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« Alliés » est une indigeste fresque romanesque

« Alliés » est une indigeste fresque romanesque
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Le 23 novembre dernier sortait sur nos écrans Alliés, de Robert Zemeckis. Un film qui n’a de cinq étoiles que le casting. Critique.


 

Casablanca 1942.  Au service du contre-espionnage allié, l’agent Max Vatan rencontre la résistante française Marianne Beauséjour lors d’une mission à haut risque. C’est le début d’une relation passionnée. Ils se marient et entament une nouvelle vie à Londres. Quelques mois plus tard, Max est informé par les services secrets britanniques que Marianne pourrait être une espionne allemande. Il a 72 heures pour découvrir la vérité sur celle qu’il aime.

 

★★☆☆☆ – À éviter

 

Avant de parler du film, il faut percer un mystère : qui est Robert Zemeckis ? La réponse passe avant tout par un découpage dans le temps. Il est en effet aisé de parvenir à distinguer les grandes étapes qui ont jalonné la carrière du réalisateur américain : les années 1980 et la trilogie Retour vers le futur l’ont consacré comme un « entertainer », au même titre que Georges Lucas ou Steven Spielberg ; les années 1990 l’ont vu naviguer entre différents genres, de la comédie mélodramatique épique (Forrest Gump) au récit de science-fiction (Contact) et les années 2000 furent marquées par une multitude d’expérimentations visuelles, avec notamment le film Le Pôle Express, tourné en performance capture et en Digital 3D.

Les années 2010 ? Elles ne peuvent nous convaincre, malgré un retour au sources évident. Flight, sorti en 2012, était plus un pensum moralisateur sur l’alcoolisme et la rédemption qu’un véritable film sur l’héroïsme défaillant et The Walk, sorti quant à lui en 2015, se voyait perverti par de nombreuses longueurs et un Joseph Gordon-Levitt à l’accent français infernal.

Alors quid d’Alliés ? Véritable chef d’œuvre digne des nineties du réalisateur ou nouveau film imparfait made in 2010 ? Malheureusement, la seconde affirmation semble une nouvelle la plus adéquate.

 

Copyright 2016 Paramount Pictures / Daniel Smith

Copyright 2016 Paramount Pictures / Daniel Smith

 

Pourtant, le nouveau film de Robert Zemeckis s’ouvre de manière très élégante. A un premier plan assez virtuose nous présentant Brad Pitt qui tombe du ciel en parachute et atterrit au milieu de désert, succède un autre plan magnifiquement composé, qui montre l’acteur attendant pendant de longues secondes une voiture qui s’avance à l’horizon dans un nuage de sable.

Et puis ? Plus rien ou presque. Si la patte de Robert Zemeckis est là, dans cette manière de filmer les petits détails – un stylo, un téléphone, un simple verre – ou encore dans ce plan virtuose et virevoltant, qui nous livre toute la bestialité du couple Pitt-Cotillard en plein désert marocain, elle s’arrête là. Là où le minimalisme et la retenue subliment le film, la grandiloquence du réalisateur – qui n’hésite pas à crasher un avion allemand dans le jardin du couple – annihile cette tension qui devient peu à peu vaine. Les interrogations sur la traîtrise de Marion Cotillard sont perverties à de multiples reprises et les tourments de Brad Pitt deviennent secondaires, tant les maladresses sont nombreuses et choquent.

Si l’on a envie d’être happé par cette histoire d’amour et par ce questionnement permanent, il nous est finalement impossible d’y arriver, tant le couple est inégal, voire bancal. Marion Cotillard ne cesse de se morfondre dans un surjeu permanent et devient aussi crédible lorsqu’elle accouche sous les bombes allemandes que lorsqu’elle meurt dans The Dark Night Rises. Brad Pitt, de son côté, est complètement déconnecté, à la limite de l’absence. Visiblement peu à l’aise dans ce trip héroïco-sentimental, l’acteur se retrouve comme dénué de charisme et n’impose aucunement sa force à l’écran.

 

Alliés était un film prometteur et possédait tous les atouts pour que Robert Zemeckis renoue avec ses succès passés. Néanmoins, le casting de premier choix s’embourbe dans une parodie de film d’espionnage romantique ; et le climax du film devient finalement la plus belle représentation de cet échec : assise devant un piano, Marion Cotillard s’effondre et fond en larmes. La grandiloquence cherche à nous émouvoir par son réalisme, alors que tout n’a jamais semblé aussi faux.

 

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Simon Wautier

Étudiant en Sciences Politiques à l'Université de Lille 2 et à l'Académie ESJ Lille. Aime l'ironie et Maître Gims.

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