Image Image Image Image Image Image Image Image Image Image
Scroll to top

Top

No Comments

Charlotte, Caroline du Nord : la photo qui a marqué les émeutes

Charlotte, Caroline du Nord : la photo qui a marqué les émeutes
mm

C’était à Charlotte, en Caroline du Nord. En septembre dernier, Keith Lamont Scott, un Afro-Américain, était abattu par la police. Quelques heures plus tard, de violentes émeutes éclataient dans la plus grande ville de l’état. Cette nuit là, le journaliste Adam Rhew était présent. Il a pris un cliché qui, en quelques heures, est apparu comme l’un des symboles de la protestation. Voici l’histoire de cette photo devenue virale. 


 

 

Comment avez-vous pris cette photo ? Racontez-nous son histoire. 

 J’ai pris les photos la première nuit des protestations, quelques heures après que la police ait tiré sur Keith Scott. J’ai entendu que les gens manifestaient et que la situation risquait de dégénérer et ai donc décidé d’aller sur place. Je suis journaliste pour un magazine local, et plusieurs de mes collègues étaient déjà sur place quand je suis arrivé. J’y avais passé déjà près d’une heure quand la police a commencé à tirer des gaz lacrymogènes pour la première fois. C’est à ce moment là que j’ai pris l’image des policiers devant le bus « Hors Service ». Je n’ai pas réalisé à quel point la photo était puissante sur le moment ; il a d’abord fallu que je la poste sur twitter…et qu’elle devienne virale en quelques heures pour que je comprenne la puissance de ce cliché. 

 

Quelle a été la réaction des habitants de Charlotte N.C. ? Des policiers photographiés ? 

La réaction des habitants de Charlotte était intéressante. J’ai posté la photo tard dans la nuit, donc la majorité des gens ne l’ont vue que le lendemain matin, dans leurs journaux, en illustration des évènements violents de la nuit. Quand mes concitoyens l’ont enfin aperçue, elle était déjà diffusée dans presque tous les médias. Je pense que les gens ont compris instantanément qu’il s’agissait d’un moment très important. 

 

Voyez-vous une symbolique dans ce cliché ? Qu’exprime-t-il ? 

Les manifestants et la police- ont interprété la photo à leur façon, ce qui était déjà fascinant en soi. Les premiers ont pensé qu’il s’agissait du symbole d’une police ne se mettant pas au service de leurs communautés. La police a pensé qu’il s’agissait au contraire d’un hommage à son travail. Personnellement, je n’ai pas vraiment d’opinion -mon travail n’est pas d’éditorialiser. Mais je pense qu’elle capture l’intensité de ce moment, avec ces policiers vêtus de leurs équipements anti-émeutes, tirant des gaz lacrymogènes alors qu’ils marchent dans la rue. Il faut bien réaliser que  l’atmosphère était vraiment tendue, vraiment inhabituelle pour notre ville. Les gens leur balançaient des pierres et des bouteilles de verre. C’était terrifiant, et je crois que cette photo capture parfaitement l’intensité du moment. 

 

Edward Crawford retourne un gaz lacrymogène lancé par la police lors des émeutes de Ferguson dans la nuit du 13 août 2014. Photo par Robert Cohen.

Edward Crawford retourne un gaz lacrymogène lancé par la police lors des émeutes de Ferguson dans la nuit du 13 août 2014. Photo par Robert Cohen.

 

« Elle capture l’intensité du moment ».. Un moment de tension, de protestation, comme avait pu l’être la photo du prix Pulitzer 2015, capturée lors des émeutes de Ferguson. Que pensez-vous de cette comparaison ? 

Quelques personnes ont répondu à ce cliché en le comparant à des photos des révoltes de Ferguson (ces émeutes qui avaient éclatées dans la ville de Ferguson, dans le Missouri, en 2014 après la mort du jeune Michaël Brown, ndlr). C’est une chose à laquelle je n’ai vraiment pensé que bien plus tard. Les deux photos illustrent surtout à quel point l’Amérique est fracturée, surtout sur les questions de race, d’égalité et d’identité. Dans chacune d’entre elles, il y a intensité, peur et angoisse. Bien sûr, je suis un journaliste, donc c’est très flatteur de voir mes photos comparées à celles d’un Prix Pullitzer. Mais si ma photo est bonne, elle est loin de l’être autant que celles des autres photographes, autant à Ferguson qu’à Charlotte. 

 

Comment est-ce que la ville se remet des récents évènements ? 

Nous sommes une ville différente. La mort de Lamont Scott et les manifestations qui l’ont suivi ont révélé des problèmes profonds qui ont été ignorés pendant de nombreuses années, et qui doivent être adressés. Ici, il est très difficile pour les gens de sortir de la pauvreté. Il faut que ça change. Nos école sont isolées par la race et les différents statuts socioéconomiques. Nous devons remédier à cette situation et  il y a encore plus d’urgence à faire ces choses qu’auparavant. Mais après les récentes évènements, ça va être dur pour beaucoup de gens de « revenir à la normale ». Notre ville est très jeune, toujours en train de grandir et d’essayer de trouver son identité…et ils constitueront une part de son ADN pendant longtemps. 

 

Serait-il possible que des protestations éclatent à nouveau ? Il y-a-t-il eu des conséquences visibles aux émeutes ?

Evidemment, tout pourrait se reproduire. Mais désormais, plus de gens sont déterminés à ce que les manifestations se déroulent sans violence. Il est trop tôt pour savoir les conséquences des protestations, mais je veux croire qu’elles ont révélées les problèmes de notre société. Mais le vrai test viendra dans un an : qu’est-ce qui aura changé à ce moment là ? Il y aura-t-il un vrai changement, ou simplement des modifications superficielles ? On ne peut pas tirer de diagnostic aussi tôt. Seul le temps répondra à cette question.

The following two tabs change content below.
mm

Alexandra Saviana

mm

Derniers articles parAlexandra Saviana (voir tous)

Submit a Comment