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Andy Murray, le benjamin de la fratrie royale enfin couronné

Andy Murray, le benjamin de la fratrie royale enfin couronné

Ceux qui l’ont précédé s’appellent Roger Federer, Rafael Nadal ou Novak Djokovic pour les plus récents. Aujourd’hui, c’est son tour. Ce lundi, Andy Murray est devenu le vingt-sixième joueur de l’histoire à atteindre les sommets du tennis moderne. Un trône en forme de consécration pour celui dont l’attente aura été longue, sinon interminable. Radio Londres retrace pour vous l’ascension du nouveau patron du circuit ATP.


 

Samedi 5 novembre, aux alentours de 15h15. Dans les vestiaires de l’AccorHôtels Arena, à Paris, Milos Raonic annonce son forfait à Andy Murray. Touché au quadriceps, le Canadien renonce à disputer leur demi-finale initialement programmée dans la foulée. Un échange courtois et quelques mots anodins pour une décision lourde de conséquences : propulsé en finale du BNP Paribas Masters (qu’il remportera le lendemain), « Muzz » est officiellement le nouveau numéro un mondial de la petite balle jaune. On vous présente un personnage double-face à la réputation capricieuse : écossais et britannique, râleur et protecteur, mal-aimé du public mais respecté par ses pairs.

 

 

De Dunblane à Barcelone, une jeunesse atypique

 

Pour comprendre l’origine de ce mental de champion et de cette détermination qui animent Andy Murray, c’est dans son enfance qu’il faut chercher. Né le 15 mai 1987 à Glasgow, Andy Murray a grandi dans la petite bourgade de Dunblane, au sud des Highlands, à laquelle il reste profondément attaché. Rien ne prédestinait le cadet de la fratrie Murray à devenir tennisman professionnel. Déjà parce que l’Écosse n’avait jamais produit de joueur de premier plan, puis que « personne ne jouait sérieusement au tennis » dans cette ville, comme il aime à le rappeler. Et comme il l’a déclaré après sa récente victoire à Bercy, « je pense que sans notre mère, mon frère et moi ne serions pas devenus joueurs professionnels ». C’est en effet Judy, alors coach bénévole pour le club de Dunblane, qui initia le petit Andy au tennis à l’âge de 5 ans. Cette femme de caractère conserve une place fondamentale dans la carrière de l’Ecossais : omniprésente au bord du court et sur les réseaux sociaux, cette mère poule fait presque office de manager.

 

http://i4.mirror.co.uk/incoming/article2039135.ece/ALTERNATES/s1200/Andrew-Murray.jpg

 

Alors qu’il avait 8 ans, un tragique événement marqua la vie d’Andy Murray d’une encre indélébile : l’ex-chef scout Thomas Hamilton entra dans l’école de Dunblane et tua 16 enfants et leur professeur dans le gymnase, avant de se suicider. Les frères Murray, qui se rendaient au gymnase à ce moment-là, furent lourdement traumatisés. Andy a longtemps refusé d’évoquer ce douloureux souvenir, affirmant qu’il était trop jeune pour comprendre ce qu’il s’était réellement passé à l’époque. Puis il s’ouvrit pour la première fois en 2008, dans son autobiographie Hitting Back. Il écrit : « Ce qui est incroyable, c’est que ce meurtrier était notre chef aux Boys Club. Il montait souvent dans la voiture, à côté de ma mère ». Lorsqu’il en parle, l’Écossais, si froid et insensible sur le court, ne peut s’empêcher de fondre en larmes. Cet épisode a forgé son tempérament de battant.

 

Jamie, de quinze mois son cadet, fut un grand espoir du tennis mondial dans sa jeunesse. Finaliste de l’Orange Bowl à onze ans, n°2 mondial dans sa catégorie d’âge l’année suivante, il poussa Andy à se surpasser pour atteindre son niveau. Ce formidable esprit de compétition qui le caractérise aujourd’hui vient de là. Comme le dit Judy, sa mère, « Andy cherchait toujours à puiser dans ce que son grand frère a fait avant lui ». Grâce à cette détermination, il remporta l’Orange Bowl à douze ans, en 1999, puis fut finaliste des Petits As en 2001, deux tournois de référence chez les jeunes. Jamie s’est par la suite orienté vers le double, où il est 4e mondial. Son frère est aujourd’hui n°1 en simple. Pour en arriver là, Andy a dû quitter sa terre natale, où les infrastructures étaient insuffisantes, pour l’académie Sanchez-Casal de Barcelone. À quinze ans, il arrête les cours et décide de prendre sa carrière en main. Sa capacité d’adaptation rapide à cette situation inédite étonne. Il y reste deux ans, 4h30 par jour, face à des adversaires plus âgés et expérimentés que lui. Le petit Andy apprend vite. La preuve : il remporte l’US Open junior en 2004 et devient professionnel dès l’année suivante, à dix-huit ans.

