiplie les victoires politiques et pourra bientôt mettre fin à la constitution pacifique du Japon. Aux Etats-Unis, les élections américaines donneront le choix entre un président qui n’a aucune ligne diplomatique sur la mer de Chine et une présidente qui a développé avec Obama « Le pivot de l’est » à l’encontre de la Chine et qui y est donc très impopulaire.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde n’a plus eu à faire avec une guerre totale. Dans un entretien du Figaro avec Renaud Girard, expert en géopolitique, il est dit que « Nous sommes aujourd’hui confrontés à des guerres de basse intensité. La guerre que nous fait l’État islamique est même une guerre de très basse intensité. La moyenne des pertes françaises, pendant la Première Guerre mondiale, est de 1000 morts par jour », « En Asie, l’expansionnisme maritime chinois est extrêmement préoccupant. Il peut déboucher sur une guerre d’un type que nous ne connaissions plus, c’est-à-dire une guerre totale à haute intensité. ».

 

Une paix voulue et forcée, mais difficilement durable

 

Pour l’heure, aucune solution aux différents problèmes de la mer de Chine ne semble convaincre toutes les parties. Il est clair que cette situation ne peut être éternelle et que s’il n’y a pas d’entente, tôt ou tard, un conflit surviendra. Pourtant, l’interdépendance de l’économie actuelle empêche ce conflit d’éclater, la Chine, le Japon et les États-Unis ne peuvent, économiquement, se passer des uns et des autres, ils sont forcés à s’entendre. Contrairement au siècle dernier, la mondialisation est plus puissante que la dissuasion nucléaire pour obliger les états industrialisés à faire la paix.

De plus, la Chine a sûrement moins d’ambition qu’on lui prête, elle a effet une population immensément importante à s’occuper et un territoire immensément grand à exploiter. Le nationalisme chinois ne veut pas forcément dire expansionnisme, elle a simplement envie de retrouver sa grandeur d’antan que les occidentaux et le Japon lui ont arraché ses derniers siècles. Les USA, eux, ne peuvent que céder du terrain, et s’ils sont raisonnables, ils le feront petit à petit en essayant de pas trop perdre la face comme l’a fait Obama en Irak et en Afghanistan. Les autres états d’Asie se retrouveront ainsi sans les Etats-Unis et ne pourront se permettre de s’opposer frontalement à la Chine et essayerons de trouver des issues diplomatiques.

Or, la folie humaine à prouver plus d’une fois qu’elle était imprévisible. Si toutes les parties refusent de céder du terrain, si elles restent entêtées dans une logique nationaliste et de sentiment de supériorité militaire, si la tendance protectionniste mondiale continue sur la même montée, alors le conflit éclatera, peut-être demain, ou dans dix ans. Le XXème siècle a montré que dans un contexte similaire à celui de la mer de Chine, un seul homme peut faire éclater une guerre mondiale. Trouver une issue diplomatique le plus vite possible est vitale pour le monde entier.

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Martin Rabaud

Bordelais de 17 ans, étudiant en première année d'école de commerce. Curieux de l'actualité politique, économique, sociale et internationale.

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