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« Miss Peregrine et les enfants particuliers » : Burton à son meilleur

« Miss Peregrine et les enfants particuliers » : Burton à son meilleur
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Tim Burton de retour dans un monde fantastique peuplé d’étranges créatures, à la fois fascinantes et effrayantes, est-ce que ça vaut le coup ? Critique de Miss Peregrine et les enfants particuliers.


 

A la mort mystérieuse de son grand-père, Jacob découvre l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. En y entrant, il va rencontrer ses résidents et leurs “particularités“ mais aussi leurs dangereux ennemis. Finalement, Jacob va prendre conscience que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

 

★★★★☆ – À ne pas manquer

 

Ce film est magnifique. L’esthétique de Burton plonge le spectateur dans un monde fantastique dont on ressort déboussolé. Le contraste entre présent et passé est très marqué. Le présent, surtout dans la banlieue californienne, est déprimant. La banlieue ennuyeuse, avec ses maisons et ses rues identiques, froides et sans âme, est une vision que l’on retrouve dans plusieurs films de Burton comme Big Eyes. Quand à l’île du Pays de Galles, en 2016, c’est une île brumeuse, boueuse, froide, où les habitants s’ennuient et boivent dans le petit bar-hôtel miteux pour déprimer davantage. Au contraire, en 1943, l’île est lumineuse, ensoleillée, resplendissante, avec une nature luxuriante.

Jacob, en 2016, est un jeune garçon timide, un peu lâche, qui n’ose pas s’imposer. Au début du film, il se fait même humilier par une fille alors qu’il travaille comme vendeur dans un supermarché. En découvrant le monde de Miss Peregrine, Jacob va grandir. L’évolution d’un personnage faible, avec une vie médiocre, en un personnage courageux, fort, qui va se prendre en main à la fin du film – en somme une métaphore du passage de l’enfance à l’âge adulte – est aussi une thématique des films de Burton comme Alice au Pays des Merveilles ou Charlie et la Chocolaterie.

 

Esthétique burtonienne

 

L’esthétique de la maison de Miss Peregrine est très importante. Effrayante, en ruines, poussiéreuse, au milieu d’un marécage brumeux et boueux en 2016, elle devient en 1943 une maison rassurante, lumineuse, en forme de cage à oiseaux – pour faire le parallèle avec l’un des pouvoirs de Miss Peregrine – avec sa verrière et avec des allures de manoir anglais. Le parc avec ses buis taillés en forme de créatures fantastiques donne à la maison une allure de château de contes de fées ; un château protecteur, magique, qui pourra protéger les enfants éternellement.

Burton porte aussi son esthétique sur des personnages qui deviennent des êtres presque fantomatiques. Jacob a le teint pâle, des yeux clairs souvent rougis, il est peu souriant, très fluet, il semble être un enfant fragile. A l’opposé de Jacob, on a son père : fort, bourru, ornithologue, il aime regarder des matchs de football et boire. Il incarne cet américain moyen, banlieusard, pas très intéressant, totalement opposé au monde enchanté de Miss Peregrine, auquel il ne croit pas. Le contraste entre passé et présent et entre personnes dotées de particularités et personnes normales est frappant ici.

Abe, le grand-père de Jacob, racontait à son petit-fils ses aventures temporelles avec Miss Peregrine et les enfants. Si Jacob enfant croyait à ses histoires, il les rejette en grandissant pour s’intégrer à la société américaine concrète. Cependant, on voit bien au début du film qu’il ne s’y sent pas à sa place. Il n’a pas d’amis, il ne s’entend pas bien avec ses parents. Il est beaucoup plus proche de son grand-père tout en le considérant comme un homme sénile, qui raconte des histoires inventées pour ne pas se confronter à la réalité. Avec le grand-père, Tim Burton crée un parallèle intelligent avec la Seconde Guerre mondiale. Le grand-père est Polonais et explique à Jacob qu’il a fui la Pologne pour le Pays de Galles car il était persécuté par des « monstres » pour sa différence. Burton fait donc un parallèle intéressant entre la persécution des juifs par les nazis et la persécution des enfants particuliers par les Sépulcreux. Ce parallèle est relié par la destruction de la maison par une bombe allemande le 3 septembre 1943, jour choisi par Miss Peregrine pour sa boucle temporelle.

 

Trouver son monde

 

Les dons des enfants sont tous exploités dans le film – même si certains sont vraiment plus utiles que d’autres. On peut donc y voir un joli message d’acceptation de soi et de ses différences. Jacob, en acceptant sa particularité, passe de garçon timide et sans envergure à un héros courageux et admirable. Les effets spéciaux participent pour la plupart à l’esthétique du film et à la matérialisation de son univers même si l’on regrettera certains, un peu grossiers. La scène de « renouveau » – lorsque Miss Peregrine récrée la boucle – est néanmoins magnifique et très spectaculaire.

On peut par contre remarquer l’importance de la couleur et de la lumière pour appuyer la vision du réalisateur : dans le présent, les tons gris, marrons et blancs dominent, donnant une impression de froideur dans la société américaine et de moisissure sur l’île. Au contraire, les couleurs vives dominent dans le passé pour accentuer le côté merveilleux et enchanté de l’univers.

L’évolution du personnage d’Asa Butterfield est au centre du film : un adolescent morne, sans personnalité, sans ami, faible, dépressif, incapable de s’intégrer dans une famille et dans une société qui ne lui correspond pas et dont il ne comprend pas les codes mais qui se découvre une nouvelle vie dans l’univers de Miss Peregrine et qui peut enfin s’épanouir et évoluer comme il l’entend avec ses amis dans un monde auquel il appartient.

 

Miss Peregrine et les enfants particuliers est nettement orienté pour les enfants et adolescents, comme le prouvent ses messages positifs sur l’acceptation de soi et des autres, sa fin heureuse et son univers de conte de fées. Mais c’est un film qui transporte, qui ravit, et qui ne déçoit pas. Tant que l’on garde ses yeux d’enfant émerveillé, l’univers de Burton ne peut que nous fasciner.

 


Radio Londres lance son émission cinéma : « Clapclap » ! Pour cette deuxième, nos rédacteurs passent en revue « Miss Peregrine et les enfants particuliers ». Vous pouvez retrouver Clapclap sur YouTube ainsi que sur la page Facebook de Radio Londres.

 

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Khâgneuse spé H/G. Mi-bretonne mi-parisienne. Amatrice de séries et amie des chats. Nez dans les bouquins et yeux sur un écran.

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