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Fillon, la revanche du « collaborateur »

Fillon, la revanche du « collaborateur »
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Face à Alain Juppé qui surfait sur un antisarkozysme de rigueur, quasiment adoubé par la gauche et face à Nicolas Sarkozy, revenu de sa semi-retraite pour prendre sa revanche sur François Hollande, François Fillon a su miser sur le long terme en ne déviant pas du chemin qu’il s’était tracé. Celui que personne n’attendait et sur lequel personne n’avait parié a été élu pour être le candidat de la droite et du centre, quasiment à la surprise générale


 

Deux hypothèses: soit les sondeurs ont voulu limiter la casse et, retenant les leçons du Brexit et de l’élection de Trump, ont réévalué la candidature de François Fillon dans les sondages ce qui l’a au coude à coude avec Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.

Soit l’emballement électoral pour le député de Paris est réel et beaucoup plus profond que cela, indiquant une nouvelle direction prise par la droite sous l’impulsion directe de son socle électoral. Il y a forcément un peu des deux dans la victoire de M. Fillon car, sinon, comment expliquer cette victoire qui vient de loin.

 

Une campagne en deux temps

 

Des sept candidats il est celui qui est entré en campagne le premier, c’était en 2013.

Avec le recul on peut voir deux temps dans cette campagne. Pendant 3 ans François Fillon a parcouru la France, écrit deux livres, Faire et Vaincre le totalitarisme islamique. Deux ouvrages qui ont été des succès de librairie, le premier s’est vendu à plus de cent mille exemplaires. Pendant qu’il ne faisait pas parler de lui dans les médias les électeurs se déplaçaient pour l’entendre dans les réunions publiques. Encore récemment, les journalistes étaient rares à faire le déplacement en provinces pour couvrir sa campagne.

Les autres candidats se sont déclarés, Alain Juppé en août 2014, les autres en 2016 et François Fillon ne décollait pas dans les sondages. Il était même, jusqu’à début novembre, quatrième, crédité d’un score qui tournait autour des 10%, derrière Bruno Le Maire.

Le deuxième temps de la campagne de François Fillon intervient début novembre par deux événements qui n’ont à première vue aucun rapport: l’élection de Donald Trump et son passage dans l’émission de Karine Le Marchand, Ambition intime.

De l’aveu même de François Fillon l’émission de M6 a « incontestablement » joué en sa faveur. En effet, dans un format dans lequel on n’avait jamais vu le candidat Fillon, les Français ont pu découvrir un homme qui ne s’était jamais révélé auparavant. François Fillon a joué la partition désormais célèbre, « fendre de l’armure », et cela a payé.

L’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis a aussi contribué. Un effet vote inattendu, imprévu, a joué sur l’électorat qui s’est déplacé dimanche 20 novembre et à qui on avait promis depuis des mois un duel tant attendu. Cela, ajouté à la peur des instituts de sondage d’avoir tout faux le soir du premier tour, et la côte François Fillon grimpe comme cela ne s’était jamais vu deux semaines avant un premier tour.

Tout à coup une impression, comme si le bulletin dans l’urne reprenait tout son sens, comme un pied de nez aux sondages qui le donnait tous perdant. Voter pour celui qui n’est pas donné vainqueur et sur qui personne ne mise. Le parie paie largement au premier tour. Il paie tellement qu’au soir du 20 novembre la victoire était quasi assuré. L’outsider devenait le grand favori et inversement. 

 

Calme sur la forme, incisif sur le fond

 

Catholique bon teint, père d’une famille nombreuse, irréprochables moralement, provincial, rigide, c’est indéniable, François Fillon plait à l’électorat de droite. Cet électorat qui en avait peut-être marre de la suractivité et les approximations de l’ancien président et qui ne se reconnaissait décidément pas du tout dans le discours du maire de Bordeaux plébiscité par la gauche, s’est reconnu dans un homme que l’on dit pourtant effacé et limite spleenétique.

Incarnant le mieux l’expression popularisée par Alain Juppé, « droit dans ses bottes », le style Fillon est souvent qualifié de terne voire de maussade, et avec raison. Il est celui qui peut asséner à son auditoire une purge économique et fiscale digne d’un expert-comptable tout en restant calme. Mais à l’image terne sont souvent associé le calme et la pondération, et c’est justement ce qui semble avoir plu aux électeurs de droite.

C’est aussi celui qui peut attaquer froidement l’un de ses concurrent en se demandant si l’on pouvait « imaginer le général de Gaulle mis en examen ». La cruauté de la petite phrase fit mouche et était reprise le lendemain dans tous les médias. Le « collaborateur » visa et toucha juste là où il fallait son challenger. Rappelant au passage que lui n’avait jamais eu affaire avec la justice.

Cependant c’est bien les trois débats qui ont été décisifs dans la réussite de M. Fillon. A chaque fois les journalistes et les téléspectateurs étaient d’accord pour affirmer qu’il était celui qui avait effectué la meilleure prestation. Bonnes performances qui se sont largement ressenties dans les résultats du premier tour.

 

Le plus dur ne fait que commencer

 

Le désormais candidat Fillon a pris sa revanche, et de quelle manière, plus d’un million de voix d’écart au premier tour sur Nicolas Sarkozy qui l’avait qualifié de « collaborateur ». Revanche également sur les sondages et les nombreux commentaires journalistiques qui, quand ils ne le voyaient pas vainqueur de la primaire n’en parlaient tout simplement pas et passaient sa candidature sour le silence poli du duel annoncé.

La primaire est gagnée, mais le gros du travail ne fait que commencer pour François Fillon. Gagner une primaire est une chose, gagner la présidentielle en est une autre. Il va falloir que la dynamique reste de son côté, que sa candidature affronte le tapage médiatique et surement lourd de rebondissement que promet d’être la primaire de la gauche, Marine Le Pen n’est pas encore (officiellement) entrée en campagne, Emmanuel Macron ne fait que commencer et quid de François Bayrou ?

Depuis des mois on entend partout que celui qui gagnerait la primaire de la droite et du centre serait quasi assuré d’être le prochain président de la République. On entendait aussi que ce quelqu’un devait être Alain Juppé. Rien n’est joué.

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Quentin Paillé

Etudiant en deuxième année de licence d'Histoire à l'université de Caen. Futur journaliste. Passionné de politique, de littérature, de politique étrangère, d'Europe et des institutions.

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