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#NiUnaMenos : le cri d’alarme des Argentines contre les féminicides

#NiUnaMenos : le cri d’alarme des Argentines contre les féminicides
Mélissa Pollet-Villard

C’est sous une pluie torrentielle que se sont réunies, mercredi 19 octobre, des milliers de manifestantes à Buenos Aires, pour protester contre les violences faites aux femmes. Si la capitale argentine compte le plus grand rassemblement, le pays tout entier s’est levé en ce Mercredi Noir (#MiércolesNegro), appuyé par de nombreux États sud-américains (Mexique, Pérou, Bolivie, Paraguay, Uruguay, Chile), mais aussi par la France et l’Espagne.


 

L’élément déclencheur de ce mouvement d’une ampleur rarement atteinte en Amérique de Sud est le viol et l’assassinat d’une adolescente de 16 ans, Lucia Perez, à Mar del Plata (quatrième ville du pays). L’acte criminel, décrit comme « inhumain » par Maria Isabel Sanchez, la procureure chargée de l’affaire, a été la goutte de trop dans un pays gangréné par les violences faites aux femmes.

Le pays a déjà connu plusieurs manifestations de ce type, en 2012 et 2015, suite à de nombreux meurtres de femmes, appelés feminicidios en Amérique latine. Les Argentines réclament plus de sécurité dans ce pays encore trop machiste, demandent des statistiques fiables ainsi qu’une amélioration de l’éducation sur la violence de genre. Il n’existe que peu de statistiques officielles permettant d’avancer des chiffres fiables, mais, selon les sources officielles, 226 féminicides ont eu lieu en 2016, 19 pour le seul mois d’octobre 2016. « Une femme meurt sous les coups d’un homme toutes les 31 heures » affirme Gabriel, employé de l’hôpital universitaire et manifestant. Ce chiffre est soutenu par les ONG d’aide aux violences commises à l’encontre des femmes.

De nombreuses associations, menées par #NiUnaMenos, sont ainsi présentes pour rendre justice à l’adolescente tuée, mais aussi pour dénoncer toutes formes de violence dont sont victimes les femmes au quotidien. « Les choses doivent changer depuis longtemps, que ce soit dans l’éducation, mais aussi dans les médias », nous confie Paula, militante féministe. « C’est un travail qui doit être fait de tous, nous sommes tous et toutes concernés. Pour ma part, j’ai grandi avec un père alcoolique qui me battait. Aujourd’hui encore, je dois lutter contre les agressions verbales quotidiennes que je subis. Je suis lesbienne, et j’entends souvent des gens me dire que je suis anormale et que je devrais cacher mon homosexualité. »

 

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© Mélissa Pollet-Villard

Le terme « féminicide » a une connotation bien particulière et n’est pas choisi au hasard, puisqu’il dénonce les meurtres commis à l’encontre des femmes et des transsexuels, lesquels sont considérés par leurs bourreaux de « propriété ». Si la justice argentine reconnaît le féminicide comme étant une circonstance aggravante à l’homicide, ayant pour peine la perpétuité (contre 12 à 25 ans de prison pour un homicide), l’Argentine se bat toujours contre des mœurs encore trop inégalitaires, même si les politiques semblent l’oublier rapidement. La veille de la manifestation, le gouvernement a rendu public un acte supprimant l’Unité fiscale spécialisée dans la violence faite aux femmes (lequel visait à enquêter sur les crimes commis contre les femmes)… C’est dire si la réalité est encore bien loin des espérances égalitaires exigées par le peuple.

L’histoire de Maria, 50 ans, en est un exemple frappant. Sa fille a suivi un homme qui la bat et la maltraite depuis deux ans. L’homme a un passé judiciaire lourd, et de nombreuses plaintes ont été déposées contre lui, en vain. Maria compte venir à toutes les manifestations qui auront lieu, même si elle pense que sa fille périra bientôt sous les coups de son conjoint. Démunie, elle affirme cependant que « pour ma fille, je ne peux plus rien faire, mais je veux lutter pour prévenir et aider les autres mères de ce que ce genre de bourreaux est capable de faire à leurs filles ».

 

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© Mélissa Pollet-Villard

En ce mercredi donc, des milliers de femmes, ainsi que de nombreux hommes venus en soutien, victimes, sœurs, mères, amies, collègues, ont défilé à l’unisson dans un cortège de plus de 50 000 personnes, selon les autorités. Toutes vêtues de noir, les Argentines ont d’abord cessé de travailler entre 13h et 14h. Cette grève générale, un première dans le pays, a été dictée par un slogan tranchant : « #NosotrasParamos por primera vez en la historia de Latinoamérica. Si nuestras vidas no valen, produzcan sin nosotras » (Nous faisons la grève pour la première fois dans l’histoire de l’Amérique Latine. Si nos vies ne valent rien, travaillez sans nous).

Cette manifestation a eu un écho international, et des milliers de femmes ont répondu à l’appel dans le monde entier, notamment à travers les réseaux sociaux, pour crier à l’unisson : « Ni Una Menos » (Plus Une de Moins).

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Mélissa Pollet-Villard

Journaliste freelance, photographe amatrice et globe-trotteuse basée à Buenos Aires, Argentine

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