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L’université de Lille s’engage pour les migrants de Calais

L’université de Lille s’engage pour les migrants de Calais
Charlotte Boniteau

L’Université de Lille III a fait le choix d’accueillir 80 migrants en provenance de la « Jungle de Calais ». Accueillis mardi dernier sur le campus, les nouveaux arrivants s’habituent à leur nouvel environnement. Reportage.


 

À l’heure du goûter, mercredi 19 octobre, effervescence dans une salle de l’Université de Lille 3. 

Quatre-vingt migrants, dont une fille seulement, arrivés la veille en provenance de la « jungle de Calais », s’acclimatent à l’ambiance étudiante d’un campus universitaire français : celui de Villeneuve d’Ascq. Ils sont là, discutent, échangent, rient. La Présidente du Bureau de la Vie Étudiante, demande en anglais quelques instants de silence. Le brouhaha bon enfant cesse. Tout le monde se tait, chacun écoute, attentif. Elle souhaite à ces nouveaux arrivants la bienvenue, en présence de bénévoles, étudiants et professeurs. Pas d’élus, d’officiels ou de personnels administratifs.

Cet accueil se veut convivial autour d’un buffet composé de viennoiseries, jus de fruits et bonne humeur. L’ambiance est à la détente et au repos de l’esprit. Le temps d’un sourire échangé, d’un regard amical, d’un « check » complice. Les conversations reprennent alors bon train, par petits groupes. En guise de cadeau, des kits de bienvenue sont alors offerts à ces nouveaux arrivants emplis de gratitude. Malgré les épreuves encore récentes endurées durant tant de mois pour les uns et d’années pour les autres, la joie et l’enthousiasme redonnent à ces visages l’espérance d’une vie dorénavant apaisée. Le temps semble s’être arrêté, chacun voulant profiter de chaque instant.

Simplement, être ensemble. Ici et aujourd’hui. Ici et maintenant. Il se fait tard sur cette journée déjà marquée d’une pierre blanche ; il est l’heure pour ces nouveaux étudiants de saluer leurs nouveaux amis, et de rentrer « chez eux », dans la résidence universitaire Evariste Galois de la Cité Scientifique Lille 1.

 

80 jeunes gens sur 6000 migrants

 

80 jeunes gens sur 6 000 migrants, soit 2% d’une population meurtrie, parfois anéantie par tant de drames. Vider la « lande de Calais » comme on vide une poubelle. Ne pourrait-on pas proposer un peu plus d’humanité à cette marée humaine qui ne demande qu’à s’intégrer pour espérer un avenir meilleur ? Certes, des centres d’accueil ont été aménagés pour leur assurer toit et couvert en ce début d’automne plus que frisquet et en prévision d’un hiver rigoureux.

Mais peut-on réduire le mot « accueillir » à une seule logistique décidée au plus haut niveau de l’État et de l’Europe ? Depuis la nuit des Temps, les peuples migrants ont réussi leur intégration grâce à deux conditions sine qua non : parler la langue du pays d’accueil et y travailler. A-t-on oublié comment Polonais, Italiens, Portugais, Espagnols, Roumains et tant d’autres populations se sont installées en France et ont nourri des ambitions fortes pour leurs enfants ?

Étudier pour pouvoir travailler est leur souhait le plus fort. Alors pourquoi ne pas les intégrer au sein de nos universités ? Tel fut le point de départ d’une réflexion menée par Giorgio Passerone, enseignant chercheur à l’Université des Sciences Humaines et à l’origine de l’initiative.

« La crise migratoire européenne devrait être gérée à petite échelle, de manière concrète. »

Le but de ce professeur d’origine italienne est d’entreprendre et de réussir une action concrète pour sauver de l’horreur le plus grand nombre d’exilés. Ils ont fui leur pays, ils ont été déracinés, leur exode doit s’arrêter en France. Maintenant. Et dans la dignité. Giorgio Passerone veut montrer l’exemple. Réussir un projet à petite échelle comme un exemple à dupliquer sur tout le territoire français. D’ailleurs, la France ne se définit-elle pas elle-même Terre d’accueil et Terre d’asile ?