 

 

Le quatrième membre du Big Four ou « le plus petit des géants »

 

L’histoire d’Andy Murray est avant tout liée à celle du Big Four, ce quatuor de légende qui voit Federer, Nadal et Djokovic associés à l’Écossais. Ou plutôt, le contraire. Car de ces champions de légende au palmarès incommensurable, « Muzz » a toujours été un peu en retrait. Le terme de « benjamin » évoqué dans le titre de l’article renvoie d’ailleurs à cette idée de « petit frère » qui lui colle immuablement à la peau. Parce que si dans les faits, Murray n’est pas tout à fait le plus jeune (Djokovic est né sept jours après lui), sur le terrain, le rapport de force est tout autre, au point de voir le Britannique fondre dans l’ombre de ses illustres aînés. Le microcosme familial en est un douloureux symbole : dans cette situation, il est bien difficile de se faire une place dans la lumière. Et jusqu’à aujourd’hui, la carrière du natif de Glasgow pouvait légitimement se résumer à cette seule expression : « le plus petit des géants ».

 

Il fut une époque où Murray aurait largement dominé son sport. Mais cette époque-ci est unique dans l’histoire du tennis, et le palmarès de l’Écossais est en grande partie conditionné par le reste de la famille, de l’Espagnol au Suisse en passant par le Serbe. Depuis Roland-Garros 2016 et la victoire de Djokovic, les trois compères ont remporté chacun des quatre tournois du Grand Chelem, n’en laissant que 2 à Murray : Wimbledon (par deux fois), et l’US Open. Autant dire que l’émancipation du Britannique a pris du temps. Le déclic a un nom : il s’appelle Lendl. C’est lui qui prend Murray en main au début de l’année 2012, alors qu’à 24 ans, ce dernier n’avait toujours pas accroché le moindre Grand Chelem à son palmarès, malgré trois finales. L’ancienne gloire tchéco-américaine du tennis transforme littéralement son poulain. À Wimbledon, quelques mois plus tard, il atteint sa quatrième finale en Grand Chelem qu’il perdra là encore, face à Roger Federer. Sur le podium, des larmes, et un message de Federer à sa victime : « Je te souhaite de gagner au moins un Grand Chelem, c’est ce que j’espère pour toi ». Salves d’applaudissements et hochement de tête approbateur de la part de l’intéressé ; il ne croyait pas si bien dire. Un mois plus tard à peine, les deux hommes se retrouvent sur le même court en finale des JO de Londres. Murray met le King KO et plie le match en trois sets, sur le score sans appel de 6-2, 6-1, 6-4. Changement de dimension, et naissance d’un paradoxe atypique chez l’Écossais, champion olympique sans jamais avoir remporté de Grand Chelem. Il ne mettra pas longtemps pour corriger cette bévue : dans la foulée de son titre olympique, il s’impose à l’US Open en cinq sets face à Novak Djokovic (7-6 [10], 7-5, 2-6, 3-6, 6-2) et devient le premier britannique à remporter un Grand Chelem depuis 1936.

 

La suite, on la connaît. Il décroche chez lui son premier Wimbledon l’année suivante, là encore face à Novak Djokovic, après un dernier jeu qu’il qualifiera de « plus difficile de [s]a carrière ». Et ensuite ? Trois ans sans le moindre titre majeur, entre Wimbledon 2013 et Wimbledon 2016. Murray, c’est aussi 5 finales perdues à l’Open d’Australie, dont 4 uniquement face à Novak Djokovic. De l’US Open 2008 (sa première finale en Grand Chelem) à Roland-Garros 2016 (finale perdue là encore face à Novak Djokovic), le Britannique affiche un ratio de 3/11 en finale des tournois majeurs. Trois défaites face au Suisse, cinq face au Serbe. En comparaison, Wawrinka, c’est du 3/3. Une autre manière d’envisager les rapports fratricides qu’entretiennent les princes des courts au royaume de la balle jaune, et dont Murray a régulièrement fait les frais au cours de sa carrière. 