 

L’aide indispensable des bénévoles

 

Entourés de volontaires depuis mars dernier, Giorgio Passerone et Anne Gorouben, active dans la jungle depuis décembre 2015, motivent alors grand nombre d’acteurs qui contribueront in fine à l’aboutissement de cette idée simple mais délicate, tant les a priori de la population locale peuvent être grands. Les résistances au changement, les peurs de perdre ses zones de confort, les croyances entretenues par certains partis politiques et relayées par certains médias mettent en péril à chaque instant l’aboutissement de ce projet.

Babak, jeune iranien de vingt-cinq ans, accuse en partie les médias qui depuis trois ans alimentent une image négative des migrants. Il aimerait que le rejet qu’ils suscitent dans notre société se transforme en adhésion. Il espère que ce type d’initiatives se multipliera dans le pays et permettront même de faire évoluer les consciences et de changer les mentalités. Et il insiste :

« À Calais, la demande est très forte : une multitude de jeunes gens motivés et bourrés de qualités aimeraient avoir cette chance d’étudier en France.  »

Deux associations calaisiennes, L’auberge des migrants et L’école laïque du chemin des dunes, reconnues à Calais, ont activement œuvré dans ce projet. Elles ont notamment servi de lien entre « la lande de Calais » et l’Université Villeneuve d’Ascq et ont participé à la sélection des candidats. Aux côtés de Lille 3 s’engagent alors le CROUS, L’Adoma et la Préfecture.

 

Riaz Ahmad : le long chemin vers l’intégration

 

Riaz, par Anne Gorouben

Riaz par Anne Gorouben, Calais juillet 2016

Riaz Ahmad est pakistanais. Il y a cinq ans, il abandonne sa terre natale, quitte les siens, traverse maintes galères. Après des années entre la Belgique, l’Italie et Calais, il se pose enfin à Lille, comme pour renaître à la vie. Il veut construire, vivre. Ne plus avoir à survivre au jour le jour, sans savoir de quoi le lendemain sera fait. Il fait partie des 80 chanceux qui vont pouvoir étudier et entreprendre le dur chemin de l’intégration. Il a soif de savoir et est ému d’intégrer une université française. S’imprégner de la culture du pays, rien de mieux qu’une université de sciences humaines pour cela.

« Je voudrais aussi partager ma culture avec les Français  »

Car les échanges ne sont pas à sens unique. Accueillir des exilés c’est aussi partager. Ils arrivent d’horizons lointains ; chacun porte en lui une histoire, une culture, des racines et des souffrances : c’est une richesse pour les universités que de recevoir de tels hôtes. À leur contact et à travers leurs exils et leurs récits, les étudiants français vont s’enrichir. Ils auront assurément une meilleure compréhension d’une géopolitique qui semble avoir perdu la raison sur bien des continents.

Riaz est conscient de sa chance : « Il fallait avoir le bac et écrire une lettre de motivation en Français ». Sur deux cents dossiers examinés, quatre vingt ont été retenus.

Apprendre la langue française semble être chose aisée pour ces jeunes déjà bien instruits mais totalement déboussolés. L’apprentissage de la langue est la priorité de Baback, journaliste, écrivain et scénariste. Exilé politique, il a quitté l’Iran, l’oppression et la censure : « Je veux pouvoir écrire en français et continuer mon métier ». Un an d’apprentissage du français intensif puis l’orientation vers une licence correspondant à un projet personnel et professionnel est l’essence de ce programme.

Que de démarches entreprises, que de négociations menées, que de travail acharné, que d’énergie investie par tous pour que l’arrivée des migrants devienne enfin réalité ! Et toute cette solidarité coopérative, cette vaste collaboration et tout ce travail commun sont peu de chose en comparaison de ces 80 sourires, de ces 80 regards, de ces 160 mains tournées vers un futur heureux.

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Charlotte Boniteau

Troisième année à l’Académie ESJ Lille 1/4 sudiste - 1/4 lilloise - 1/4 bolognaise- 1/4 healthly 

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