 

https://www.youtube.com/watch?v=pQQrifqFycc&app=desktop

 

 

Une consécration aussi méritée qu’inattendue

 

Au lendemain de Roland-Garros, Andy Murray comptait un peu plus de 8 000 points de retard au classement sur Novak Djokovic, qui avait jusque-là survolé la saison. Un gouffre. Et connaissant la régularité du n°1 mondial, l’avance semblait irrattrapable. Et pourtant… le Serbe ne va plus remporter qu’un seul tournoi de l’année (Toronto, en juillet), affichant un manque de motivation et des problèmes personnels. L’Écossais en profite pour remporter Wimbledon, son troisième tournoi du Grand Chelem, et finir la saison invaincu sur gazon (12 victoires). Porte-drapeau de la délégation britannique aux JO de Rio, il conserve son titre olympique, une première dans l’histoire, en battant Juan Martin del Potro en finale au prix d’un rude combat, en témoigne l’émotion du lauréat après la balle de match et l’accolade entre les deux champions.

 

https://www.youtube.com/watch?v=8L2WFSExY6Q

 

Seul accroc ? Sa sortie de route prématurée à l’US Open face à Kei Nishikori. C’est dire l’exploit réalisé par Murray : même en perdant en quarts de finale d’un Grand Chelem, il a réussi en l’espace de cinq mois et demi à rattraper son retard et devenir le vingt-sixième n°1 mondial de l’histoire. Cette contre-performance reste sa dernière en date. Après un break de quasiment un mois, il remporte coup sur coup les ATP 500 de Pékin et de Vienne, et les Masters 1000 de Shanghai et de Paris-Bercy. Dans la deuxième moitié de saison, Andy Murray, c’est donc 45 victoires pour seulement trois défaites, sept titres (alors qu’il n’en avait glané qu’un en première partie de saison) et une confiance retrouvée. Une réussite qui trouve son origine dans son entourage qui a connu quelques changements cette année. En février dernier, il met au monde son premier enfant avec Kim Sears, sa femme, qui lui « a permis de canaliser ses émotions » selon ses dires. Puis il fait appel à Jamie Delgado, ami de longue date, pour l’accompagner au quotidien. Les deux hommes ont noué une relation très solide qui a énormément aidé le nouveau patron du circuit dans son ascension. En juin dernier (tiens tiens…), c’est Ivan Lendl qui réintègre son staff. Celui qui connaît la recette pour arriver au sommet de la hiérarchie lui a beaucoup apporté d’un point de vue psychologique.

 

Si on rajoute à la liste sa mère Judy et son frère Jamie, l’entourage d’Andy Murray a eu un rôle fondamental dans son couronnement. Le nouveau roi de la planète tennis a d’ailleurs tardé à prendre le pouvoir : déjà n°2 mondial pendant quatre semaines en 2009, puis pendant trois mois en 2013, il a attendu ses 29 ans pour atteindre le Graal. Cela fait de lui le deuxième joueur le plus âgé de l’histoire après John Newcombe à accéder pour la première fois à la place de n°1. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Parce que l’Écossais a eu la malchance (ou la chance ?) de tomber sur trois des plus grands joueurs de l’histoire du tennis au cours de sa carrière. Cela faisait 12 ans (depuis 2004) que ces trois seigneurs se partageaient le trône du tennis mondial. Au cours des 12 années précédentes (de 1991 à 2003), le n°1 mondial avait changé quatorze fois de nom… c’est dire à quel point cette génération est exceptionnelle.

 

 

Il convient néanmoins de relativiser la performance d’Andy Murray tant la concurrence a semblé dérisoire ces six derniers mois. Federer absent, Nadal fantômatique et un Djoko soûlé par la victoire, à la recherche d’une nouvelle motivation, sont aussi les facteurs de l’avènement de « Muzz ». Surgit alors une question légitime : le Britannique est-il un patron par défaut ? Sa forme actuelle plaide sa cause mais c’est véritablement l’année prochaine que sa capacité à subsister au sommet de la hiérarchie mondiale sera évaluée. Dans cette optique, l’Open d’Australie fera figure de premier test pour celui qui espère conjurer le sort dans un tournoi où il a si souvent échoué à la dernière marche. À 29 ans désormais, il n’en a jamais été aussi proche…

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Alexandre Ravasi et Clément Zagnoni

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